LE COMBAT DU SOIR
notre situation au point de faire succéder chez le plus grand nombre l'enthousiasme au découragement. Quant au général Bonaparte, incapable de ne pas tirer le plus grand parti de cette arrivée, il se porta au galop sur le front de cette demi-brigade et s'écria : t Brave 18% vous avez cédé à un noble élan ; vous avez ajouté à votre gloire; pour la compléter, en récompense de votre conduite, vous aurez l'honneur d'attaquer les premiers Lbs troupes qui ont eu l'audace de nous tourner. > Mille vivats répondirent à cette allocution. La 18% en effet, en colonne d'attaque par bataillons, fut immédiatement dirigée sur tes plus élevées des crêtes qu'occupait l'ennemi en arrière de nous. Quatre compagnies du centre de la 32*, un bataillon de la 75* et les compagnies d'élite des deux dernières brigades formèrent trois nouvelles colonnes, et toutes ces troupes s'ébranlèrent pour commencer le combat du soir. Elles partirent avec tant d'assurance, elles gravirent les longs escarpements avec tant de résolution et de vigueur, et, tout en tirant de bas en haut, elles répondirent au feu de l'ennemi d'une manière si meurtrière , notre artillerie pointa avec une si étonnante justesse, que chaque instant ajoutait à un espoir qui en cinq minutes fut réalisé, aux cris et aux applaudissements de tous ceux qui se trouvaient spectateurs de cette lutte. Du haut de ces positions réputées inexpugnables, les Autrichiens attendaient de pied ferme nos soldats qui arrivaient haletants; mais du moment où la baïonnette put commencer son jeu, la terre fut jonchée de cadavres, des centaines d'ennemis furent précipités dans des abîmes, et bientôt s'acheva la victoire qui non seulement assurait le sort des troupes présentes, mais aussi de toute notre armée (i), et sauvegar»
(1) PrivèM de noas, si nous avions été réduits à rendre nos
dait Mantoue, la Lombardie, toutes nos conquêtes, fort compromises une heure auparavant.
La nuit, qui venait, mit fin au combat. Les troupes furent placées de manière à être prêtes à tout événement, et les généraux de tous rangs, ainsi que les officiers du grand quartier général et les états-majors deo divisions Masséna et Joubert, furent parqués dans deux chambres assez mauvaises. Après un repas plus que frugal, on apporta de la paille, et chacun se jeta dessus. J'étais à côté du colonel Junot, qui n'était séparé du général Bonaparte que par le général Joubert, dont nous occupions le quartier général. Je me rappelle que, pendant l'espèce de souper qui tint lieu ou à peu près de déjeuner et de dîner, le général Bonaparte plaisanta sur sa c pitance >, mot auquel je répliquai : c Pitance d'immortalité est toujours bonne. > Mais là un capitaine n'élevait pas la voix, et je ne fis sourire que mon voisin.
Le 15, à la petite pointe du jour, la 18% deux bataillons de la 32* de bataille, le premier régiment de cavalerie et ses six pièces d'artillerie légère quittaient Rivoli et se dirigeaient sur llovcrbella. Un des bataillons de la 32* fut chargé d'escorter des prisonniers jusqu'à ce qu'ils pussent être remis au général llcy, commandant sous le nom de division de réserve les 3,000 hommes attendus, et qui, trouvant la route barrée par l'ennemi, avait pris position au lieu de le charger avec vigueur. Cette faute valut à ce général la mission de conduire les prisonniers en France (1). Quant à la 75*, elle eut ordre de ne
armes» los troupes laissées & Vérone, sur l'Adige et autour de Mantoue n'étaient pas en mesure de résister au double effort de Wurmser et du Provera.
(1) M. Thiers fait coopérer le général Roy au gain de la bataille: « Le corps aulricliiea, dit-il « vient de donner contre la tête de lu