LE GÉNÉRAL MACR PRISONNIER
Je dtnai ou soupai six fois avec cet homme célèbre. Nos généraux ne cherchaient guère à se rapprocher de lui, parce que leur ton et leurs manières n'étaient pas ce qu'il y avait de plus identique avec ceux du général Mack, et je parvins plusieurs fois à être son voisin de droite, le général en chef l'ayant toujours à la sienne; je pus de cette manière avoir avec lui de nombreux entretiens. Si, comme chef d'armée, il était difQcile d'avoir été plus malheureux, il était impossible de parler de la guerre en homme plus consommé. Le maréchal Marmont me l'a rappelé sous le double rapport de l'éloquence militaire et du mauvais résultat des opérations; car, grâce à lui, nous avons eu notre Mack; en revanche, on ne peut pas dire que ceux qui ont employé le général Mack aient eu leur Marmont, puisque Mack, pour me servir de l'expression du soldat, n'a c ragusé » personne, et moins encore son bienfaiteur et son souverain.
Le quatrième jour de son arrivée à Gaserta, le général Mack partit pour Milan, pendant que, par la bizarrerie du sort, le général Championnet partait pour Naples; il fut accompagné par l'un des officiers de l'état-major général jusqu'à Bologne, où un aide de camp du général Joubert l'attendait. Pendant ce trajet, il commença à voyager en uniforme; mais, sur le conseil de sa sauvegarde, qui était en môme temps chargée de veiller à ce qu'il ne se sauvât, ses ofQciers et lui prirent des habits bourgeois. A Milan, leur position changea, les ordres du Directoire portant de les considérer comme prisonniers de guerre et de les renvoyer au fort de Briançon. Mack, très souffrant, malade même, et se disant empoisonné par les Napolitains, qu'il qualifiait, ainsi que les Romains, de populace féroce, ne fut pas transportable pendant quelques semaines; il fut toutefois en état de rédiger pendant ce temps, sous forme de Mémoire, une réclamation
de plus de trente pages in-folio, adressée au Directoire, et dans laquelle il disait entre autres choses : que, le roi de Naples se trouvant à la tête de l'armée, lui, Mack, avait souvent été condamné à une obéissance passive et ne pouvant impliquer aucune responsabilité; qu'aucun prisonnier n'avait eu à se plaindre de lui; qu'il avait pris luimême soin des malades; que s'il avait fait des menaces, aucune n'avait eu d'exécution; que si des horreurs avaient été commises, il avait tout fait pour les empêcher; enfin que, quant à l'expression c infâme déserteur » dont on se servait à son égard, il la repoussait, attendu qu'il avait quitté son quartier général d'A versa et qu'il était arrivé à Caserta, non comme général napolitain, mais comme général autrichien n'étant plus au service de Naples; que ses aides de camp et lui étaient munis de démissions acceptées et de passeports en règle et doubles, les uns avec leurs noms et grades, les autres comme négociants allemands; que de plus ils étaient venus en plein jour avec leurs équipages, composés de chevaux de selle et de dix mulets de charge; qu'ils avaient été accompagnés jusqu'à nos avant-postes par le duc de la Salandra, commandant en chef de Tarmée napolitaine, et par deux adjudants généraux de cette armée que c'était comme général autrichien, allant rejoindre l'armée de l'Empereur, qu'il avait été reçu par le général Ghampionnet (cela était faux), et que c^était sur sa demande qu'il avait été accompagné par un ofHcier de l'état-major de l'armée de Rome (ce qui n'était pas plus exact); qu'il n'existait en conséquence ni motif ni droit de le considérer comme prisonnier de guerre, encore moins de l'envoyer comme criminel au fort de Briançon. Sauf deux inexactitudes que j'ai signalées, les arguments étaient assez vrais; le général Mack aurait pu ajouter qu'il était arrivé en uniforme autrichien et avec la