‹ Memoires du general Bon de Marbot (volume 5)Chapitre 28 sur 178 · LE DEFILE DE KIIODANUI. S · texte numérisé non relu

LE DEFILE DE KIIODANUI. S

dès qu'elle fut formée dans la plaine, le maréchal Oudinot ayant attaqué les lignes ennemies, leur artillerie divisa ses feux sur plusieurs points, et la sortie du défilé serait devenue moins périlleuse pour les autres troupes, si Wittgenstein n"eùt en ce moment attaqué avec toutes ses forces celles que nous avions dans la plaine. La supériorité du Nombre nous contraignit à céder le terrain avant l'arrivée du reste de notre armée, et nous dûmes battre en retraite vers le défilé de Khodanui. Heureusement, cette voie était fort large, ce qui nous permit d'y marcher facilement par pelotons.

Du moment qu'on quittait la plaine, la cavalerie devenait plus embarrassante qu'utile; ce fut elle que le maréchal fit retirer la première. Elle fut suivie par la division d'infanterie Verdier, dont le général venait d'être très grièvement blessé. La division Legrand fit l'arrière-garde. Sa dernière brigade, commandée par le général Albert, eut à soutenir un combat très vif au moment où ses derniers bataillons étaient sur le point de s'engager dans le marais; mais une fois qu'ils y furent en colonne, le général Albert ayant placé à la queue huit pièces de canon qui, tout en se retirant, faisaient feu sur l'avant-garde ennemie, celle-ci éprouva à son tour de grandes pertes. En effet, ses pièces ne tiraient que fort rarement, parce que, après chaque coup, il fallait qu'elles fissent un premier demi-tour pour continuer la poursuite et un second pour se remettre en batterie, mouvements lents et fort embarrassants dans un défilé. L'artillerie russe nous fit donc peu de mal dans le passage du marais.

La fin du jour approchait lorsque les troupes françaises, sortant du défilé, repassèrent devant Kliastitsoui et se trouvèrent sur les rives de la Drissa, au gué de Sivotschina, quelles avaient traversé le matin en pour-

suivant les Russes, après les avoir battus à Kliastitsoui. Ceux-ci venaient de prendre leur revanche, car, après nous avoir fait perdre sept ou huit cents hommes dans la plaine, au delà du marais, ils nous poussèrent à leur tour l'épée dans les reins!... Pour mettre fin au combat et donner un peu de repos à l'armée, le maréchal Oudinot lui fit traverser le gué de Sivotschina et la mena camper à Biéloé.

La nuit commençait, lorsque les avant-postes laissés en observation sur la Drissa firent savoir que les ennemis passaient ce cours d'eau. Le maréchal Oudinot, s'étant rendu promptement vers ce point, reconnut que huit bataillons russes, ayant sur leur front quatorze bouches à feu en batterie, venaient d'établir leurs bivouacs sur la rive gauche, que nous occupions. Le surplus de leur armée était de l'autre côté de la Drissa, se préparant sans doute à la traverser le lendemain pour venir nous attaquer. Cette avant-garde était commandée par le général Koulniefî, homme fort entreprenant, mais ayant, comme la plupart des offirii-rs russes de cette époque, la mauvaise habitude de boire une trop grande quantité d'eau-de-vie. Il paraît qu'il en avait pris ce soir-là outre mesure, car on ne saurait expliquer autrement la faute énorme qu'il commit en venant, avec huit bataillons seulement, camper à peu de distance d'une armée de 40.000 hommes, et cela dans les conditions les plus défavorables pour lui. En effet, le général russe avait, à deux cents pas derrière sa ligne, la Drissa, qui, à l'exception du gué, était infranchissable, non point à cause du volume de ses eaux, mais parce que les berges, coupées à pic, ont une élévation de 15 à 20 pieds. Koulnieff n'avait ainsi d'autre retraite que par le gué. Or, pouvait-il espérer, en cas de défaite, que ses huit bataillons et quatorze

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