‹ Memoires du general Bon de Marbot (volume 5)Chapitre 27 sur 178 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Dénié dos marais de Sebej. — Retraite. — Brillante afïairc rln gué de Sivolscliina. — Mort de Koulnieff. — Retour offensif. — Derniers adieux.

Depuis que j'avais été blessé, l'état des choses était bien changé; nos troupes avaient battu Wittgenstein et fait un grand nombre de prisonniers. Cependant, les Russes étaient parvenus à gagner la route de Saint- Pétersbourg, par laquelle ils effectuaient leur retraite sur Sebej.

Pour se rendre du relais de Kliastitsoui à cette ville, il faut traverser le très vaste marais de Khodanui, au milieu duquel la grande route est élevée sur une digue formée par d'immenses sapins couchés les uns auprès des autres. Un fossé, ou plutôt un canal large et profond, règne des deux côtés de cette digue, et il n'existe aucun autre passage, à moins de se jeter bien loin de la direction de Sebej. Ce défilé a près d'une lieue de long, mais la route en bois qui en assure la viabilité est d'une largeur très considérable. Aussi, dans l'impossibilité de placer des tirailleurs dans le marais, les Russes se retiraient-ils en épaisses colonnes par cette route factice, au delà de laquelle nos cartes indiquaient une plaine. Le maréchal Oudinot, voulant compléter sa victoire, avait résolu de les y suivre. A cet effet, il avait déjà engagé sur la route du marais la division d'infanterie du général Verdier, que devait suivre

d'abord la brigade de cavalerie Castex. puis tout le corps d'armée. Mon régiment n'était pas encore entré en ligne lorsque je le rejoignis.

En me voyant me replacer à leur tête malgré ma blessure, officiers, sous-officiers et chasseurs me reçurent par une acclamation générale, qui prouvait l'estime et l'attachement que ces braves gens avaient conçus pour moi; j'en fus profondément touché. Je fus surtout pénétré de reconnaissance pour la satisfaction qu'exprima, en me revoyant, mon camarade, le chef d'escadrons Fontaine. Cet officier, quoique fort brave et très capable, avait si peu d'ambition qu'il était resté dix-huit ans simple capitaine, avait refusé trois fois le grade de chef d'escadrons et ne l'avait accepté que sur l'ordre formel de l'Empereur.

Je repris donc le commandement du 23% qui pénétra dans le marais à la suite de la division Verdier, sur laquelle les derniers pelotons de la colonne ennemie s'étaient bornés à tirer de loin quelques coups de fusil tant qu'on fut dans le défilé; mais, dès que nos fantassins débouchèrent dans la plaine, ils aperçurent l'armée russe déployée, dont l'artillerie les reçut par un feu terrible. Cependant, malgré leurs pertes, les bataillons français n'en continuèrent pas moins à marcher en avant. Bientôt ils se trouvèrent tous hors du défilé, et ce fut à mon régiment à paraître dans la plaine, à la tête de la brigade. Le colonel A.... qui la commandait provisoirement, n'étant pas là pour nous diriger, je songeai à. éloigner le plus possible mon régiment de ce point dangereux et lui fis prendre le galop dès que l'infanterie m'eut fait place. J'eus néanmoins sept ou huit hommes tués et un plus grand nombre de blessés. Le 24% qui me suivait, souffrit aussi beaucoup. Il en fut de môme de la division d'infanterie du général Legrand; mais,

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