CONSEIL DE GENERAUX
Pour ne pas perdre en opérations secondaires an temps toujours précieux, pour ne pas déroger au système de faire concourir la totalité de ses moyens à l'obtention de résultats importants, le général en chef avait résolu de soumettre les Calabres et la Fouille, non seulement comme complément de sa conquête, mais en outre pour échelonner, par les Calabres, les troupes destinées à l'attaque de la Sicile; il voulait aussi communiquer par la Fouille avec les Abruzzes, dont il n'avait pu avoir aucune nouvelle depuis que nous les avions quittées. C'est par la Fouille encore que Napies, qui ne peut vivre sans cette province et qui, depuis notre occupation, n'en avait rien reçu, pouvait être ravitaillée. Non seulement la Fouille produit à elle seule plus de blé que le surplus du royaume, mais encore, depuis le mois de novembre jusqu'au mois d'avril, elle sert de pâturage à tous les troupeaux des montagnes qui l'environnent; à cette époque de l'année elle regorgeait donc de bétail, dont Napies manquait.
Afin de s'éclairer sur ce qui pouvait tenir à cette double opération, et plus encore pour éclairer les deux chefs qui devaient exécuter ses ordres, les généraux Duhesme et Olivier furent réunis, le 17 février, chez le général Championnet, et là deux plans furent discutés. Le premier consistait à diviser l'armée en trois corps : l'un chargé de la garde de Napies, où restait le quartier général de l'armée ; l'autre continuant, sous les ordres du général Rey, à maintenir libre la route de Napies à Terracine; le troisième commandé par le général Duhesme, ayant pour mission de se porter dans la Fouille, de battre et de disperser les troupes et les insurgés qui l'occupaient, de la soumettre, d'organiser la marche des convois de subsistances sur Napies, de communiquer avec Goutard, resté dans les Abruzzes, de se fortifier des
troupes qui s'y trouvaient (1), de réduire, en attendant ce renfort, San Severo, Bari, Trani, etc., et, après l'avoir reçu, de s'emparer de Brindisi, d'Otrante et deTarente; de placer dans cette seconde ville une garnison; de réunir à ces troupes trois cents Français qui, sans que nous ayonsjamais su comment, avaient été débarqués à Cotrône, où du reste ils avaient été reçus à merveille, et. ces opérations exécutées, de traverser sur plusieurs points, notamment par le Junio, la chaîne des Apennins; de se rendre dans la Calabre; d'y faire raison de l'armée ou plutôt du ramassis de brigands que le cardinal Ruffo commençait à y organiser; de prendre Reggio; d'ouvrir de là des communications avec Naples; de laisser, avec les troupes qui lui seraient indispensables et comme commandant général des Calabres, le général Olivier à Reggio; de revenir dans la Pouille et de former partout des gardes nationales et des corps de patriotes. Quant au second plan, variante du premier, il embrassait les mêmes opérations, mais les faisait simultanément exécuter par les 1'* et 3* divisions, la plus faible opérant dans la Calabre, la plus forte dans la Pouille, toutesdeux devant se réunir à Francavilla, d'où le général Duhesme devait ordonner leurs mouvements ultérieurs et placer un corps de troupes dans une position d'où l'on pût menacer les trois mers et la Sicile.
Il n'est certes pas douteux que ce second plan ne valût mieux que le premier, du moment où Ton avait les forces nécessaires pour se morceler impunément et faire en même temps ce que dans l'autre cas on ne pouvait exécuter que successivement; mais la marcbe en commun.
(\) La 55* de ligne, les compagnies d'élite qui avaient formé la colonne de Planta; d'autres détachements ou bataillons qui, après le chùtiment d'Ascoli, avaient été dirigés sur la Pescara et qui appartenaient à l'armée de Naples; enûn la légion de Caraffa.