II
saisie d'une violente attaque de nerfs qui mit sa vie en danger pendant plusieurs jours.
Puisque j'écris l'histoire de ma vie, je suis dans la nécessité de revenir constamment sur ce qui m'est personnel. Je vous rappellerai donc qu'après le décès du maréchal Lannes, j'étais allé rejoindre mes camarades à Vienne pour soigner ma blessure. Je gisais sur mon lit de douleur, plongé dans de tristes réflexions, car non seulement je regrettais pour lui-mime le maréchal qui avait été si bon pour moi, mais je ne pouvais me dissimuler que la perte d'un tel appui changeait infiniment ma position. En effet, l'Empereur m'avait bien dit au couvent de Môlk qu'il me faisait chef d? escadron, et, de même que le maréchal Berthier, il m'en donnait le nom; cependant, comme les préoccupations de la guerre Jes empêchaient d'expédier les brevets, je n'étais encore par le fait que simple capitaine. Un heureux hasard vint mettre un terme aux craintes que j'éprouvais pour mon avenir.
Mon camarade La Bourdonnaye, bien plus gravement blessé que moi, occupait la chambre voisine de la mienne; nous en faisions souvent ouvrir la porte afin de causer ensemble. H. Mounier, secrétaire de l'Empereur, et depuis pair de France, venait souvent visiter La Bourdonnaye, son ami; nous fîmes connaissance, et comme il avait beaucoup entendu parler au quartier général de mes actions de guerre et de mes blessures, et qu'il me voyait encore frappé par le feu de l'ennemi, il me demanda quelle récompense j'avais reçue. « Rien, lui dis-je. — c Ce ne peut être que par suite d'un oubli, répondit c M. Mounier, car je suis certain d'avoir vu votre nom c sur un des brevets déposés dans le portefeuille de l'Em- < pereur. » Le lendemain, j'appris par H. Mounier que, ayant mis ce brevet sous les yeux de l'Empereur,