‹ Mémoires du Général Bon de MarbotChapitre 183 sur 203 · SN RETRAITE · texte numérisé non relu

SN RETRAITE

A dix heures du soir, le grand quartier général quitta fort tranquillement Fuente-Cuberta, malgré le voisinage de plusieurs régiments ennemis, dont un se trouvait placé sur une éminence traversée par le chemin que nous suivions. Pour l'en éloigner, le maréchal se servit d'un stratagème employé bien souvent par les ennemis contre les Français, dont la langue leur était familière. Le généralissime, sachant que mon frère parlait très bien l'anglais, lui donna des instructions, et Adolphe, s'avançant jusqu'au bas de la colline et se tenant dans l'ombre, cria au chef des ennemis que le duc de Wellington lui envoyait l'ordre d'appuyer vers sa droite, et d'aller gagner un point qu'il indiquait, mais qui se trouvait hors de la direction suivie par nous. Le colonel ennemi, ne pouvant distinguer au milieu de la nuit et dans le brouillard l'uniforme de mon frère, le prit pour un aide de camp anglais; il obéit donc sur-le-champ, s'éloigna, et nous passâmes lestement, heureux d'avoir échappé à ce nouveau danger. Masséna et son état-major rejoignirent avant le jour les troupes du 6a corps.

Pendant ce long et pénible trajet, Masséna s'était vivement préoccupé des dangers auxquels Mme X. . . était constamment exposée. Son cheval s'abattit plusieurs fois sur les quartiers déroches qu'on ne pouvait apercevoir à cause de l'obscurité ; cette femme courageuse se relevait, bien que cruellement meurtrie; mais enfin ces chutes devinrent si nombreuses qu'il lui fut impossible de reprendre son cheval, ni de marcher & pied, et l'on fut obligé de la faire porter par des grenadiers. Que serait-elle devenue si on nous eût attaqués ?. . . Aussi le généralissime, tout en nous conjurant de ne pas abandonner MmeX..., oous dit-il à plusieurs reprises : « Quelle faute j'ai commise en emmenant une femme à la guerre I » Bref, nous sortîmes de la situation critique dans laquelle Ney nous avait jetés.

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