‹ Mémoires du Général Bon de MarbotChapitre 185 sur 203 · MIRANDA DE CORVO · texte numérisé non relu

MIRANDA DE CORVO

marchant à l'attaque des deux collines que les nôtres se préparaient à défendre. Pour être plus certains de rencontrer le maréchal Ney, mon camarade et moi, nous nous séparâmes. Pelet prit le chemin de gauche, je suivis celui de droite, en passant par une vaste clairière où se trouvaient nos avant-postes.

Ayant appris que le maréchal Ney venait d'y passer depuis moins d'un quart d'heure, je crus de mon devoir de courir à sa rencontre, et avais l'espoir de le joindre, lorsque j'entendis plusieurs coups de fusil dont les balles sifflèrent âmes oreilles!... J'étais peu éloigné des tirailleurs ennemis placés dans les bois qui bordaient la clairière. Bien que je susse le maréchal Ney escorté par un fort détachement, je ne laissais pas d'être inquiet sur son compte, car je craignais que les Anglais ne l'eussent cerné, lorsque je l'aperçus enfin au delà du ruisseau sur la rive opposée. Pelet était auprès de lui, et tous deux se dirigeaient versMasséna. Certain dès lors que les ordres de ce dernier avaient été transmis, j'allais retourner auprès de lui, quand un jeune ofûcier de chasseurs à pied anglais s'avance au trot de son petit cheval et me crie : « Attendez, monsieur le Français, je veux faire un c peu bataille avec vous! » Je ne crus pas devoir répondre à cette fanfaronnade et tournai bride vers nos avant-postes, placés à cinq cents pas en arrière... L'Anglais me suivit en m'accablant d'injures!... Je les méprisai d'abord, mais alors l'officier ennemi s'écria : « Je € reconnais bien à votre uniforme que vous êtes attaché c à un maréchal de France, et je ferai mettre dans les c journaux de Londres que ma présence a suffi pour c mettre en fuite un lâche, un poltron d'aide de camp de c Masséna ou de Ney! »

J'avoue ma faute; j'eus le tort bien grave de ne pouvoir supporter froidement cette impertinente provoca-

tion, et mettant le sabre à, la main, je m'élançai avec fureur contre mon adversaire; mais, sur le point de le joindre, j'entends un grand frôlement dans le bois, d'où sortent à l'instant môme deux bousards anglais qui, s'avançant au galop, me coupent la retraite!... J'avais donné dans un guet-apens f Je compris qu'une défense des plus énergiques pouvait seule m'éviter la honte d'être fait prisonnier, par ma faute, à la vue de toute l'armée française, spectatrice de ce combat disproportionné!... Je me précipitai donc sur l'officier anglais... nous nous joignons... il me porte à la figure un coup de tranchant de son épée; je lui plonge mon sabre dans la gorge... son sang rejaillit abondamment sur moi, et le misérable, tombant de cheval, va rouler dans la poussière qu'il mordait avec rage! Cependant, les deux housards me frappaient de toutes parts, principalement sur la tête. En quelques secondes, mon shako, ma giberne et ma pelisse furent criblés, sans néanmoins que je fusse blessé par aucun de ces coups; mais enfin, le plus âgé des deux housards, soldat à moustache grise, m'enfonça de plus d'un pouce la pointe de son sabre dans le flanc droit! Je ripostai d'un vigoureux coup de revers, et le tranchant de ma lame frappant sur les dents de cet homme, et passant entre ses mâchoires, au moment où il criait pour s'animer, lui fendit la bouche et les joues jusqu'aux oreilles!... Le vieux housard s'éloigna promptement, à ma vive satisfaction, car c'était le plus brave et le plus entreprenant des deux. Quand le- jeune se vit seul en face de moi, il hésita un moment, parce que les tètes de nos chevaux se touchant, il comprenait que me tourner le dos pour entrer dans le bois, c'était s'exposer à être frappé. Il s'y détermina pourtant en voyant plusieurs voltigeurs français venir à mon secours; mais il n'évita pas la blessure qu'il redoutait, car, poussé

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