‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 16 sur 259 · LA DIVISION MASSÉNA · texte numérisé non relu

LA DIVISION MASSÉNA

d'aneedotes, aa nombre desquelles j'en citerai une, dont je ne voudrais pas priver tous ceux qui aiment à se divertir.

Mme de La Salle avait pour amant un abbé fort aimable et non moins utile, et pour favori un trompette, qui sans doute avait à ses yeux certain mérite capable d'en compenser beaucoup d'autres. Un jour que le trompette, en grande tenue, se trouvait en activité de service auprès de Mme de La Salle, on entendit la voiture de l'abbé, que l'on avait de grandes raisons de conserver; à défaut de mieux, le trompette fut caché sous le lit, sur lequel Mme de La Salle resta, prenant le prétexte d'une indisposition pour donner le change sur son désordre. Elle mit tout en œuvre pour éconduire l'abbé ou du moins pour le modérer, mais sans succès ; il se prétendait le remède à tous les maux; bref, elle dut se résigner. Or le trompette, qui n'avait pas tant de vertu, enrageait, et lorsque, au comble de l'extase, l'abbé, mêlant le religieux au profane, se fut écrié : c La trompette du jugement dernier sonnerait qu'elle n'interromprait pas mon bonheur >, le trompette, qui ne pouvait plus se contenir, se mit à sonner de toutes ses forces. On peut penser si^ dans son bouleversement, le malheureux abbé ne dut pas croire que le courroux de Dieu venait de substituer le diable à l'amour.

Mais si, à Tarmée dltalie, comme à toutes les armées de la République, on aimait à rire, à jouer, à galantiner, on aimait plus encore à se battre ou bien à parler combats, et c'est à ce propos que je veux rapporter des faits que j'appris en arrivant à la division Masséna, que je vériûai ot qui concernent la fameuse bataille d'Arcole gagnée si peu de jours auparavant.

Il n'est aucun étranger instruit, aucun Français soucieux des fastes de son pays qui ne place au nombre de

9n MI^MOIRES DU GENERAL BARON THIÉBAULT.

no» plus glorieux souvenirs le passage de vive force do pont d'Arcole, ce passage consacré par la mort de tant de braves, qui fit recevoir tant de profitables blessures, qui signala Timpétuosité d'Augereau, l'intrépidité de Lannes, le dévouement de Muiron, l'audace triomphante du général en chef Bonaparte, et que cinquante gravures, le magnifique tableau de Gros et dix mille mentions et relations ont détaillé et consacré d'après les rapports et bulletins officiels. Eh bien, malgré toates ces garanties, il ne manque à ce fait d'armes éclatant qu'une chose, la vérité; car, dans la manière dont les (événements se consacrent, des infidélités, accréditées par la vanité des uns, par l^adulation des autres et par le silence du plus grand nombre, ne tardent pas à substituer à rhisloire de v(^ritab1es romans.

La bataille d'Arcole dura trois jours (25, 26, 27 brumaire an V, 15, 16, 17 novembre 1796); or, le premier (lo Cf!H trois jours, la division Augereau, ayant passé TAdige sur un pont de bateaux jeté à Ronco, où ne se trouvait qu'un bac, marcha sur Arcole dans le but de forcer le pasHage du pont à piles de pierre et à arches dn bois construit sur FAlpon. A ce moment, le passage pouvait être forcé; il fut manqué; on revint à la charge, mais on trouva cette fois l'ennemi en mesure, et c'est apr<>s ce second échec que le général Bonaparte se jeta en désespéré sur ce pont, un drapeau à la main, qu'Augcrcau le suivit, que dix généraux se précipitèrent et qu'i\ leur suite mille victimes succombèrent (Muiron est du nombre). Mais le succès n'était plus en la puissance des hommes, et Bonaparte, repoussé, ne pouvant suivre une (ligue que le feu de l'ennemi rendait intenable, se jeta dans le marais (1), où il s'embourba et d'oùBelliard

(1) Sur uno grando éteoduo, co murais règne entre TAlpon et

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et Vîgnolle panrinrent à le retirer, alors qu'il allait tomber au pouvoir de l'ennemi.

