‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 170 sur 259 · DÉNIS DE JUSTICE · texte numérisé non relu

DÉNIS DE JUSTICE

en chef dut rédiger, pour le Directoire, avant d'être assez exactement ou assez complètement renseigné. Ces erreurs, qu'il serait trop long de rectifier dans des Mémoires, je ne les mentionne que pour prévenir les historiens à quels points les documents officiels et paraissant les plus authentiques ne relatent que des vérités approximatives, ne fournissent que des preuves insuffisantes et perdent de leur valeur aux yeux des témoins qui ont été bien placés pour voir et pour savoir; à ce titre, des Mémoires sincères vaudront cent fois plus que toutes les archives d'un ministère.

Mais, pour en revenir aux dénis de justice dont la campagne de Naples, si glorieuse pourtant, devint le prétexte ou l'occasion, s'il en fut un que déplora l'armée et qui réjouit nos ennemis, ce fut celui dont le général en chef allait être la victime. Pour le récompenser d'un admirable triomphe il allait être destitué, mis en jugement avec les généraux Duhesme, Rey, Dufresse, Broussier, Bonnamy. Et cela, pourriture des pourritures, parce que Leurs Excellences le comte Merlin de Douai, Larevellière-Lépeaux et Barras le voulaient ainsi, le premier comme le Fouquier-Tinville des généraux, le deuxième je ne sais à quelle fin, le troisième pour affranchir par cupidité des misérables créatures de tout contrôle et favoriser des vols dont il partageait les produits; mais n'anticipons pas davantage sur la manière dont le Directoire en cette circonstance trahit la patrie et provoqua du même coup des désastres qui hâtèrent sa propre ruine.

CnAPITRE XV

Lorsque j'étais venu rendre compte au général Championnet de l'exécution de ses ordres, relativement à la garde de Saint-Janvier, il n'avait pu s'empêcher, comme je Tai dit, de sourire de ce que la mission avait eu de prématuré. 11 approuva, du reste, tout ce que j'avais fait et voulut bien ajouter : < Votre couvert est mis chez moi, et vous en profiterez quand vous voudrez. > J'allai donc me préparer au premier repas que j'eusse fait depuis quatre jours, et à ma première toilette depuis mon départ de Caserta.

A peine à table, le général en chef reçut plusieurs messages ayant pour but de l'inviter à se rendre le soir même à l'Opéra. C'était mêler les joies et les acclamations frénétiques aux lamentations retentissantes et aux gémissements de la douleur et de Tagonie. Jusqu'alors, à moins d'ordres contraires et positifs, lorsque nous prenions quelque ville, que ce fût même sans coup férir, la chute de cette ville avait toujours été marquée par la fermeture des spectacles ; mais, à Naples, nous avions désarmé une effroyable anarchie; il paraît même que la nuit, qui commençait, avait été fixée pour le vol, le pillage et Fincendie; les gens de classe moyenne, tous ceux qui possédaient et dont nous nous trouvions avoir sauvé la vie et les biens, nous accueillirent comme des libérateurs. Voilà pourquoi, dans Naples fumante de car-

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