AIDE DE CAMP DE MASSÉNA
celui-ci, au lieu de le signer, avait écrit en marge : < Cet c officier sera, par exception, placé comme chef d'escac dron dans les chasseurs i cheval de ma garde. » L'Empereur m'accordait ainsi une faveur immense et sans exemple, car les officiers de la garde ayant le grade supérieur i celui qu'ils occupaient réellement dans ce corps d'élite, Napoléon, en m'y admettant comme chef d'escadron, me faisait franchir deux échelons à la fois et me donnait le grade de major (ou lieutenant-colonel) de la ligne : c'était magnifique!...
Cependant, cet avantage ne m'éblouit pas, bien qu'il s'y joignît celui de voir plus souvent ma mère à Paris, où la garde tenait garnison. Hais, outre que le maréchal Bessières, commandant supérieur de la garde, recevait fort mal les officiers qu'il n'avait pas proposés, j'avais à craindre sa rancune au sujet de l'incident d'Essling.
J'étais dans une cruelle incertitude, lorsque le prince Eugène, vice-roi d'Italie, arriva à Vienne et fut logé dans l'hôtel du prince Albert. Il reçut la visite de tous les maréchaux présents, et entre autres de Masséna, qui chercha à témoigner quelque bienveillance aux aides de camp du maréchal Lannes, auxquels Napoléon portait lui-même intérêt. Masséna monta dans nos appartements et s'arrêta quelque temps près de moi, qu'il connaissait depuis le siège de Gênes. Je lui fis part de mon embarras; il me répondit : c Ce serait sans doute fort avantageux c pour toi d'entrer dans la garde, mais tu t'exposerais à c la vengeance du maréchal Bessières. Viens avec moi, c en qualité d'aide de camp, tu seras reçu comme l'enfant c de la maison, comme le fils d'un bon général qui est c mort en combattant sous mes ordres, et j'aurai soin de c ton avancement. » Séduit par ces promesses, j'acceptai. Masséna se rendit aussitôt auprès de l'Empereur, qui finit par consentir à sa demande, et m'expédia un brevet
de chef d'escadron, aide de camp de Hasséna; ce fut lo i 8 juin.
Malgré la joie que j'éprouvais d'être enfin officier supérieur, fe ne tardai pas à me repentir d'avoir accepté les offres de Hasséna. Une heure après avoir reçu ma commission d'aide de camp, je vis arriver le maréchal Bessières m'apportant lui-même ma nomination dans la garde; il m'assura du plaisir qu'il aurait à me recevoir dans ce corps, sachant, du reste, que je n'avais fait qu'obéir aux instructions du maréchal Lannes en lui transmettant des ordres sur le champ de bataille d'Essling. Je fus pénétré de reconnaissance pour cette démarche loyale et regrettai vivement de m'étre si promptement engagé avec Masséna; mais il n'était plus temps de revenir sur ma décision. Je craignais alors que mon avancement en souffrît; mais heureusement il n'en fut rien, car M. Mounier, nommé à ma place aux chasseurs de la garde, était encore chef d'escadron lorsque j'étais déjà colonel. Il est vrai qu'il resta les deux années suivantes à Paris, tandis que je les passai au milieu des coups de fusil et reçus deux nouvelles blessures, ainsi que je le dirai plus loin.
Napoléon combla de récompenses l'état-major du maréchal Lannes. Le colonel Guéhéneuc devint aide de camp de l'Empereur, qui prit Watteville et La Bourdonnaye pour officiers d'ordonnance. Saint-Mars fut nommé colonel du 3' de chasseurs et Labédoyère aide de camp du prince Eugène. Quant à moi, qui venais d'être nommé chef d'escadron, dès que je pus me rendre à Schœnbrûnn pour remercier l'Empereur, Sa Majesté me fit l'honneur de me dire : « Je voulais vous placer dans ma garde; c cependant, puisque le maréchal Masséna désire vous c avoir pour aide de camp, et que cela vous convient, j'y c consens; mais pour vous témoigner d'une manière toute c spéciale combien je suis content de vous, je vous nomme