Pendant cette meurtrière attaque, la division Masséna était restée en position à Ronco, afin d'assurer les derrières de la division Augereau contre tout ce qai pourrait survenir par la digue de Saint-Martin; mais, dans la nait du 15 au 16, la brigade Guieux, de cette division, passa l'Adige au-dessous de l'embouchure de l'Alpon, se porta brusquement par la gauche de cette rivière sur Arcole qu'elle enleva, et, par suite d'une faute qui jamais n'a été relevée parce qu'elle venait de trop haut peutêtre, ou d'un malentendu qui n'a pas été expliqué ou d'une désobéissance que l'on n'a pas voulu punir, mais enfin par ce fait qu'on ne se trouva pas en mesure de soutenir cette brigade, elle dut, devant une contreattaque, évacuer Arcole et revint à Ronco en traversant en retraite le fameux pont, dont l'ennemi reprit possession et qu'il franchit en force; ainsi se trouva-t-il en face de la division Augereau qu'il repoussa vigoureusement. Par cela même le général Masséna, qui, suivant la digue d'Arcole à Saint-Martin avec un seul bataillon et cent cinquante cavaliers de différentes armes, venait de faire prisonniers cinq bataillons autrichiens (1), reçut Tordre

l'Adige ; deux dignes le traverseat : l'une va de Ronco vers Saint- Martin, Tantre de Ronco à Arcole.

(1) Cette prise, qui au premier moment semble si surprenante, me Ibumit l'occasion de consigner un précepte de guerre important. Dans tout terrain où l'on n'a pas la possibilité de se déployer, il faut à tout prix éviter de . former de la totalité de ses troupes une seule masse. Ainsi, forcés de marcber dans un chemin creux, sur une chaussée ou une digue, il faut que chaque bataillon soit massé isolément, et que les bataillons soient À d'assez grandes distances les uns des autres pour que le désordre de l'un d'eux n'influe ni sur ceux qui le suivent, ni sur ceux qui le précèdent Quand le général Masséna se trouva avec un seul bataillon et cent cinquante dragons et chasseurs à cheval, à portée des cinq batail-

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de rétrograder sur Roqco, ordre qu'il exécutait déjà d'après un rapport de son aide de camp Reille.

Edûo, et seulement dans la nuit du 16 au 17, le général Bonaparte, profitant de tant d'essais successifs}, parvint à faire passer, près de l'embouchure, l'Alpon à la division Augereau et la fit marcher sur Arcole par la gauche de la rivière, pendant que la division Masséna attaquait par la droite, c'est-à-dire par le pont, et c'est à cette double attaque qne le succès de cette importante opération fut dû; d'où il résulte que ni le général Bonaparte, ni le général Augereau ne passèrent le pont d'Arcole; que ce pont, après avoir été passé en retraite par le général Guieux, de la division Masséna.. ne fut passé, par une marche en avant, que le troisième jour de la lutte et par le général Masséna, qui réussit cette manœuvre grâce à l'efTort combiné de la division Augereau.

Voilà les faits dans leur exactitude, faits que, sous le règne de Napoléon, peu de personnes eussent été d'humeur à rectifier, et qu'avec quelques erreurs M. Thiers a rétablis dans son Histoire de la Révolution (1). Les voilà tels que le général en chef Reille, alors premier

Ions autrichiens, ceax-ci, serrés en masse, s'avançaient sur la digue en colonne, sans intervalles et par conséquent réduits à la puissance du premier peloton. De suite il embusqua son bataillon, et, du moment où la tête de la colonne parut A bout portant, il fit commencer le feu sur elle et la mit en désordre. Les cent cinquante cavaliers, conduits par le chef d'escadron Reille, chargèrent aussitôt, traversant la colonne de la tête à la queue et suivis par l'infanterie à la baïonnette. De toute cette colonne, réduite à mettre bas les armes, il ne s'échappa que le général qui la commandait et ses aides de camp que Reille poursuivit en vain.

(1) M. Thiers dit que les drapeaux pris sur le pont d'Arcole avaient été donnés aux généraux Bonaparte et Augereau; mais comment eùt-oo pris des drapeaux sur le pont? Ensuite, quelle assimilation, celle d' Augereau, simple général, à Bonaparte, général en chef?

