LE COUVENT DE MOLK
c du fleuve un camp autrichien; mais l'Empereur désire
< très vivement savoir si le corps du général Hiller en c fait partie, ou s'il se trouve encore sur cette rive. 11
< faudrait que, pour s'en assurer, un homme de cœur eût c le courage de traverser le Danube, afin d'aller enlever f quelque soldat ennemi, et j'ai affirmé à l'Empereur que
< vous iriez! » Napoléon me dit alors : c Remarquez « bien que ce n'est pas un ordre que je vous donne; c'est e un désir que j'exprime; je reconnais que l'entreprise i est on ne peut plus périlleuse, mais vous pouvez la c refuser sans crainte de me déplaire. Allez donc réfléf chir quelques instants dans la pièce voisine, et rêve- ■ nez nous dire franchement votre décision. »
J'avouerai qu'en entendant la proposition du maréchal Lannes, une sueur froide avait inondé tout mon corps t Mais à l'instant même, un sentiment que je ne saurais définir, et dans lequel l'amour de la gloire et de mon pays se mêlait peut-être à un noble orgueil, exaltant au dernier degré mon ardeur, je me dis : Comment! l'Empereur a ici une armée de 150,000 guerriers dévoués, ainsi que 25,000 hommes de sa garde, tous choisis parmi les plus braves; il est entouré d'aides de camp, d'officiers d'ordonnance, et cependant, lorsqu'il s'agit d'une expédition pour laquelle il faut autant d'intelligence que d'intrépidité, c'est moi, moi ! que l'Empereur et le brave maréchal Lannes choisissent! ! ! c J'irai, Sire! c m'écriai-je sans hésiter. J'irai!... et si je péris, je lègue « ma mère à Votre Majesté! » L'Empereur me prit l'oreille en signe de satisfaction, et le maréchal me tendit la main en s'écriant : < J'avais bien raison de dire à Votre Majesté
< qu'il irait ! . . . Voilà ce qu'on appelle un brave soldat M ... »
1 Ce témoignage me fit un bien vif plaisir, et je pus m'écriei comme Montluc, qui venait d'être félicité pour son courage par le maréchal de Trivulce : « Il faut que je die que j'estimai plus la louange
Mon expédition étant ainsi résolue, il fallut songer à réunir les moyens pour l'exécuter. L'Empereur fit appeler le général Bertrand, son aide de camp, le général Dorsenne, des grenadiers de la garde, ainsi que le commandant du grand quartier impérial, et leur ordonna de mettre à ma disposition tout ce dont je croirais avoir besoin. Sur ma demande, un piquet d'infanterie alla chercher en ville le bourgmestre, le syndic des bateliers et cinq de ses meilleurs matelots. Un caporal et cinq grenadiers à pied de la vieille garde, parlant tous allemand, et pris parmi les plus braves, quoique n'étant pas encore décorés, furent aussi appelés et consentirent volontairement à m'apeompagner. L'Empereur fit d'abord introduire les six militaires, et leur ayant promis qu'à leur retour ils recevraient immédiatement la croix, ces braves gens répondirent par un « Vive l'Empereur! » et allèrent se préparer. Quant aux cinq bateliers, lorsque l'interprète leur eut expliqué qu'il s'agissait de conduire une barque de l'autre côté du Danube, ils tombèrent à genoux et se mirent à pleurer. Le syndic déclara qu'il valait autant les fusiller tout de suite que de les envoyer à une mort certaine; l'expédition était absolument impossible, non seulement à cause de la force des eaux qui retourneraient la nef, mais aussi parce que les affluents du Danube ayant amené dans ce fleuve une grande quantité de sapins nouvellement abattus dans les montagnes voisines, ces arbres qu'on ne pourrait éviter dans l'obscurité viendraient heurter et défoncer la barque. D'ailleurs, comment aborder sur la rive opposée, au milieu des saules qui crèveraient le bateau , et d'une inondation dont on ne connaissait pas l'étendue? Le syn-
que me donna cet homme que s'il m'eût donné la meilleure des terres siennes, encore que pour lors je fus bien peu riche I Cette gloire me fit enfler le cœurt »