STUPIDE RETRAITE. S7I
de plus, ce qui pouvait faciliter le retour ou la délivrance des trois officiers et nous plaçait plus militaire* ment, lorsque le général Rusca apparut enfin; il nous apprit que le général C... venait de se jeter dans les montagnes; il ordonna d'abandonner les trophées qui venaient d*ètre conquis, et de battre immédiatement en retraite sur Porto di Fermo, et cela pendant que le chevalier Micheroux fuyait vers Ascoli. Cette retraite devant un ennemi en déroute, cette retraite qui laissait sans appui, en cas d'un retour d*attaque, les troupes avec lesquelles le général C... s'avançait à travers la montagne, cette retraite douloureuse à force d'ôtre stupide fut la seule part que le général Rusca prit aux faits d'armes de cette bizarre journée; je me trompe, ayant trouvé deux de nos soldats liés ensemble et barbarement mutilés par des Napolitains, cet homme, pour se mettre au niveau des lâches auteurs de ces assassinats, massacra de sa main, en ma présence et en celle de cent témoins, qui comme moi en reculèrent d'horreur, cinq des trois cent quarante prisonniers que nos soldats avaient respectés (1).
£h bien ! un ordre du jour du 10 frimaire (30 novembre), daté de Terni et signé de l'adjudant général, Léopold Berthier, chef de l'état-major général par intérim, porte que le général Rusca, commandant une colonne de 3,000 hommes contre 18,000 d infanterie et 15,000 de cavalerie, etc., parvint à mettre l'ennemi en pleine déroute... Ce document historique finit par ces mots : c II est à leur poursuite. » Il la poursuivait
(i) Avec son encolure de taureau, ses cheveux crépus et ébouriffés, sa barbe ooiro et sale comme ses cheveux, sa figure mauvaise, ce Rusca était terrible à voir. Ses tètes de lettres lo peignaient à mer- Teille; ce furent ccrtaineinont les dernières sur lesquelles on lut : La liberté ou la mort. Il n'admettait de jour néfaste dans notre révolution que le 9 tliermidor.
comme on poursuit, quand on se sauve devant qui fuit (1).
Quant à Petriconi, qui simple lieutenant s'était montré général, tandis que son chef ne s'était pas montré digne d'être caporal, croira-t-on que nous essayâmes en vain d'obtenir pour lui une récompense ? Quand le général C... arriva très peu de jours après (le !•' décembre) à Ascoli, des officiers supérieurs ainsi que des sous-officiers se joignirent à moi pour lui demander de solliciter auprès du général en chef le grade de capitaine pour le brave Petriconi ; quelque chose qu'on pût lui dire, et encore que je lui répétasse : « Qui voulez- vous qui s'occupe d'eux? > je ne le tirai pas de cette ornière: « J'ai pour principe de ne jamais rien demander pour mes aides de camp (2). >
Et cependant ce coup d'audace avait si heureusement frappé l'ennemi de terreur que, malgré la retraite ordonnée par Rusca, les trophées que nous abandonnions ainsi ne nous furent pas repris. Il nous resta vingtquatre pièces de canon, trente-huit caissons, deux cents voitures de munitions, d'équipages et d'effets de campement, cent cinquante chevaux de cavalerie et je ne sais combien de trait, quatre cents prisonniers, douze officiers et trois drapeaux; nous avions perdu cent soixante
(1) Sans moi, au reste, toutes ces hontes resteraient dans l'oubli, car voici ce que Bâcler d'Albe a buriné sur la 23* carte de son aUas du royaume de Naples: « Le 8 frimaire, bataille de Porto diFcnno. Le général C... avec 5,000 hommes mit en déroute 11,000 Napolitains, leur enleva, etc., etc., et reprit Ascoli. » Erreur au surplus pardonnable; car qui, sans avoir été témoin du contraire, pourrait supposer que le succès d'une division doit être attribué à un simple lieutenant d'infanterie, officier sans troupes, et que, eu Tattribuant au général commandant, c'est se rendre coupable du manque de justice le plus manifeste?
(2) Malgré lui, ou sans lui, Petriconi n'aurait cependant pas manqué d'obtenir le grade qu'il méritait, mais il ne tarda pas à être tué.