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aide de camp do général Masséna et depuis son g«idre. a acberé de me les rappeler, notamment an matin« chez loi, tandis qa'il dessinait de mémoire le terrain ayant senri de théâtre à ces combats. Enfin, le 6 févriei 18S4, me troorant avec loi chez le baron de Cambacérès et devant le tableaa de Gros, représentant le soi-disant passage dn pont d'Arcole par Aagerean et Bonaparte, Reille ne pat s^empècher de me dire en souriant : c Quel donunage qu'il n'y ait jamais eu de passage du pont d'Arcole, ni par le général Aogereau ni par le général Bonaparte! > Mais, pour ce dernier, ce n'est pas dans an acte de valeur soldatesque qu'est la gloire de cet événement, c'est dans une conception d'ensemble et surtout dans les résultats. Après avoir détruit les deux cinquièmes de l'armée d'Alvintzy, il fut, à Tétonnement général, le maître de rentrer en plein jour en vainqueur et par la porte de Venise à Vérone, qu'il avait furtivement quittée de nuit par la route de Milan.

Mais puisque j*en suis à de telles rectifications, j*en ferai une autre qui n'est pas moins intéressante : le matin du jour de la bataille de Montenotte, la 1** demibrigade d'infanterie légère, immédiatement après devenue la 17* et forte en ce moment de 1,500 baïonnettes environ, était en position en avant de la redoute de ce nom, sous les ordres du chef de brigade Fornésy, qui, à l'époque de la Révolution, commandait un bataillon dans un des régiments suisses au service de la France. Attaquée par des forces absolument supérieures, cette demi-brigade fut contrainte de se replier sur la redoute de Montenotte; ce fut en y entrant et prêt à être assailli par six mille Autrichiens, qui avançaient avec résolution pour l'enlever de vive force, que ce Fornésy, qui se trouvait à pied (son cheval venant d'être blessé), frappé de l'importance de conserver ce poste et déterminé à

le défendre à tout prix, s'y jeta de sa personne et, dans un noble élan, fit jurer à tous ses soldats, sous-officiers et officiers de défendre cette redoute jusqu'à leur dernier soupir; tel fut le fameux serment de la redoute de Montenotte.

Mais ce Fornésy, si brave, non moins modeste que désintéressé, et qui, par principe comme par caractère, ne demanda jamais rien pour lui ni môme pour aucun de ses officiers, encore qu'à Trente, par exemple, il y fût provoqué de la manière la plus instante par le général Joubert, ce Fornésy estimait son dévouement comme un simple devoir et ne jugea pas qu'avoir repoussé trois assauts livrés avec la plus grande fureur (1), qu'avoir eu l'idée et le mérite de ce serment qui doubla rénergie de ses troupes, qu'avoir empêché notre ligne d'être coupée et de cette sorte si puissamment contribué à assurer la première victoire remportée par le général Bonaparte, celle à laquelle cette redoute donna son nom, celle qui rendit possibles de si gigantesques succès, ce Fornésy donc ne jugea pas que tout cela valût la peine d une mention particulière; il n'adressa de rapport à personne.

Or Rampon, quoiqu'il fût seulement chef de brigade, c'est-à-dire colonel, commandait une brigade composée de la !'• d'infanterie légère et de la 21* de ligne et se trouvait avec ce second corps en arrière de la redoute. Informé de suite du serment prêté, de l'effet moral produit, de la retraite des Autrichiens, des pertes qu'ils avaient faites et du silence de Fornésy, il se hâta de faire faire, de signer et d'expédier un rapport dans lequel, sans se l'attribuer, mais aussi sans nommer per-

(i) Au troisième assaut, Fornésy eut besoin de faire combattre (Qsqu'à ses ouvriers, qui, au nombre do soixante et sous les ordres du maître tailleur, firent des prodiges.

lAMPOK ET FOBXÉST. ÂZ

sonne, le fait d'armes était relaté arec chaleur! .Le général Bonaparte, arriré sur le terrain pea après qae cette bataiUe de Montenotte était commencée (1), ne Toyant sur le rapport d*aatre nom que celai de Rampon et ne ponrant parler d'an tel fait d'armes sans Tattriïmer à quelqu'un, mettant encore cette réticence sur le compte d'une modestie qui semblait en rehausser le

