‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 182 sur 259 · PLANTATION D*UN ARBRE DE LIBERTÉ · texte numérisé non relu

PLANTATION D*UN ARBRE DE LIBERTÉ

L'allusion qae Bonnamy fait au Vésuve s'explique par ce fait qu'un des précurseurs les plus certains d'une éruption politique, c'est la cessation du feu et de la famée de la part de ce volcan ; à notre entrée à Naples, il y avait cinq ans que son cratère restait silencieux et froid. Les craintes étaient donc générales, et c'est ce qui fit regarder les flammes que le Vésuve jeta, le 27 janvier an soir, comme une preuve de la faveur du ciel. On disait que le Vésuve lui-même se faisait patriote.

Le premier acte de ce gouvernement, qui siégea au palais royal, fut la déchéance de Ferdinand IV et sa dénonciation à la vengeance de tous les Napolitains comme ennemi public; le royaume fut divisé en onze départements et la ville de Naples en six municipalités, sous le nom de contours, ayant pour centre une préfecture, sous le nom de bureau central.

Les habitants de Picco-Molo, de tous les quartiers de Naples le plus redoutable, par suite de Timmense agglomération des lazaroni qui le peuplaient, ces habitants, dis-je, qui s'étaient montrés si acharnés contre nous et dont les demeures devaient être réduites en cendres, exaltésensensinverseparle miracle qui venait de se faire et entraînés par le zèle et l'influence de Michel, résolurent de planter un arbre de la liberté au milieu de je ne sais plus quelle place et, par députation, invitèrent le général en chef à assister à cette espèce de fête populaire. Il s'y rendit en efîet avec ses seuls aides de camp et une simple escorte, et, bien que le fanatique enthousiasme de cette populace pour un ordre de choses que, si peu de jours auparavant, elle repoussait au prix de son sang, bien que l'espèce de délire avec lequel elle faisait retentir les rues des cris de : c Vive la liberté ! vive saint Janvier ! vive le général en chef! > bien que la spontanéité avec laquelle elle avait pris la cocarde rouge, bleue et

jaune ne dussent lui révéler que la mobilité de ce peuple, il s'abusa tellement sur ce qu'il désirait, qa'il re* vint enchanté, et cela au point d'écrire au Directoire : c Naples en ce moment offre le spectacle de Paris en 1789 et 1790 (1) > ; erreur sur laquelle il ne tarda pas à revenir, et cependant on ne peut révoquer en doate qu'il n'eût alors gagné les lazaroni, auxquels il avait laissé croire qu'il était né à Naples, fait qui s'était très sérieusement accrédité, dit Jean La Cecilia, parce que sur les registres de l'église de Saint-Laurent on avait trouvé l'inscription d'un baptême relatant exactement son nom et son Âge.

Pour profiter de ce qu'il nommait la disposition des esprits (2), il ordonna la création d'une garde nationale et la réorganisation de quelques troupes de ligne. La garde nationale devait former, je crois, six bataillons, un par canton ou municipalité, et ils eussent été promptement complétés, si on n'avait voulu la composer par épuration, d'après les opinions, ce qui, en l'afTaiblissant et en la privant des hommes les plus honorables, ût de nouveaux ennemis de tous ceux qu'on refusa d'admettre; en môme temps on autorisa le remplacement à prix d'argent, ce qui éloigna d'autant plus de personnes que le service ne fut plus qu'un aveu de pauvreté. Mesures à déplorer, et sur lesquelles on revint sans réparer le mal qu'elles avaient fait. Quoi qu'il en soit, l'urgence pour reconstituer de suite un noyau d'armée ût arrêter

(1) Pendant les nuits des 23, 24 et 25 janvier, les rues de Naples furent illuminées en signe de grande réjouissance.

(i; Au milieu des joies, le général en chef avait jugé nécessaire de ne pas laisser oublier la discipline; en conséquence, le perruquier (!u duc de La Torre, étant connu pour avoir été un des assassins (le ce duc, fut arrêté et fusillé, exécution pendant laquelle Michel harangua le peuple et le fit applaudir à ce châtiment.

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