RUPTURE DE L'ARMISTICE
cocarde autrichienne. La décision du Directoire pouvait donc Sembler non seulement injuste, mais brutale (i). Au reste, ce Directoire, que conduisait encore Merlin de Douai et qui, au lieu de dignité et de mesure, ne manifestait que sa bile d'avocats tripotant la souveraineté, montra bientôt, par sa conduite envers le général Championnet, qu'il ne savait pas plus honorer la gloire que compatir au malheur (2).
Le lendemain du jour où le général Mack était arrivé à Caserta, quelques milliers de ces lazaroni attaquèrent notre cantonnement de Ponte-Rotto, et, bien entendu, sans dénoncer l'armistice, que l'on devait dénoncer trois jours d'avance. Cette affaire, au surplus, fut sans importance; un seul bataillon fut envoyé contre eux par le général en chef, qui, parcourant la ligne, se trouva à Ponte-Rotto au moment de cette agression; celle-ci, du moins, nous rendit le service de légaliser par un prétexte de plus la rupture de l'armistice.
Cependant Naples n'offrait plus qu'un vaste champ de carnage, d'incendie, d'épouvante et de mort. Entre autres victimes, le duc de la Torre et son frère Clémente Filomarino avaient été jetés dans un brasier, et, pendant que ces horreurs s'exécutaient, les soixante mille lazaroni et galériens armés, ayant entraîné avec eux tout ce qui se trouva de troupes de ligne dans Naples, s'étaient donné quatre chefs choisis parmi les plus fanatiques.
(1) Pendant la campagne d*Au8terIitz, employé & l'investissement d*Ulm, je me suis trouvé, mais sans le revoir, rapproché de cet homme qui, battu par Championnet.osa entrer en lice contre Napoléon ; il fut aussi malheureux sous TEmpire qu'il le fut sous la République, et é. sa honte militaire il ne manqua que de partager la gloire de nos vainqueurs de 1814.
(2) La dureté du Directoire envers Mack ne pouvait qu'attirer des représailles ; en effet, les généraux Rusca et Salm, faits prisonniers à la Trebbia, furent enfermés comme otages de Mack.
Le premier était un marchand de farine nommé Paggio, qui fut chargé de défendre le pont de la Madeleine; le second, dont je n'ai retrouvé le nom nulle part précisément, était celui contre lequel j'ai si longtemps combattu ; il fut préposé à la défense du faubourg de Capoue; au troisième, désigné sous le sobriquet Pagliacella (petite paille), échut la défense du front de Capodimonte; enfin le quatrième, Michèle de Laudo, surnommé il Pazzo (le fou), dont j'aurai à reparler, fut par suite d'une indicible valeur, d'une ardeur dévorante et d'une intelligence remarquable, le généralissime de cette bagarre.
Sous de tels chefs la révolution s'était organisée, disposant ses forces, protégeant le crime et le pillage, et presque tout ce qu'il y avait de gens honorables, de possesseurs de biens à Naples nous appelaient de leurs vœux. Le général Championnet avait fait déclarer par ses afQdés qu'il ne commencerait l'attaque que lorsque les patriotes seraient maîtres du fort Saint-Elme; ceux-ci, comme je l'ai dit, parvinrent à s'y installer; mais ils y avaient été bloqués et pressaient notre arrivée, ne pouvant plus être sauvés que par nous. Ces appels, la certitude que tout délai nouveau rendrait le succès plus incertain en laissant aux lazaroni le temps de compléter leurs moyens de défense; enfin le caractère menaçant, presque effrayant, qu'avait pris l'insurrection des campagnes, toutes ces considérations réunies décidèrent le générai en chef à ne plus différer son mouvement sur Naples. Il espérait encore que cette ville sans gouvernement, ces troupes sans chefs, ces lazaroni sans ensemble, n'opposeraient pas une forte résistance; il pouvait le penser d'autant plus qu'il n'avait rien négligé pour renforcer le parti que nous avions à Naples parmi les patriotes amis de la liberté, parmi
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les victimes ou les mécontents de l'ancien gouvernement, parmi les riches qu'épouvantait l'insurrection.
Aussi ne restait-il plus de motif à la perte d'un jour; mais, pour mieux assurer cette conquête qui devait couronner la campagne, le général en chef avait résolu de porter préalablement une colonne à Benevento, dans le bot d'éclairer» jusqu'à cette distance, la gauche de Bon armée et de prévenir des attaques qui pourraient être préparées et dirigées par ce côté. Cette mission appartenant aux opérations de la division Duhesme, pour ne pas perdre de temps, le colonel Broussier, qui en fut chargé, était parti de Caserta le 16 janvier : il avait bouscalé des insurgés qui gardaient le défilé des Fourches Gaudines, s'était emparé de Benevento; toutefois, au retour, il fut brusquement assailli sur ses flancs et ses derrières par des partis d'insurgés qu'il eut peine à maintenir; de plus, quand il arriva devant les Fourches Caudines, il les trouva réoccupées et barrées par des forces en masse pouvant être évaluées à dix mille hommes, contre lesquels la 17* de ligne et les trente-six chasseurs du 19* qu'il avait emmenés avec lui auraient à lutter, isolés, entourés d'ennemis et séparés de l'année.
A la façon dont ses bataillons s'ébranlèrent, le colonel Broussier comprit leur inquiétude, qui d'ailleurs l'avait gagné lui-même; un coup d'audace et de ruse pouvait seul le sauver. Voulant en finir d'abord avec les corps qui le suivaient, il résolut de profiter d'un endroit favorable pour recourir à une embuscade; un large fossé, couvert par un épais buisson, se trouvait sur un des côtés de la route; il y fit mettre à plat ventre tout le second bataillon de la 17*; il réunit ses trente-six chasseurs à cheval derrière une maison voisine de ce fossé, et, ces dispositions faites, il ordonna aux quatre cents hommes de son arrière-garde de paraître vouloir atta-