(1) La nomiiiatioo du géoénl Bonaparte an eommandement en ch^ de rarmée d'Italie exaspéra tons les généranx de cette armée, et notamment Masséna et Angerean, qui déclarèrent qu'ils n'obéiraient jamais à ce blanc-bec. Mais si à la rigueur il y avait mojen de mootrer de la récaldtrance en recevant des ordres verbaux et loin de Tennemi, il n'y avait aucune possibilité de ne pas exécuter des ordres écrits et formels en vue d'un engagement. Or ce furent de tels ordres qui préparèrent et amenèrent la bataille de Montenotte, et ce fut seulement lorsqu'elle fut engagée sur toute la ligne que, rers neuf heures du matin, le général Bonaparte parut sur le champ de bataille pour s'emparer du commandement de son armée. Il était impossible, d'aiUeurs, de ne pas reconnaître dans les dispositions prises et les ordres donnés à ce moment une haute transcendance; de cette sorte le général Bonaparte vainquit non seulement les Autrichiens, mais encore les généraux de son

Le lieutenant général comte Yedel, de qui je tiens le fait précédent, m'a ègalcoient conté celui qui suit : Pendant la retraite exè* cutée lors des premières attaques de Wurmser, le géoéral Bonaparte avait, de quelques lieues en avant de Vicence, envoyé Yedel (chef de bataillon adjoint à l'état-ma^or général) porter à la division Augereau l'ordre de le rejoindre avec le plus de célérité possible ; Yedel revenant à toutes jambes de son cheval, et du plus loin qu'on put l'entendre, cria : « La division Augereau va arriver. — Jeune homme (ils étaient du même âge), lui dit aussitôt le général Bonaparte, mettez pied à terre. » Et, comme il se trouvait à pied lui-même, il s'éloigna de quelques pas pour dire : « Je suis enveloppé sur trois de mes côtés ; il y a une heure que je suis ici à discrétion, et c'est parce que j'y suis que l'ennemi n'a pas osé s'emparer de cette position. Mais ce fait était inutile à révéler, et vous venez de le rendre notoire en donnant à tout ce qui m'entoure réveil sur ma situation. A l'avenir, souvenez-vous que vous n'êtes pas juge du secret ou de la publicité des ordres reçus, et que vous ne devez rendre compte de leur exécution qu'à celui de qui TOUS les avez reçus.

<U 12É1IOIIES DU CÉSÊIIL B1I05 THIÉBAULT.

mérite, en doona to«l rboocenr à Rampon. C'était d*aii]eors la première actioD d'éclat qu'il avait à signala comme général en chef de Parmée dltalie, et rien ne manqua à la manière dont il la fit Taloir. Rampon prdné, aTancé, pins tard décoré, enfin titré, doté, fait sénateur, pois pair de France, fiit comblé d'honneur, de gloire et de richesses, et ni Fomésj, ni la i** demi-brigade d*infanterie légère ne forent seulement nommés.

Cependant, si leur général n'axait cm devoir rien réclamer, ses subordonnés en jugèrent autrement, et, pour aroir leur part de la gloire que leur chef dédaignait, ils proclamèrent ce qui s'était Traiment passé : de plus, au bruit que firent et les grâces reçues par Rampon et tout ce que la renommée publia sur la défense de la redoute, Fomésy, excité, poussé par la totalité de ses officiers, hasarda une réclamation, mais celui à qui il s'adressa lui répondit : c Que n^ayez-vous rendu compte du fait) et comment voulez-Tous que l'on revienne sur ce qui a été la conséquence du seul rapport reçu? > Tout en resta là; on ne dédommagea ce brave Fomésy, ni à ce moment ni plus tard; on ne fit rien pour aucun de ses officiers, peut-être pour ne pas donner à leurs propos l'appui d'une position plus élevée.

Voilà ce qui était su et se répétait à Vérone, voilà ce qui fut entendu mille fois et ce qui fut répété dans la 47* légère, toujours d'une manière uniforme, voilà ce que me confirment encore par leurs déclarations écrites, aujourd'hui, 4 mai 1837, les derniers témoins vivants que j'ai pu découvrir, et tout cela sans que jamais une voix se soit élevée sur ce fait que c*est le chef de brigade Fornésy qui fit prêter le serment et défendit la redoute.

