‹ Memoires du general Bon de Marbot (volume 5)Chapitre 20 sur 178 · DUNABOURG · texte numérisé non relu

DUNABOURG

nison de Dûnabourg, étant parvenue à fermer la porte des fortifications donnant sur la rivière, parut au haut des remparts, d'où elle commença à faire feu sur nous!...

La ligne mince sur laquelle nous nous tenions ne permettant pas à ces soldats inexpérimentés de tirer avec justesse , le canon et la mousqueterie nous firent éprouver bien moins de pertes que je ne l'aurais cru. Mais en entendant la place tirer sur nous, les défenseurs de la tête de pont, revenus de leur frayeur, se mirent aussi de la partie. Le maréchal Oudinot, voyant le 23' ainsi placé entre deux feux, à l'entrée du pont vacillant, au delà duquel il ne pouvait avancer, me fit parvenir l'ordre de rétrograder. Les grandes distances que j'avais laissées entre les pelotons permirent alors à ceux-ci de faire demi-tour par cavalier sans trop de désordre. Cependant deux hommes et deux chevaux tombèrent dans le fleuve et se noyèrent. Pour regagner la rive gauche, nous étions obligés de repasser sous les remparts de la tête de pont, où nous fûmes encore assaillis par un feu roulant qui, fort heureusement, était exécuté par des miliciens inhabiles ; car si nous avions eu affaire à des soldats bien exercés au tir, le régiment eût été totalement exterminé.

Ce malheureux combat, si imprudemment engagé, me coûta une trentaine dhommes tués et beaucoup de blessés. On espérait, du moins, que le maréchal s'en tiendrait à cet essai infructueux, d'autant plus que, ainsi que je l'ai déjà dit, les instructions de l'Empereur ne lui prescrivaient pas de prendre Dûnabourg; cependant, dès que ses divisions d'infanterie furent arrivées, il lit attacjuer derechef la tôte de pont, dont les ennemis avaient eu le temps de renforcer la garnison par un bataillon de grenadiers, accouru des cantonnements voisins, au bruit de la canonnade; aussi nos troupes

furent-elles repoussées avec des pertes infiniment plus considérables que celles éprouvées par le 23" de chasseurs. L'Empereur, ayant appris cette vaine tentative, en blâma le maréchal Oudinot.

Vous savez que mon régiment était de brigade avec le 24" de chasseurs à cheval. Le général Castex, qui commandait cette brigade, avait, dès le premier jour de notre réunion, établi un ordre admirable dans le service. Chacun des deux régiments, le faisant à son tour pendant vingtquatre heures, marchait en tète lorsqu'on allait vers l'ennemi, faisait Tarrière-garde dans les retraites, fournissait tous les postes, reconnaissances, grand'gardes et détachements, pendant que l'autre régiment, suivant tranquillement la route, se remettait un peu des fatigues de la veille et se préparait à celles du lendemain, ce' qui ne l'empêchait point de venir appuyer le corps de service, si celui-ci était aux prises avec des forces supérieures. Ce système extraréglementaire avait l'immense avantage de ne jamais séparer les soldats de leurs officiers ni de leurs camarades, pour les placer sous les ordres de chefs inconnus et les mêler aux cavaliers de l'autre régiment. Enfin, pendant la nuit, une moitié de la brigade dormait pendant que l'autre veillait sur elle. Cependant, comme il n'y a rien sans inconvénients, il pouvait se faire que le hasard appelât plus souvent un des deux corps à être de service, les jours où surviendraient des engagements sérieux, ainsi que cela venait d'arriver au 23% tant au combat de Wilkomir qu'à celui de Diinabourg. Cette chance le poursuivit pendant la majeure partie de la campagne; mais il ne s'en plaignit jamais, s'en tira toujours avec honneur, et fut souvent envié par le 24% qui eut bien moins d'occasions de se faire remarquer.

J'ai déjà dit que pendant qu'Oudinot faisait sa course

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