NOGENT-LE-ROI
mes escadrons des lances que les officiers d'artillerie ne pouvaient emporter en évacuant les places du Rhin. Elles furent si bien appréciées que plusieurs autres corps de cavalerie en demandèrent aussi, et se félicitèrent d'en avoir.
Les dépôts des régiments étant obligés de passer sur la rive gauche de la Seine, afin de ne pas tomber entre les mains des ennemis, le mien se rendit à Nogent-le-Roi, arrondissement de Dreux. Nous avions un assea bon nombre de cavaliers, mais presque plus de chevaux. Le gouvernement faisait les plus grands efforts pour en réunir à Versailles, où il avait créé un dépôt central de cavalerie, sous les ordres du général Préval.
Celui-ci, de même que son prédécesseur le général Bourcier, entendait beaucoup mieux les détails de remonte et d'organisation que la guerre, qu'il avait très peu faite. Il s'acquittait fort bien de la mission difficile dont l'Empereur l'avait chargé; mais comme il ne pouvait cependant improviser des chevaux ni des équipements, et qu'il tenait d'ailleurs à ne mettre en route que des détachements bien organisés, les départs étaient peu fréquents. J'en gémissais, mais aucun colonel ne pouvait se rendre à l'armée sans un ordre de l'Empereur, qui, pour ménager ses ressources, avait défendu d'envoyer à la guerre plus d'officiers que n'en comportait le nombre d'hommes qu'ils avaient à commander. Ce fut donc vainement que je priai le général Préval de me laisser aller en Champagne. Il fixa mon départ pour la fin de mars, époque à laquelle je devais conduire à l'armée un régiment dit de marche, composé des hommes montés de mon dépôt et de plusieurs autres.
Je fus autorisé à résider jusqu'à ce moment-là à Paris, au sein de ma famille, car M. Caseneuve, mon lieutenantcolonel, suffisait pour commander et réorganiser les
200 hommes qui se trouvaient encore à Nogent-le-Roi, et je pouvais, du reste, les inspecter en quelques heures. Je me rendis donc à Paris, où je passai une grande partie du mois de mars, un des plus pénibles de ma vie, bien que je fusse auprès de ce que j'avais de plus cher. Mais le gouvernement impérial, auquel j'étais attaché et que j'avais si longtemps défendu au prix de mon sang, croulait de toutes parts. Les armées ennemies occupaient, de Lyon, une grande partie de la France, et il était facile de prévoir qu'elles arriveraient bientôt dans la capitale.