‹ Memoires du general Bon de Marbot (volume 5)Chapitre 149 sur 178 · MONS · texte numérisé non relu

MONS

aux gens quils occupaient, et sur lesquels ils avaient une très grande influence!...

Ajoutez à cela que chaque jour apportait des nouvelles de la marche des ennemis qui approchaient de Bruxelles, en poussant devant eux les débris du corps d'armée du maréchal Macdonald. Tous les employés français quittaient le département pour se réfugier à Valenciennes et à Cambrai. Enfin, le maire de Mons, M. Duval de Beaulieu, homme des plus honorables, crut devoir me prévenir que ma faible garnison et moi n'étions plus en sûreté au milieu d'une nombreuse population exaltée, et que je ferais bien d'évacuer la ville, ce à quoi personne ne mettrait obstacle, mon régiment et moi y ayant toujours parfaitement bien vécu avec les habitants.

Je compris que cette proposition partait dun comité composé d'anciens officiers autrichiens, et qu'on avait chargé le maire de venir me la transmettre dans l'espoir de m'intimider!... Je résolus donc de montrer les dents, et dis à M. Duval que je le priais d'assembler le conseil municipal ainsi que les notables, et qu'alors je répondrais à la proposition qu'il venait de me faire.

Une demi-heure après, toute ma garnison était sous les armes, et dès que le conseil municipal, accompagné des plus riches habitants, se présenta sur la place, je montai à cheval pour être entendu de tous, et après avoir prévenu le maire qu'avant de causer avec lui et son conseil j'avais un ordre très important à donner aux troupes, je fis connaître à mes soldats la proposition qu'on venait de m'adresser d'abandonner sans combat la ville confiée à notre garde. Ils en furent indignés et l'exprimèrent hauton)ent!... J'ajoutai (jue je ne devais pas leur dissimuler que les remparts étant démolis sur plusieurs points et manquant d'artillerie, il serait fort

difficile de les défendre contre des troupes de ligne; que cependant, le cas échéant, nous combattrions vigoureusement; mais que si, contre le droit des gens, c'étaient les habitants de la ville et de la campagne qui se portaient contre nous, nous ne devrions pas nous borner à la défensive, mais que nous les attaquerions en employant tous les moyens, car tous sont permis contre des révoltés!... qu'en conséquence, j'ordonnais à mes soldats de s'emparer du clocher, d'où, après une demi-heure d'attente et trois roulements de tambour, ils feraient feu sur les attroupements qui occuperaient la place, tandis que des patrouilles dissiperaient ceux qui obstrueraient les rues, en fusillant principalement les gens de la campagne qui avaient quitté leur travail pour venir nous chercher noise. J'ajoutai que, si le combat s'engageait, j'ordonnais, comme le meilleur moyen de défense, de mettre le feu à la ville pour occuper les habitants, et de tirer constamment sur l'incendie pour les empêcher de l'éteindre!... Cette allocution vous paraîtra sans doute bien acerbe; mais songez à la position critique dans laquelle je me trouvais, n'ayant que 700 hommes, dont très peu avaient fait la guerre, n'attendant aucun renfort et me voyant entouré d'une multitude qui augmentait à chaque instant; car l'officier qui commandait le poste envoyé sur le clocher m'informa que toutes les routes aboutissant à la ville étaient couvertes de masses de charbonniers, sortant des mines de Jemmapes et se dirigeant sur Mons. Ma faible troupe et moi courions le risque d'être écrasés, si je n'eusse montré une grande énergie!... Mon discours avait produit beaucoup d'effet sur les riches nobles, promoteurs de l'émeute, ainsi que sur les habitants de la ville, qui commencèrent à se retirer; mais comme les paysans ne bougeaienl pas, je lis avancer deux caissons de munitions, distribuer cent cartouches à chaque sol-

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