‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 13 sur 259 · INTERROGÉ PAR ROS APARTE. S · texte numérisé non relu

INTERROGÉ PAR ROS APARTE. S

tonnement? Où sont ses principales forces? Qaelles sont les dernières nouvelles qa*on a de loi? etc., etc.

^arrivais à l'année dltalie, j'arais à peine passé quel* ques henres an boreau de Tétat-major de la division ^ j'avais été aussi scandalisé du désordre que du manque de renseignements; de plus, j'ignorais qu'avec le général Bonaparte il valait mieux répondre au hasard, mais avec fermeté, que d'avoir l'air d'ignorer quoi que ce pût être, et qu'il ne fallait pas surtout hésiter, charlatanerie qui, à ma connaissance, a été favorable à de fort tristes personnages, mais que j'étais incapable d'employer. La première et la dernière série de questions ne m'embarrassèrent cependant pas; les autres multiplièrent le mot : « Je Tignore » , auquel je finis par substituer : < J'arrive. » Si donc le général Bonaparte fut médiocrement satisfait, je ne le fus pas du tout; il aurait dû savoir que, dans son armée, le service de l'état-major se faisait à la diable; qu'adjoint de Solignac, je Tétais d'un homme doué de moyens sans doute, mais ne souffrant pas autour de lui plus d'ordre que lui-même n'en avait; il aurait dû considérer encore que pour être au courant de ce qu'il demandait, il eût fallu que je le devinasse. Toutefois la leçon me fut profitable. Je me fis immédiatement un calepin, sur lequel se trouvait à jour la solution de la totalité des questions qu'il m'avait faites et de beaucoup d'autres encore; mais l'occasion d'utiliser ces notes avec lui ne se présenta plus, ou du moins on verra comment elle m'échappa.

De retour de ma course à Milan, mes premiers moments furent consacrés à organiser le travail du service d'état-major, dont Solignac ne s'occupait qu'à bâtons rompus et dont Burthe n'était pas fâché de ne pas s'qccuper du tout. Ce service fut réglé d'après les notes que j'avais prises à l'armée du Rhin et dont, sept ou huit

mois après, je m'aidais pour rédiger mon Manuel des adjudants généraux.

SoIigDac jouait beaucoup, et c'est quelques jours après notre arrivée à Vérone qu'il nous attira l'aventure suivante. Lui, Burthe, Rouvelet et moi, nous revenions ensemble du spectacle, où nous nous étions rencontrés; il pleuvait, et nous marchions à la file, en rasant les murs des maisons et nous couvrant sous l'avancée des toits, qu'en Italie on construit assez proéminents pour donner de l'ombre. Rouvelet tenait la tète ;Burtbe, marchant ensuite, fut bientôt dépassé par Solignac, qui en sortant du théâtre était, dans l'ordre de marche, le troisième et se trouva de cette sorte reléguer Burthe à son rang; quant à moi, je suivais en dernier. Nous avancions en silence, assez lentement à cause de l'obscurité, lorsqu'en croisant trois hommes, qui marchaient dans la direction opposée à la nôtre, nous sursautâmes au bruit d'un effroyable coup de sabre donné par le dernier de ces trois hommes sur la tète de Burthe; par bonheur, le coup, arrêté par la muraille, y fit jaillir des étincelles et n'entama de Burthe que le chapeau. A l'instant nous jetâmes les manteaux qui nous enveloppaient; nous mîmes le sabre à la main et, rassurés sur la crainte que Burthe ne fût blessé, nous poursuivîmes les agresseurs qui fuyaient et qui, connaissant la ville mieux que nous, nous échappèrent en se jetant dans de petites rues et en se divisant. Nous eûmes peine à retourner à la place où nous avions jeté nos manteaux, que cependant nous retrouvâmes; et, grâce à la lanterne d'un passant, nous pûmes vérifier Tentaille faite dans le mur. Si elle eût aussi bien endommagé la tète de Burthe, il était mort. Nous ne savions au monde à quoi attribuer cette attaque, lorsque Solignac nous dit : c Je ne me coucherai pas sans en avoir le cœur net; c'est à moi qu'on

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en Youlait; je devine d'où le conp est parti; mais, comme Doas avons affaire à des brigands, rentrons chez nous prendre des pistolets. » Armés josqn'anx dents, nous Doas rendîmes chez deux officiers, auxquels dans la journée Solignac avait gagné de fortes sommes; aucun d'eux n'était rentré, ou bien tous deux se cachaient. Le lendemain, Solignac les rejoignit; ils nièrent tout et se refusèrent à tout; mais il restait évident que c'était à lui seul qu'on en voulait, qu'on ne pouvait lui en vouloir que pour l'argent perdu contre lui, et que c'était par le hasard d'un changement de place que Burthe avait manqué périr, victime, pour le compte d'un autre, de la fureur du jeu.

Vérone se trouvait occupée par deux divisions, la division Augereau et la division Masséna, c'est-à-dire les forces et les talents les plus imposants que possédât l'armée d'Italie; toutefois, si la réputation des deux chefs était analogue, leur valeur était loin d'être égale, et le moindre examen ne pouvait plus laisser de doute. Quelque chose que l'on pût concéder à Augereau en fait d'audace et de fortune, ce n'était qu'un homme ordinaire et d'enveloppe commune; Masséna n'avait non plus ni éducation, ni instruction première, mais sa figure était pleine de sagacité et d'énergie, son regard était celui de l'aigle; il avait dans la pose de sa tète, toujours élevée et un peu renversée vers la gauche, une dignité imposante et une audace provocatrice; son geste était impératif, son ardeur, son activité indicibles; sa parole, brève à Textrème, prouvait la lucidité de ses pensées; ses moindres mots étaient saillants, et la rapidité conmie la justesse de ses reparties achevait de prouver qu'il pouvait s'élever encore sans cesser d'être à sa place. Par son caractère, c'était un homme fait pour l'autorité et le commandement; personne n'était donc plus à sa place

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