‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 183 sur 259 · CRÉATION D*UNB ARMÉE LOCALE · texte numérisé non relu

CRÉATION D*UNB ARMÉE LOCALE

la création de deux légions d'infanterie de trois mille hommes chacune, et celle de deux régiments de cavalerie et de deux batteries d'artillerie, portant la totalité des forces à huit mille combattants. Le commandement de ce corps fut donné au prince Moliterno, ayant sous ses ordres le prince de la Rocca-Romana, le premier promu à cet effet au grade de général de division, !e second au grade de général de brigade. Ainsi que je l'ai dit, de nouvelles créations de cette nature devaient, selon les circonstances et les moyens, porter l'armée de Naples à vingt mille hommes qui, joints aux quarante mille dont notre armée devait se composer, semblaient au général en chef suffire pour le mettre à même d'achever de soumettre et d'occuper les États de Rome et de Naples, et non seulement conquérir la Sicile, mais encore la garder.

Faute d'argent, cette organisation ne reçut pas les développements qu'elle devait comporter; mais si, au lieu d'être uniquement tentée dans Naples et la campagne ie Naples, elle avait été, sous la protection de quatre de nos bataillons, d'un régiment de cavalerie et d'une demibatterie d'artillerie essayée en Calabre, elle eût été certaine et rapide : certaine, parce que le grand nombre de partisans que la cause de la Révolution avait dans cette province, aurait assuré le recrutement et contenu les hommes; rapide, parce que les ressources des Calabres, d'où nous n'avons jamais rien reçu, auraient surabondamment sufQ aux premiers frais et à la solde. Or ce corps de dix à douze mille hommes n'aurait pas permis au cardinal Ruffo de paraître dans ces provinces, où et d'où il a fini par décider de tout. Ce fait fonde le seul reproche dont le général Championnet soit passible; mais il est sérieux.

Bien d'autres fautes et de plus graves furent commises,

ne serait-ce que l'éDormité de la contribution frappée sur le pays de Naples. La quotité dépassa à ce point tout ce qui était possible, qu'en aucun cas elle n'aurait pu être payée. On a vu sur quelles données le taux de cette contribution avait été calculé, mais à cet égard rien n'est plus propre à tromper que des calculs faits sur le papier. Enfin elle mécontenta d'autant plus qu'on avait annoncé une régénération et le bonheur du peuple gratis, et cela pour dire ensuite : c Votre liberté ne vous coûte que de l'argent, et c'est avec du sang que nous l'avons payé. > Dérision et jonglerie qui n'abusèrent personne... Quant à la répartition, elle donna lieu à des réclamations non moins fortes qu'unanimes, auxquelles on répondit par ces mots : c Nous taxons les opinions >, ce qui ne laissa ni garanties ni recours. Quant au mode de recouvrement, il devint, grâce aux commissaires civils, la source des plus effroyables exactions. Bientôt Targent manqua, et les personnes imposées furent forcées de donner des bijoux, reçus pour la valeur qu'il plaisait au trésorier, estimateur et receveur, de leur donner.

L'indignation grandit en proportion du scandale; mais, relativement à ces graves reproches, il faut l'imputer, avec tant d'autres sur lesquels j'aurai à revenir, au Directoire, qui, laissant l'armée sans ressource, avait exigé d'elle qu'elle imposât d'aussi durs sacrifices au pays, aux dépens duquel les commissaires civils pratiquaient si durement la levée de telles contributions. Quant au général Championnet qui, pendant toute la campagne, s'était signalé comme un homnae de guerre supérieur, comme un homme d'État habile, comme le plus honnête et le meilleur homme du monde, â dater de son entrée à Naples, rien ne put modérer son activité pour tout ce qui tenait aux besoins de ses troupes, aux

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