‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 139 sur 259 · FAITES-NOUS FUSILLER · texte numérisé non relu

FAITES-NOUS FUSILLER

au premier signa], les troupes ayant leurs places d'alarme, chaque individu l'indication du lieu où il devait se rendre, et il est sans doute inutile d'ajouter que personne ne bougea (i).

Parti de Chieti le 12 janvier, j'étais arrivé le 13 à Solmona, et j'y avais à peine pourvu au placement, au service et aux besoins de mes troupes, lorsqu'un sergent de grenadiers , blessé et marchant avec des béquilles , fut introduit chez moi et me dit d'un ton calme, mais ferme : c Mon général, je viens en mon nom comme au nom de soixante de mes camarades, presque tous de la deuxième division, blessés à Popoli et laissés ici, vous prier de nous faire fusiller. — Qu'est ce que vous dites donc? m'écriai-je. — Mon général, reprit-il, nous sommes hors d'état de marcher; il n'existe dans ce pays aucune voiture; notre général (Lemoine) n'a pu nous emmener; les généraux qui l'ont suivi (Duhesme, Rusca et Monnier) n'ont pas trouvé plus de moyens que lui. Nous devons donc croire notre évacuation impossible, et, comme après votre départ les insurgés rentreront dans la ville et nous feront mourir dans les tortures, nous vous prions au nom de l'humanité de nous faire fusiller. — Sergent, lui répondis-je, en lui saisissant le bras, retournez auprès de vos camarades ; portez-leur ma parole d'honneur que je les emmènerai tous, et dites-leur que je les verrai avant la nuit, t

J'avais cédé à une expansion bien naturelle sans

(1) Lorsque le général Duhesme voulut faire chef de bataillon son aide do camp Ordonneau, qui, Tayant suivi, n'était plus alors à Chieti, il lui prêta ce fait, comme plus tard il prêta au colonel Broussier, qui n*en avait pas besoin et qui repoussa cette tricherie, ma première attaque de Naples. Au reste, les grades obtenus, il me restitua ce qui m'appartenait, et, dans la notice qu'il a écrite sur cette campagne, au milieu de plusieurs inexacti- Uidcs, il résume cet incident assez véridiquement.

doute, mais, resté seul, je fus assailli par la pensée d'un cruel embarras dans un pays où aucune charrette, presque aucun cheval n'était connu, où notre artillerie ne cheminait qu'à bras ou à l'aide de doubles attelages et de travaux continuels. J'étais donc très fâché contre les généraux qui m'avaient précédé, notamment contre Lemoine, qui était responsable de ses blessés et qui aurait pu en évacuer sans peine quelques-uns; les suivants auraient imité son exemple; je n'en aurais hérité que de quinze pour ma part au lieu de soixante et un. Mon incertitude cependant fut de courte durée, et de suite j'écrivis à la municipalité que j'avais des communications de la plus haute importance à faire aux autorités et aux habitants de Solmona; qu'il y allait du sort de tous et de la conservation ou de la desU'uction entière de leur ville; que, de plus, et pour que personne ne pût prétexter cause d'ignorance, le devoir me prescrivait de faire moi-môme ces communications à la totalité des habitants. D'après cela, j'ordonnai que les autorités fissent immédiatement lire dans les places et carrefours ma lettre, que j'avais écrite en italien, et publier que, à quatre heures précises du soir, tous les hommes, depuis r&ge de vingt et un ans, les autorités y comprises, fussent réunis dans la principale église; enfin que je saurais sévir contre les récalcitrants, et que, à dater de ce moment, les portes de la ville étaient fermées. Cette lettre expédiée, j'allai faire la visite des couvents occupés par nos troupes, et je prescrivis aux chefs de corps de faire prendre les armes et de les faire mettre en faisceaux, de consigner les hommes, puis de se trouver de leur personne chez moi, à trois heures et demie.

A quatre heures sonnant, un membre de la municipalité vint me rendre compte que mes ordres étaient exécutés. Mes dernières instructions données aux chefs de

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