CHAPITRE XIII
Tout en répétant sans cesse que je n'écris pas Thistoire, j'ai cependant cédé à Tentraînement de mon sujet» el, pour donner une idée d'ensemble de cette campagne de Naples sur laquelle existent si peu de souvenirs exacts, j'ai fait exception à mon principe et j'ai rapporté, sur les opérations du centre et de la droite de l'armée de Rome, une série de faits auxquels je n'ai pas pris et ne pouvais pas prendre une part directe. Je crois donc utile de ne pas laisser incomplète la narration que j'ai commencée, pour ainsi dire malgré moi, de cette campagne magique, la plus étonnante, peut-être la plus féconde en surprises, de toutes celles entreprises sous les auspices de la Révolution. Or, tandis que la gauche accourait si péniblement et si victorieusement aussi à l'appel de son général en chef, la droite, sous le commandement immédiat de ce môme général en chef, s'avançait pour arriver au rendez-vous ûxé sur le Volturne, et, tout en la résumant plus que je ne l'ai fait pour la marche de la gauche, je dirai quelle fut cette marche de la droite entre Rome et Capoue.
On se rappelle que, à peine rentré en possession de Rome, le général Championnet avait décidé l'invasion des États du roi de Naples (i); en conséquence, il avait
(i) Je ne sais plus si c'est à cette occasion on bien quelques jours plus tard que le général Macdonald, le futur défenseur des êmi-
chargé le général Rey de déboucher le premier de Rome et de se porter rapidement sur Terracine; là, le générai Rey devait attendre de nouveaux ordres; mais il avait à jouer un rôle assez important, car il devait faire dégarnir de troupes ennemies les routes de San Germano, attirer sur lui et dériver vers l'embouchure du Garigliano les principales forces des Napolitains, c'est-à-dire entraîner l'ennemi dans une suite de faux mouvements.
Ainsi la division Rey avait une sorte de mission préparatoire; elle ne devait agir réellement que lorsque les succès de la division Macdonald, succès qu'elle devait contribuer à rendre faciles, auraient préparé favorablement la campagne. C'était à cette division Macdonald qu'était réservée la tâche de forcer le passage du Garigliano. Partie le 20 décembre, elle s'achemina par des détours destinés à tromper l'ennemi sur son itinéraire, et, le soir du 27 décembre, sous la conduite du général Maurice Mathieu, elle parut sur le bord du Garigliano, à Ceprano, que défendait Tavant-garde d'une division ennemie. Aussitôt attaquée que reconnue, cette avantgarde fut rejetée surla rive droitedu Garigliano au delà du pont, que, le lendemain dès l'aube, le général Maurice Mathieu traversa au pas de course, culbutant un régiment posté pour le défendre; chargeant toujours, il arriva sur le principal corps de la division, à laquelle il enleva vingt canons, douze cents prisonniers, équipages et bagages, et qu'il repoussa jusqu'au delà de la Melfa.
Cependant une pluie continuelle tombait depuis deux
grés, le fidèle lieutenant de Monsieur et du duc de Berri, publia on ordre du jour commeoçaot par ces mots : « Soldats, encore un roi parjure & détrôner. i> Le général Kellermann, peu de mois avant sa mort, et un soir que je le rencontrai à TOpéra, me rappela ce fait qui le faisait encore rire. Pamphile Lacroix possède cet ordre du jour du républicain Macdonald.