CHAPITRE IV
On sait tout ce qu'avaient d'incohérent et d'intempestif les plans de campagne dont le Directoire avait assommé le général Bonaparte; on sait la manière dont cet homme immense avait répondu aux conceptions de ces pygmées qui, ne trouvant sur leurs cartes géographiques qu'un pied a peu près de Milan à Naples, calculaient les distances au compas, mais non au pas des soldats, et ne tenaient aucun compte des circonstances qui le plus souvent décident de l'opportunité des opérations. Il n'en était pas moins vrai cependant que faire passer sous le joug la Toscane et fermer Livourne aux Anglais, que châtier le Pape de l'assassinat de Basvilie et de Tanathème lancé contre la France, qu'en imposer à Naples, que s'assurer enfin de nouveaux subsides était indispensable, du moment où cela était possible, et que pour avoir la paix, c'était à Vienne qu'il fallait aller la dicter; mais il était tout aussi vrai et non moins évident que Ton n'aurait pu songer à s'éloigner de la haute Italie avant la possession de Mantoue^ sans laquelle nos conquêtes en Italie restaient précaires; de même on ne pouvait marcher sur Vienne et s'emparer de cette ville que lorsque les armées du Rhin pourraient reprendre l'offensive et occuper les armes que TAutriche avait en Allemagne; de plus, s'il ne fallait qu'une vingtaine dejours pour en finir avec Rome et Florence, Naples venant de