Ainsi le passage de vive force du pont d'Arcole est un exploit imaginaire et n'en devint pas moins la source

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d'une ioterminable série d'élévations, de grâces et de renommées; le serment et la défense de la redoate de Montenotte font la fortane et l'illastration d'an homme étranger à l'on comme à Taatre. Qae d'exemples de ces iDjostices ! La bataille de Fontenoy est gagnée par le conseil d'un sergent d'artillerie, et l'honneor en est resté à qui la perdait. Le sergent Perreaa, par ce cri : c A moi d'AoTergne, ce sont les ennemis >, se voae à une mort certaine, saave son régiment et l'armée d'ane surprise qui pouvait tout compromettre, c'est d'Assas qui hérite de la gloire. Vernier préside la Convention à la trop fameuse séance du i** prairial; il la préside à la face de quatre cents députés, de tout ce qui encombrait les tribunes et de la masse des forcenés qui envahirent la salle et l'ensanglantèrent en y portant la tète de Féraud. Eh bien, le stoïcisme, l'énergie déployée par Vernier dans cette circonstance, n'empêchèrent pas que sa conduite et son rôle ne fussent attribués à Boissy d'Anglas, qui les accepta comme Rampon a accepté le bénéfice de l'héroïsme de Fornésy, comme Bonaparte et Augereau ont accepté l'honneur d'avoir vaincu sur le pont où ils avaient échoué. Je pourrais multiplier de telles citations ; mais ce qui précède suffit pour justifier ce mot, que me disait un jour M. le baron Prévost : « On pourrait faire un ouvrage bien curieux sous ce titre : De la faussdé des faits réputés historiques et consacrés par des monuments. »

Cependant l'injustice se répare parfois, et, puisque nous avons pu venger un brave de celle dont il a été la victime, complétons ce tribut trop tardif en disant : c Honneur à la mémoire du colonel Fornésy, qui, rebuté par un si grand déni, prit sa retraite sans même recevoir le grade honorifique de général de brigade, se retira à Morgcs, canton de Vaud, où il était né, y mourut sans

espoir d'une réparation posthume, sans léguer aux siens le prix de ses grandes actions. >

Les combats d'Arcole avaient mis hors de service plus du tiers de l'armée d'Alvintzy et un sixième de la nôtre; malgré cette dilTérence, l'équilibre était loin d'être rétabli; notre position continuait à être menaçante, mais l'ennemi était épouvanté de ce qu'il y avait d'audacieux et de profond dans l'opération de guerre qui venait de lui arracher une victoire, regardée par lui comme certaine. Son armée n'était donc plus en état de reprendre l'offensive, pas plus que nous n'étions en état d'attaquer; il lui fallait du repos et des renforts; nous en attendions également; or ce répit nous mettait à même de les recevoir, et le général Bonaparte n'était pas homme à ne pas l'utiliser. Il renforça les corps par la plus prompte arrivée possible de tout ce qui se trouvait disponible, tant en France que dans les dépôts de l'armée et jusque dans les hôpitaux; il pourvut aux besoins des troupes, ajoutant à leur bien-être, excitant de plus en plus leur confiance et leur enthousiasme. Il donna de nouveaux et magnifiques drapeaux à chacun des corps, et chacun de ces drapeaux rappelait une des circonstances les plus glorieuses pour le corps auquel il était donné (1). Enfin,

(1) Sur le drapeau de la 57* de ligue se trouvait : « La terrible 57* arriva... » Sur celui de la 32* : « J'étais tranquille, la brave 32* était lÀ. » Phrases tirées des rapports du général Bonaparte au gouvernement, et que les soldats de ces demi-brigades répétaient avec orgueil. Cette mesure eut un grand effet moral; mais il ne pouvait jamais appartenir à un général en chef d'ôter aux troupes dont lecommandement lui était conûé les drapeaux qu'elles tenaient du gouvernement» et de les remplacer par des drapeaux qui faisaient de lui le dispensateur de la gloire. Les conséquences de cet acte arbitraire ne se firent pas attendre. On ne put empêcher les premiers régiments qui rentrèrent en France d'y rapporter leurs drapeaux de Tarmée d'Italie, et ces drapeaux donnèrent lieu à de telles tueries entre ces régiments et les régiments des autres armées, qu'on fut forcé do les faire do suite disparaîtra»

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