‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 226 sur 259 · LA VEILLE DU GRAND DÉPART · texte numérisé non relu

LA VEILLE DU GRAND DÉPART

près de cinq heures quand, le 7 mai, j'arrivai à Maddaloni; aucun ordre n'avait encore été donné, les corps étaient répartis dans plusieurs cantonnements, et cependant la division devait avoir pris ses vivres et être en marche le lendemain matin.

Pendant que j'écrivais moi-môme la liste des personnes auxquelles allaient être envoyés l'ordre général de mouvement et les instructions qui devaient y être jointes, je dictai cet ordre et ces instructions, et, pendant qu'on les copiait, je me portai au grand galop dans les cantonnements occupés par les troupes de la division, afin de prévenir verbalement les corps des ordres qu'ils allaient recevoir, statuer de vive voix sur les objections, réclamations ou demandes qui pourraient être présentées, et diriger en toute hâte deux officiers et des hommes de corvée de chaque corps sur Maddaloni. Du moment où je fus de retour, je les fis conduire aux magasins, où je les rejoignis. Le commissaire des guerres m'y attendait, et, selon la force de chaque corps, tout ce qui existait de cuir, coutil, toile, drap, c'est-à-dire toutes les matières dont on n'avait pas eu le temps de faire confectionner souliers, chemises et habits, fut distribué; et ces distributions n'avaient d'autre but que de laisser les magasins vides (1). De là je rentrai chez moi, où je signai et expédiai tout le complément des ordres; j'eus bientôt réparé le temps perdu.

L'armée de Naples était réorganisée; elle formait une avant-garde confiée au général Salm (2) et deux divi-

(1) J'ai vu faire plusieurs fois de ces sortes de distributions. Les faisait-on pour ne rien laisser derrière soi en ressources d'aucun genre ou pour procurer quelque argent aux soldats, cela peut se comprendre et parfois s'approuver. Mais, ce cas excepté, ce sera toujours absurde ; car jamais les soldats n'ont été plus de deux jours sans vendre ou jeter ce qui leur avait été ainsi distribué.

(2) Le général Salm était destiné à Tannée d'Egypte, et, quand

sioDS : Ja première commandée par le général Olivier, ayant seus ses ordres les généraux de brigade Watrin et Forest, et la seconde où se trouvaient, comme commandant de brigade, le général Calvin et l'adjudant général Sarrazin, était confiée au général Rusca, ce Rusca que, malgré faits, méfaits ou forfaits, le Directoire avait promu, vers la fin de février, au grade de général de division. Quant la première division, dont je continuai à être le chef de Tétat-major, elle fut formée, savoir : en infanterie des 12«, 30*, 73» et 97» de ligne; en cavalerie des 19* et 25* de chasseurs; en artillerie d'une batterie d'artillerie légère.

Enfin, le 8 mai, au désespoir des uns, au soulagement du plus grand nombre, à la surprise de quelques malheureux, à l'étonnement de presque personne, et pendant que l'on recevait, à Naples, une proclamation dans laquelle le général Macdonald avait tracé la conduite que devaient tenir les autorités constituées, la garde nationale et ce qui, en troupes de ligne, se trouvait organisé, l'armée entière s'ébranla dès la pointe da jour. L'avant-garde escortait le quartier général et bien entendu la bande commissariale à sa proie attachée, mais de plus un convoi d'objets d'art, convoi resté à Naples par suite. du brusque départ du général Ghampionnet et dans lequel, par suite de soins plus profitables, on oublia de comprendre l'Hercule Farnèse ; cette avant-garde prit la route de la Marine et, sans difficultés ni obstacles, arriva à Rome le 25 mai. Les première et seconde divisions suivirent l'avant-garde jusqu'à Capoue, où la seconde s'arrêta, devant laisser un jour d'inter*

il arriva, le général Macdonald le retint en prenant comme prétexte la difficulté de lai assurer son arrivée à destination ; mais la véritable cause était la nécessité de pourvoir aux emplois d'officiers généraux à l'armée de Naples, qui s'en trouvait dépourvue.

Page 1