‹ Mémoires du Général Bon de MarbotChapitre 96 sur 203 · DU TITRE DS LIEUTENANT-COLONEL · texte numérisé non relu

DU TITRE DS LIEUTENANT-COLONEL

c lorsque j'ai demandé le colonel, il y eût eu ici un lieu- € tenant-colonel au lieu du major, on m'aurait répondu : Le c voilà ! L'effet que je voulais obtenir aurait été bien c moins grand ; car, aux yeux du soldat, les titres de c lietUenant-coloneletdecolonelsontkpeu près synonymes. » Cet incident terminé, l'Empereur fit dire au major, qui venait d'enlever si bravement le régiment, qu'il le nommait colonel.

Vous pouvez juger, par ce que je viens de vous raconter, du pouvoir magique que Napoléon exerçait sur ses troupes, puisque sa présence et quelques mots suffisaient pour les précipiter au milieu des plus grands dangers, et avec quelle présence d'esprit il savait mettre i profit tous les incidents du champ de bataille. Cet épisode m'a paru d'autant plus utile à rapporter que, sous la Restauration, on rétablit fort mal à propos le titre de lieutenantcolonel.

Voici une autre anecdote, qui n'a d'intérêt que parce qu'elle donna lieu i une réflexion fort sage faite par le maréchal Lanncs.

Pendant que l'infanterie de notre corps d'armée défilait sur les ponts et que la cavalerie attendait son tour, un chef d'escadron du 7* de chasseurs, beau-frère du général Morcau, nommé M. Hulot d'Hozery, aujourd'hui général (que nous vîmes en 1814 dans l'état-major de l'empereur Alexandre, lors de l'entrée des armées étrangères à Paris), M. Hulot, dis-je, homme très brave, poussé par la curiosité de savoir ce qui se passait sur le champ de bataille, quitta son régiment i Ebersdorf, prit une nacelle et alla sur la rive gauche. Là, il monte à cheval et vient auprès d'Essling caracoler en amateur autour de notre état-major; mais en ce moment-là même, un boulet lui emporte le bras! Dès que cet officier eut été conduit à l'ambulance pour être amputé, le maréchal Lannes nous

dit : c Souvenez-vous, messieurs, qu'à la guerre les fan- < faronnades sont toujours déplacées, et que le vrai couc rage consiste à braver les périls auxquels on est exposé c en restant à son poste, et non à aller parader au milieu c des combats sans y avoir été appelé par le devoir! •

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