‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 191 sur 259 · LA CONQUÊTE MENACÉE · texte numérisé non relu

LA CONQUÊTE MENACÉE

C'est qae, malgré tous leurs revers, les Napolitains n'étaient pas vaincus. Les Abruzzes étaient redevenues une Vendée, sous la direction d'un marquis de Gallo; la petite province d'Aquila avait mis sur pied un nouveau corps de six mille insurgés; la droite de la Pescara continuait à être soulevée, sous les ordres de ce Pronio que j*ai déjà nommé et dont malheureusement j'aurai à reparler; la route à travers le haut Apennin était de nou-^ veau barrée par des rassemblements nombreux et qui, maîtres de Pontecorvo, d'isola, à chaque instant de San Germano, ne nous laissaient de communication certaine avec Rome que par la route de la Marine, parfoisî encore interrompue et presque toujours menacée; la Pouille était occupée par deux armées, éclairées parles corps en détachements qui gardaient les Fourches Caudines ; enfm, sous le commandement du cardinal Rufîo, dont le pouvoir s'étendait sur l'Adriatique jusqu'à Trani et Andria, une autre armée s'organisait ians les trois Caiabres. Pour prouver àquel point l'exaspération était maintenue, je dirai qu'aprèsnotre conquête deNaples, un évêque, chef d'une troupe de forcenés, s'empara du fort de Trajetto, voisin de notre pont du Garigliano, et, de là, voulut traiter avec le général en chef de puissance à puissance; frénésie et démence qui n'aboutirent sans doute qu'à faire prendre ce fort d'assaut et à faire passer au ûl de Tépée et cet évêque et sa garnison, mais qui n'en sont que plus caractéristiques. Vainqueurs, nous étions donc comme bloqués à Naples, ainsi que sur tous les autres points occupés par nos troupes; partout nous pouvions être d'un moment à l'autre assaillis par dix fois notre nombre.

Les six mille conscrits que le Directoire avait annoncés ne rejoignirent jamais; des troupes destinées à renforcer celles de Naples avaient été arrêtées à Rome par les commissaires et dirigées sur d'autres points. Toute^

fois quelques renforts arrivèrent; le grand et dernier désarmement, qui s'était étendu aux campagnes, nous avait livré ou permis de détruire deux cent mille fusils et cent mille piques, résultat au plus haut point important, dans un moment où les deux tiers de nos troupes se préparaient à quitter la capitale. Enfin des successeurs furent donnés aux généraux Lemoine, Kniazewitz, envoyés en "mission à Paris, et Kellermann qui avait reçu une autre destination; au général Macdonald qui, pour gagner la partie, semblait 1 avoir quittée, qui n'avaitjeté les cartes que pour mieux tricher ; aux généraux Point et Boisgérard (1) qui avaient été tués; enfin aux généraux Maurice Mathieu et Monnier, trop grièvement blessés pour continuer à servir dans cette campagne. De cette sorte, le général de brigade Olivier, qui venait de rejoindre l'armée, fut nommé général de division et remplaça le général Macdonald dans le commandement de la 1** division; le général Watrin et Tadjudant général Sarrazin remplacèrent ies généraux Maurice Mathieu et Kellermann. Dans la 3* division, le général Forest succéda au général Monnier» et le général Broussier conserva labrigade qu'il avait commandée n'étant encore que chef de brigade. Faute de général de division, le général Championnet surveilla plus spécialement les brigades Calvin ctDuverger, formant la 2* division; le général Rasca, que le général Gbampionnet connaissait assez pour ne pas se soucier de l'employer, resta àNaples en disponibilité, et le général Boisgérard fut suppléé par l'officier de son arme le plus élevé en grade.

(1) Le général Boisgérard, commandant le génie àrannéeda Naples. fut blessé dans une escarmouche, près du village de Cajazxo. le 7 janvier, et, le 8 février suivant, il mourut de sa blessure à Carcano. Il jouissait d'une haute estime, qu'il devait à ses qualités personnelles, à ses talents, à sa vaillance.

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