COMBAT DANS MONS
de ceux des habitants qui venaient de s'armer en notre faveur. Je pris donc une partie de ma troupe, et me portai vers la place, tandis qu'avec le surplus, le chef de bataillon, qui connaissait parfaitement la ville, allait, par mon ordre, s'embusquer auprès do la brèche par laquelle les Cosaques prussiens avaient pénétré dans la place.
Dès les premiers coups de fusil que nos gens tirèrent sur ces drôles, le plus grand tumulte régna dans l'hôtel et sur la place!... Ceux des ennemis qui ne furent pas tués à l'instant s'enfuirent à toutes jambes; mais beaucoup 8'égarèrent dans les rues, où ils furent assommés en détail. Quant à ceux qui parvinrent jusqu'au lieu où ils avaient laissé leurs chevaux attachés aux arbres de la promenade, ils y trouvèrent le chef de bataillon qui les accueillit par une fusillade à brùle-pourpointi Le jour venu, on compta dans la ville ou sur la vieille brèche plus de 200 ennemis morts, et nous n'avions pas perdu un seul homme, nos adversaires ne s'étant point défendus, tant ils étaient abrutis par le vin et les liqueurs fortes!... Ceux d'entre eux qui survécurent à cette surprise, en se laissant glisser le long des débris des vieux remparts, se jetèrent dans la campagne, où ils furent tous pris ou tués par les paysans devenus furieux en apprenant la mort du malheureux Courtois, considéré comme la gloire de la contrée, et qui, surnommé par eux In. Jambe de bois, leur était devenu aussi cher que le général Daumesnil, autre jambe de>bais, l'était ftux faubouriens de Paris. '-!> o-tiniv, r| ;
Je ne cite pas le combat de Mons comme une affaire dont je puisse tirer vanité, car, avec les gardes nationaux, j'avais douze à treize cents hommes, tandis que les (Cosaques prussiens n'en comptaient.yuèi-eqiio !{(K); in.iis j'ai crudevoir rapportercet engagement bizarre, pourdémun-
trer combien lesprit des masses est versatile. Kn ellet, tous les paysans et charbonniers du Borinagc qui, un mois avant, se portaient en masse pour exterminer ou du moins désarmer le petit nombre de Français laissés dans Mons, venaient de prendre parti pour eux contre les Prussiens, parce que ceux-ci avaient tué Tun de leurs compatriotes ! Je regrettai aussi beaucoup le brave Courtois, tombé victime de l'attachement qu'il avait pour moi.
Le trophée le plus important de notre victoire fut les 300 et quelques chevaux que les ennemis abandonnèrent entre nos mains. Ils provenaient presque tous du paj^s de Berg et étaient fort bons; aussi je les incorporai dans mon régiment, pour lequel cette remonte inattendue arriva fort à propos.
Je passai encore un mois à Mons, dont les habitants étaient redevenus parfaits pour nous, malgré l'approche des armées ennemies. Mais les progrès de celles-ci devinrent enfin si considérables que les Français durent non seulement abandonner Bruxelles, mais toute la Belgique, et repasser les frontières de l'ancienne France. Je reçus ordre de conduire le dépôt de mon régiment à Cambrai, où, avec les chevaux pris naguère aux Cosaques prussiens, je pus remettre dans les rangs 300 bons cavaliers revenus de Leipzig, et former deux beaux escadrons, qui, sous la conduite du commandant Sigaldi, furent bientôt dirigés sur l'armée que l'Empereur avait réunie en Champagne. Ils s'y firent remarquer, et soutinrent la gloire du 23' de chasseurs, surtout à la bataille de Champaubert. où fut tué le brave capitaine Duplessis, officier des plus remarquables.
J'ai toujours eu une grande prédilection pour la lance, arme terrible entre les mains d'un bon cavalier. J'avais donc demandé et obtenu l'autorisation de distribuer à