‹ Mémoires du Général Bon de MarbotChapitre 164 sur 203 · ATERMOIEMENTS DE MASSÉNA · texte numérisé non relu

ATERMOIEMENTS DE MASSÉNA

environs, aucun d'eux ne connaissait son propre pays, tandis que les Anglais, le parcourant en tous sens depuis plus de deux ans, étaient parfaitement au fait de sa configuration intérieure, ce qui leur procurait un immense avantage sur nous 1 . . .

Une cause non moins importante nuisit encore au succès de notre campagne. Sir Arthur Wellington, auquel la Junte venait d'accorder des pouvoirs illimités, s'en servit pour ordonner à toutes les populations d'abandonner leurs habitations, de détruire les provisions, les moulins, et de se retirer sur Lisbonne avec leurs troupeaux à l'approche des Français, qui se trouvaient ainsi privés de renseignements et réduits à la nécessité de courir au loin pour se procurer des vivres!... Les Espagnols, chez lesquels les Anglais avaient essayé cette terrible mesure de résistance, s'y étaient constamment refusés; mais les Portugais, plus dociles, s'y conformèrent avec une telle exactitude que nous parcourions d'immenses contrées sans rencontrer un seul habitant ! ... De mémoire d'homme, on ne vit une fuite aussi générale!... La cité de Viseu était totalement déserte lorsque nous y entrâmes; cependant Masséna y arrêta l'armée pendant six jours consécutifs, ce qui fut une bien grande faute ajoutée à celle qu'on avait commise en quittant la vallée du Mondego; car si, le lendemain de son arrivée à Viseu, le généralissime français eût marché rapidement et attaqué l'Alcoba, sur lequel sir Wellesley n'avait encore que fort peu de troupes, le maréchal pouvait encore réparer sa faute; mais notre halte de six jours permit aux Anglais de traverser à gué le Mondego au-dessus de Ponte de Murcelha et de réunir leur armée sur les crêtes de l'Alcoba, principalement à Busaco.

Les militaires d'aucun pays n'ont pu concevoir l'inaction dans laquelle Masséna était resté pendant près

d'une semaine à Viseu; mais l'état-major du maréchal put constater que les fatigues éprouvées par Mme X... contribuèrent beaucoup à retarder Masséna et à le retenir en cet endroit; car dans ce pays soulevé il eût été impossible de la laisser en arrière sans l'exposer à être enlevée. En outre, quand il prit la détermination de se mettre en route, Masséna ne fit que de très courtes étapes, s'arrêta d'abord à Tondella et le lendemain, 26 septembre, après avoir établi son quartier général à Mortagoa, sur la rive droite d'un ruisseau nommé le Criz, il perdit un temps précieux à assurer le logement de Mme X..., et ne partit qu'à deux heures du soir avec son état-major pour les avant-postes, situés à cinq grandes lieues de là, au pied d'Alcoba.

Cette montagne, d'environ trois lieues de long, aboutit sur la droite au Mondego et se lie à gauche à des mamelons très escarpés, inaccessibles à la marche des colonnes. Il existe au point culminant un couvent de Minimes nommé Sako. Au centre, le sommet de la montagne forme une espèce de plateau, sur lequel était placée l'artillerie anglaise, qui pouvait agir librement sur tout le front de la position, et dont les boulets arrivaient en deçà du Criz. Un chemin qui règne autour de la crête de Busaco fournissait une communication facile entre les différentes parties de l'armée ennemie. Le versant de la montagne qui faisait face au côté par lequel arrivaient les Français est très escarpé et propre à la défense. Les ennemis avaient leur gauche sur les pics qui dominent Barria, le centre et les réserves au couvent de Busaco, la droite sur les hauteurs, un peu en arrière de San Antonio de Cantaro. Cette position, défendue par une armée nombreuse, était si formidable que les Anglais craignaient que le généralissime français n'osât les attaquer.

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