RÉFLEXIONS SUR UNE DISGRÂCE
ÎDJusies et les coureurs de rapines, et ce serait à satiété qu'il faudrait répéter que le véritable motif de sa destitution fut la guerre acharnée qu'il déclara, dès son arrivée à Ancône, à la bande des commissaires civils et de leurs agents. Qu'ajouter encore ? Vis-à-vis des avocats du Directoire, le général Championnet put avoir encore contre lui la franchise qui régnait dans ses dépêches, la fermeté de son ton, son courage à dire la vérité, la hardiesse avec laquelle il chargeait sa responsabilité de tout ce qu'il jugeait utile, et la netteté avec laquelle il mit le marché aux mains d'hommes qui ne lui tenaient compte de rien; en un mot, il était victime de tout ce que son dévouement pour la patrie et pour ses devoirs avait de fatigant et de gênant, de tout ce que l'autorité remise aa général Macdonald garantissait de sûreté, de facilité même, aux agissements des commissaires et de leurs agents.
Telles furent les considérations qui nous frappèrent, le général Duhesme et moi. Quant aux résultats dont nous eûmes aussitôt le pressentiment, la suite de ce récit ne les fera que trop connaître. Si le Directoire disposait désormais d'un exécuteur aveugle et servile de ses ordres souvent très saugrenus, si les commissaires civils avaient un grand prévôt dans toute la force du terme, on ne pouvait douter que le gouvernement n'eût perdu celui qui était sa lumière et sa force ; il ne restait donc plus qu'à apprendre si l'armée, du moins, avait un chef digne d'elle, et cette question fut trop tôt résolue.