MARCHE SUR LA DUNA
sur Diinabourg, les corps de Ney, ainsi que l'immense réserve de cavalerie commandée par Murât, remontaient vers Polotsk par la rive gauche de la Dûna, tandis que l'armée russe de Wittgenstein suivait la même direction par la rive droite. Ainsi séparés de l'ennemi par la rivière, nos cavaliers se gardaient mal et plaçaient, chaque soir, selon l'habitude française, leurs bivouacs beaucoup trop près des bords de la Diina. Wittgenstein, s'en étant aperçu, laissa passer l'infanterie de Ney et le gros de la cavalerie de Montbrun, dont la division du général Sébastian! fermait la marche, ayant pour arrièregarde la brigade du général Saint-Geniès, ancien officier de l'armée d'Egypte, homme très brave, mais peu capable. Arrivé au delà de la petite ville de Drouia, le général Saint-Geniès, sur l'ordre de Sébastian!, établit ses régiments au bivouac à deux cents pas de la rivière, qu'on croyait infranchissable sans bateaux. Mais Wittgenstein, ayant connaissance d'un gué très praticable, profita de la nuit pour faire passer le fleuve à une division de cavalerie qui, s'élançant sur le corps français, enleva presque entièrement la brigade Saint-Geniès, lit ce général prisonnier et contraignit Sébastian! à se retirer promptement avec le reste de sa division vers le corps de Montbrun. Après ce rapide coup de main, Wittgenstein rappela ses troupes sur la rive droite et continua à remonter la Dûna. Cette affaire fit grand tort à Sébastian! et lui attira les reproches de l'Empereur.
Peu de temps après ce fAcheux événement. Oudinut ayant reçu l'ordre de s'éloigner de Diinabourg et de remonter la Diina pour rejoindre Ney et Montbrun, son corps d'armée prit la route qu'avaient suivie les corps de ces derniers et vint passer devant la ville de Drouia. Le projet du maréchal était de faire camper ses troupes
ù trois lieues au delà; mais comme il craignait que les ennemis ne profitassent du gué pour jeter sur la rive gauche de nombreux partis destinés à assaillir le grand convoi qu'il traînait après lui, il décida, en s'éloignant avec toute son armée, qu'un régiment de la brigade Castex passerait la nuit sur le terrain où la brigade du général Saint-Geniès avait été surprise, et aurait pour consigne d'observer le gué par lequel les Russes étaient passés pour venir attaquer cette brigade. Mon régiment étant de service ce jour-là, ce fut à lui quéchut la dangereuse mission de rester seul devant Drouia jusqu'au lendemain matin. Je savais que le gros de l'armée de Wittgenstein avait remonté le fleuve, mais j'aperçus deux forts régiments de cavalerie laissés par lui non loin du gué. C'était plus qu'il n'en aurait fallu pour me battre.
Lors même que j'aurais voulu exécuter à la lettre l'ordre qui me prescrivait d'établir mon bivouac sur l'emplacement qu'avait occupé, deux jours avant, celui de Saint-Geniès, cela m'eût été impossible, le sol étant couvert de plus de deux cents cadavres en putréfaction; mais à cette raison majeure il s'en joignit une autre non moins importante. Ce que j'avais vu et appris sur la guerre m'avait convaincu que le meilleur m.oyen de défendre une rivière contre les attaques d'un ennemi dont le but ne peut être de s'établir sur la rive qu'on occupe soi-même, est de tenir le gros de sa troupe à certaine distance du fleuve, d'abord pour être prévenu à temps du passage de l'adversaire, et en second lieu parce que celui-ci. n'ayant en vue que de faire un coup de main pour se retirer ensuite lestement, n'ose s'éloigner du rivage par lequel sa retraite est assurée ! J'établis donc le régiment à une demi-lieue de la Duna. dans un champ où le terrain formait une légère ondulation.