‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 225 sur 259 · DERNIER JOUR A NAPLES · texte numérisé non relu

DERNIER JOUR A NAPLES

accordé au citoyen RicciuUi, mais que des considérations impératives empêchaient qu'il ne fût délivré avant huit jours, époque à laquelle je pouvais être sûr qu'il le serait. Outré, indigné, je courus chez le Président; il venait de sortir, je revins au gouvernement; le Président n'était pas arrivé. Il était près de dix heures, RicciuUi m'attendait depuis neuf; je me rendis chez lui pour lui prouver que je m'occupais de son affaire et pour le ramener au gouvernement, mais l'impatience Tavait gagné et, depuis trois quarts d'heure, il courait après moi ; Pauline elle-même était déjà dans sa voiture; j'y montai un instant pour lui rendre un peu d'espérance et pour l'avertir de faire courir après son mari et de me l'envoyer en toute hâte; quant à elle, elle irait m'attendre chez Mme Parabita. Je retournai au gouvernement. Enfin je trouvai le Président : c Général, me dit- il en courant à moi dès qu'il m'aperçut, est- il vrai que demain toute l'armée commence sa retraite? — Et que voulez-vous que je vous en dise, ici, où je ne devrais pas être? répliquai-je vivement. A Caserta je saurai tout et, sûr de vous, attaché à ce pays comme je le suis, je me hâterai de vous informer au besoin par un courrier secret. — Mais qui vous empêche de vous rendre à Caserta? — Vous ! car, dites-moi, quelle réponse venez-vous de me faire relativement à Ricciulli? — Ah! général, tout ce que vous voudrez. — Eh bien, les passeports, et je pars à l'instant. — M. Ricciulli les aura dans une heure. — Je ne sors pas d'ici sans les avoir. »

On court au bureau des passeports, il était fermé par ordre du Président; on enfonce la porte; on fait sauter la serrure de la table renfermant les imprimés, on les trouve, on commence à remplir les vides de celui que j'attends; vers midi on m'amène enfin Ricciulli. Il

donne les signalements; sur an billet du Président le ministre de la police arrive, signe le passeport; le Président y fait apposer les sceaux qu'il vise, me le donne, et, avec un incroyable soulagement, je le remets à Rieciulli, qui, en me comblant de remerciements, me demande quand il faut partir. € Dans quatre heures an plus. — Mais ce pauvre Scheel? — Scheel, qu'il vienne avec nous. — Il n'a pas de passeports. — Qu'il vienne toujours, je me charge de lui en tenir lieu. > Je quitte Ricciulli, j'arrive chez Mme Parabita; au bruit de ma voiture Pauline accourt, c Tout est fini et bien fini ; votre mari est nanti des passeports, mais avant quatre heures il faut être en route. Je vous laisse Dath et dix chasseurs à cheval pour votre escorte; couchez à Capoue, ou du moins soyez-y demain matin à six heures sonnantes. » Avec un sentiment douloureux que nous ne cherchions pas à dissimuler, nous fîmes nos adieux à Mme Parabita. Je remis Pauline dans sa voiture, je me jetai dans la mienne et je me rendis à toutes jambes de mes quatre chevaux à Maddaloni, où tout réclamait ma présence et d'où, Ton conçoit, je n'envoyai pas de courrier porter au Président une nouvelle que j'aurais pu lui dire moimême, la connaissant depuis longtemps.

A ce moment il ne devait plus rester aucun Français à Naples (i), à l'exception de ceux qui appartenaient à la garnison; et si je m'y trouvais encore, c'était par infrac tion aux ordres. De toutes manières j'excitai donc le zèle de mon cocher; mais, quoi qu'il eût pu faire avec ses chevaux attelés depuis sept heures du matin, il était

(1) Le 4 mai, les trois colonnes qui s'étaient portées sur Naples pour le miracle avaient traversé la ville en différents sens, ce qui était par trop théâtral; elles reprirent ensuite les positions qu'elles avaient occupées le 3. puis le 6, rentrèrent au camp où le général Olivier avait ramené, le môme jour, la totalité des troupes em* ployces à la fâcheuse expédition d'Avellino.

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