LA POLOGNE. 6J
duché de Poser» et de la Galicie que d'anciens traités avaient incorporées à la Prusse et à l'Autriche, alliées de Napoléon, qui avait en ce moment tant d'intérêt à les ménager!
Les seigneurs les plus ardents des diverses parties de la Pologne faisaient proposer à Napoléon de soulever toutes les provinces et de mettre à son service plus de 300,000 hommes, le jour où il déclarerait o//?ctt'//<'m^'»^ue tous les partages subis par leur pays étaient annulés et que le royaume de Pologne était reconstitué! Mais l'empereur des Français, tout en reconnaissant les avantages qu'il pourrait recueillir^de cette levée de boucliers, ne se dissimulait pas quelle aurait pour premier résultat de le mettre en guerre avec la Prusse et l'Autriche, qui, plutôt que de se voir arracher d'immenses et belles provinces, joindraient leurs armées à celles des Russes. Mais il craignait surtout l'inconstance de la nation polonaise, qui, après l'avoir engagé contre les trois plus grandes puissances du Nord, ne tiendrait peut-être pas ses promesses d'aujourd'hui. L'Empereur répondit donc qu'il ne reconnaîtrait le royaume de Pologne que lorsque les populations de ces vastes contrées se seraient montrées dignes d'être indépendantes en se soulevant contre leurs oppresseurs. On tournait ainsi dans un cercle vicieux, Napoléon ne voulant reconnaître la Pologne qu'autant quelle se soulèverait, et les Polonais ne voulant agir qu'après la reconstitution de leur nationalité. Au surplus, ce qui prouverait que l'Empereur, en portant la guerre en Russie, n'avait d'autre but que le rétablissement du blocus continental, c'est qu'il n'avait fait conduire sur le Niémen aucun approvisionnement de fusils ni d'habits pour armer et équiper les troupes que 1(!S Polonais eussent dil mi^ttre sur pied.
(Juoi qu'il en soit, quehjues seigneurs intluents, voti-
lant forcer la main à Napoléon et l'en.ffager malgré lui, se constituèrent à Varsovie en Uiète nationale, à laquelle vinrent se joindre un petit nombre de députés de plusieurs cercles. Le premier acte de cette assemblée ayant été de proclamer la reconstitution et l'indépendance de l'ancien royaume de Pologne, le retentissement de cette patriotique déclaration fut immense dans toutes les provinces, qu'elles fussent devenues russes, prussiennes ou autrichiennes. On crut pendant quelques jours à un soulèvement général qu'eût probablement appuyé Napoléon; mais cette exaltation irréfléchie dura peu chez les Polonais, dont à peine quelques centaines vinrent se joindre à nous. Le refroidissement devint tel que la ville et le cercle de Wilna ne purent fournir que vingt hommes pour la garde d"honneur de Napoléon. Si les Polonais avaient déployé à cette époque la centième partie de l'énergie et de l'enthousiasme dont ils firent preuve lors de l'insurrection de 1830-1831, ils auraient peut-être recouvré leur indépendance et leur liberté. Mais loin de venir en aide aux troupes françaises, ils leur refusaient les choses les plus indispensables, et, dans le cours de cette campagne, nos soldats durent souvent s'emparer de force des vivres et des fourrages, que les habitants et surtout les seigneurs nous cachaient, et livraient cependant à la première réquisition des Russes, leurs persécuteurs. Cette partialité en faveur de nos ennemis révoltait les soldats français, ce qui donna lieu à quelques scènes fâcheuses que M. de Ségur qualifie d'affreux pillage! II n'est cependant pas possible d'empêcher de malheureux soldats harassés de fatigue et auxquels on ne fait aucune distribution, de s'emparer du pain et des bestiaux dont ils ont besoin pour vivre.
La nécessité de maintenir l'ordre dans les provinces occupées par son armée amena, malgré tout, l'Empereur