‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 169 sur 259 · RÉCOMPENSES ET PROMOTIONS · texte numérisé non relu

RÉCOMPENSES ET PROMOTIONS

eomme tant d'autres, il fut nommé de suite général de brigade et presque aussitôt commandant de l'armée réyolutionnaire, ramassis d'égorgeurs et de sacripants ! Je n'ai jamais oublié l'avoir rencontré au Palais-Royal portant à la boutonnière en décoration et très bien ciselée une petite guillotine f Je le retrouvai ensuite à l'armée d'Italie, mais flânant à Venise et sans commandement! Je ne l'ai vu en ligne que pendant la campagne de Naples, comme général de brigade de la division Lemoine d'abord, puis placé momentanément à la tête de la première division t Trente-six ans après, il est mort général de brigade, comme il était fait pour mourir avec ce même grade après cent ans et un jour d'ancienneté ! Ce n'était pas un méchant homme, et je ne dis pas qu'il ne fût brave; mais il manquait des qualités nécessaires pour jouer les beaux rôles; et ce qui pouvait uniquement le recommander auprès du général Championnet, c'était, il faut bien le dire, l'exaltation de ses opinions politiques. Cette vertu, si c'en est une, n'est pas celle qui vaut le plus en face de l'ennemi, et Tarmée tout entière regarda les prises que fit le général Dufresse à Aversa comme des trouvailles et l'armure qu'il reçut comme une dérision. Tandis que toutes les autres récompenses étaient annotées et motivées dans le rapport du général en chef, le sabre d'honneur accordé à Léopold Derthier ne l'était pas; c'est qu'en effet un seul prétexte pouvait être invoqué, et qu'il aurait fallu le libeller ainsi : « Parce que cet ofûcier est frère de son frère Alexandre. » Chef d'état-major général, Léopold Ber- Lhier avait peu de style et d'orthographe; comme militaire, aucun fait d'armes ne pouvait lui être attribué, pas plus qu'à son autre frère César, qui n'a jamais conquis non plus un seul des grades qu'il a reçus. Enfin, puisque je dois avouer mes faiblesses aussi bien

que celles des autres, je rapporterai un fait personnel, parce qu'il me fournit l'occasion de peindre une fois de plus la nature simple du général Championnet. Ma nomination, faite sur le champ de bataille, avait été publiée par un ordre du jour du 5 pluviôse. Or l'ordre du jour annonçait à l'armée des récompenses supplémentaires, notamment celle de Gauthrin, nommé adjudant général et purement et simplement accolé à moi. J'en fus choqué; car non seulement, sur six actions saillantes qui m'appartenaient dans cette conquête de Naples seule, od n'en avait, dans le rapport qui me concernait, signalé que deux; mais de plus ma promotion, conquise sur le champ de bataille, servait à grandir le prestige de celle de Gauthrin, en faveur duquel aucune action sérieuse oe pouvait être relevée et qui avait gagné son avancement dans le cabinet, je ne sais sur quels dires du général Dufresse. Je ne pus ou ne sus m'en taire et j'allai me plaindre au général Duhesme, qui en parut contrarié et peiné. Fort de cette confirmation, j'osai présenter mes griefs au général Championnet et je lui dis, un jour, que la manière dont il avait daigné me nommer avait donné à mes yeux un tel prix à ma nomination que tout ce qui était de nature à altérer ce souvenir ne pourrait manquer de m'affecter : c Bah! reprit-il, l'important était d être adjudant général, et vous l'êtes f Quant à la manière dont vous avez été nommé, l'armée la conuaH, et mon rapport au Directoire a suppléé à un ordre du jour qui ne relate que les faits. > Le ton bienveillant, la franchise avec lesquels me fut faite cette réponse, me prouvèrent que le général en chef faisait dans son esprit la différence qu'il n'avait pas faite dans son ordre du jour, et je me déclarai satisfait.

Outre ces causes de griefs, bien des lacunes ou erreurs de détails se trouvent dans le rapport que le général

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