ATTAQUE D*ISERNIA. 3S
▼éritables barricades, les tisons enflammés, l'huile et à son défaut l'eau bouillante tombaient sur nos braves; chaque pas nécessitait un assaut nouveau ou un nouvel acte d'héroïsme. On ne put en efTet éteindre le feu des maisons qu'en s'en emparant, et s'en emparer qu'en enfonçant les portes à coups de hache. Cette dégoûtante victoire coûta beaucoup d'hommes au bataillon de la 64* et à la légion cisalpine; du moins furent-ils vengés autant qu'ils purent l'être; le massacre ne se borna pas à la ville; rapidement dépassés par le il* régiment de cavalerie, les insurgés qui tentèrent de fuir furent sabrés, et tous les hommes, trouvés armés ou reconnus pour avoir pris part à la résistance furent passés au fil de l'épée. Plus de quinze cents périrent, ce qui n'empêcha que, pendant la nuit suivante, trois de nos factionnaires furent égorgés. Quant à la ville, elle aurait sans doute mérité d'être brûlée et démolie de fond en comble; mais, comme Solmona, elle fut conservée, parce que la brigade Monnier et la mienne avaient à y coucher; elle fut pillée et plus que décimée.
Le général Dubesme séjourna le il janvier à Isernia, tant pour organiser l'évacuation de ses blessés que pour attendre le général Monnier; quoiqu'il n'en eût aucune nouvelle, il continua, dès le 12, son mouvement sur Venafro, où il n'arriva pas cependant sans avoir été forcé de combattre pour passer le Volturne.
Ainsi qu'il en avait reçu l'ordre, le général Monnier était parti le 10 de Solmona; mais, lorsque ses premiers hommes arrivèrent au passage des Cinq-Milles, le vent du nord s'éleva. Les éclaireurs de son avant-garde Gravèrent l'avis de quelques habitants de Pettorano ou ne reçurent pas à temps l'ordre de s'arrêter; engouffrés dans cette gorge, ils y périrent tous. Quant au général Monnier, il laissa le second bataillon de la 27* légère à
Pettorano et rétrograda avec le reste de ses troupes à Solmona, où il fut contraint d'attendre jusqu'au 12 au matin que le vent eût changé; telle fut la cause du retard qui mit les calculs du général Duhesme en défaut. Enfin le général Monnier put franchir les Cinq-Milles; il parvint sans peine au Yolturne, mais fut obligé de combattre pour passer cette rivière.
L'éloignement de ces troupes, qui avaient abandonné les Abruzzes, et le retard d'un bataillon de la 73* et des derniers détachements qui devaient me rejoindre seulement le il, pour compléter ma brigade, avaient paru aux insurgés de Pescara des circonstances favorables et leur avaient fait concevoir le projet de massacrer le peu d'hommes avec lesquels je me trouvais à Chieti; le moment de ces Vêpres abruzziennes avait été fixé au 10, à dix heures du soir. Parcourant la ville dans l'aprèsmidi de ce jour, en vertu de ce principe qu'un chef doit tout voir par lui-même, j'avais remarqué des visages nouveaux; les figures m'avaient paru plus mauvaises que de coutume. J'avais fait redoubler de surveillance, et, à prix d'argent, ayant excité le zèle d'un prêtre qui se trouvait au nombre de mes espions, je fus informé qu'il s'agissait d'une surprise et d'une attaque de vive force, renseignement qui coïncida avec cet avis que je reçus du baron de Nolli, que, dans la ville et dans les environs, des choses extraordinaires s'annonçaient. Aussitôt, et à l'exception de quelques prêtres connus par leur modération, tous ceux qui se trouvaient à Chieti furent renfermés dans leurs couvents ou mis en prison, et il fut notifié que, préalablement à tout, ils seraient fusillés au premier signe de révolte. J'aurais pu m'en tenir là; cependant je fis fermer les portes de la ville avant la nuit, je doublai les postes et les piquets, je fis multiplier les patrouilles; chacun eut l'ordre d'être prêt