PORTEURS ET CIVIÈRES. S
Tivres et de la paille, et, à mesure que j'en trouvais le moyen, je faisais remplacer les plus fatigués, ce qui n'empêcha pas que, en arrivant à Capoue, la plupart ne fassent blesses.
Un officier de santé marchait avec cette ambulance, placée entre mon second bataillon et mon troisième; un autre partait avec l'avant-garde, de sorte que, à chaque arrivée de la colonne, la maison destinée aux blessés, maison qui était toujours la plus considérable, était prête à les recevoir; ils n'avaient plus qu'à être pansés, éprendre ensuite la nourriture qui leur était permise, à recevoir ma visite, à me faire leurs réclamations et à se reposer. Enfin, béni par tous ces malheureux, j'eus la consolation de les faire arriver à l'hôpital de Capoue, sans en avoir perdu un seul.
Mon passage des Cinq-Milles fut heureux, mais se termina à temps; car, marchant le dernier, je fus assailli par un coup de vent du nord, alors que je n'avais plus trois cents pas à faire pour sortir de cette formidable gorge, et je n'eus que le temps de me jeter à bas de cheval, ainsi que les hommes qui se trouvaient devant moi, et de me laisser pour ainsi dire balayer par le vent, jusqu'à ce qu'enfin la pente du terrain me mit à l'abri.
Quant au reste de la route, les insurgés me la laissèrent suivre dans une paix profonde, et cependant, ma colonne étant la dernière qui dût traverser les Apennins, il avait semblé que c'était contre elle que la suprême tentative devait être faite; c'est môme sur cette supposition que ma brigade avait été composée la plus forte. Sans doute, les défaites qui leur avaient été infligées par les colonnes précédentes avaient calmé la frénésie des habitants de ces contrées. Le temps ne me fut pas moins favorable que le reste, et, sans avoir à regretter
personne pendant ce hasardeux trajet, je rejoignis la division à Caserta.
Ainsi, en luttant au milieu des plus âpres montagnes» des fondrières et des neiges, contre des corps de troupes régulières trois fois plus nombreux qu'elle, contre des populations insurgées au dernier point sanguinaires, en prenant des places de guerre sans moyen de les attaquer ou même de les investir, en ne sachant que faire ni de ses trophées, ni de ses prisonniers, la gauche de l'armée de Rome avait répondu par de brillants faits d'armes et par des succès inespérés aux inspirations et au calcul du général en chef, à qui toute cette gloire était due. Mais, pendant que la division Duhesme et la brigade avec laquelle opéra le général Lemoine, exécutèrent la série d'opérations dont je viens de rendre compte, la droite, obtenant des succès non moins décisifs, était arrivée la première sur le Volturne et même avait déjà passé ce fleuve sans attendre la gauche.