‹ Mémoires du Général Bon de MarbotChapitre 3 sur 203 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

État du Portugal. — Marche de Junot sur Lisbonne. — La famille royale d'Espagne. — Toute-puissance de Godoy. — Intrigues de Napoléon.

Pour l'intelligence de ce que je vais raconter, il est indispensable de jeter un coup d'œil rapide sur la position dans laquelle se trouvaient le Portugal et l'Espagne à l'époque du traité de Tilsitt.

La couronne de Portugal était, en 4807, sur la tète de dona Maria, veuve de Pierre III; mais comme cette princesse était en démence, son fils, qui régna depuis et porta le nom de Jean VI, gouvernait pour elle avec le titre de régent.

Le Portugal, pays généralement rocailleux, ayant fort peu de grandes routes, est séparé de l'Espagne par des montagnes stériles, habitées par des pâtres à demi sauvages. Ce n'est qu'au revers méridional, sur les rivages de la mer, dans les vallées du Tage, du Mondego, du Douro et du Minho, que l'on trouve un terrain fertile et des populations civilisées. Toutefois, cette région, riche en produits du sol, n'ayant pas une seule fabrique, était devenue un vaste champ ouvert au commerce et à

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t MÉMOIRES DU GÉNÉRAL DE MARBOT

l'industrie des Anglais. Ils en faisaient une sorte de colonie et en exploitaient les richesses, sans avoir les charges du gouvernement : de fait, sinon de droit, ce pays leur appartenait.

Napoléon attendait depuis longtemps l'occasion de les en chasser et d'y ruiner leur commerce. Il crut l'avoir trouvée après la paix de Tilsitt. Pour compléter le blocus continental, il enjoignit au Portugal d'interdire ses ports aux Anglais. L'exécution de cette mesure était très difficile, car la nation portugaise ne vivait que de l'échange de ses produits naturels avec ceux de l'industrie anglaise. Vous verrez, par la suite de ces Mémoires, que je suis loin d'approuver en tout la politique de Napoléon; cependant, je dois dire que la mesure était politiquement excusable, parce qu'elle devait contraindre l'Angleterre d'adhérer à la paix générale.

L'Empereur réunit donc à Bayonne, au mois de septembre 1807, une armée de vingt-cinq mille hommes destinée à envahir le Portugal. Mais il commit alors deux fautes graves : la première, de former le corps expéditionnaire avec des régiments nouvellement organisés; la seconde, de donner au général Junot le commandement de cette armée.

Napoléon tomba dans plus d'une erreur sur le choix des personnes, parce qu'il écoutait plutôt ses affections que la voix publique. L'armée voyait en Junot un homme très brave, plutôt qu'un véritable capitaine. La première fois que je l'aperçus, je fus frappé et inquiété par ses yeux hagards; sa fin justifia mes appréhensions. On connaît l'origine de sa fortune, alors que simple fourrier du bataillon de la Côte-d'Or, il gagna par un bon mot l'affection du capitaine d'artillerie Bonaparte, dans la tranchée de Toulon. Il le suivit en Egypte, commanda à Paris, et devint ambassadeur à Lisbonne. Sa

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