‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 24 sur 259 · NOUVELLES CAMPAGNES · texte numérisé non relu

NOUVELLES CAMPAGNES

eondure une sorte de traité, on ne pouvait s'en occuper que dans l'intervalle de la défaite d'une année autrichienne à l'arrivée d'une autre. Or la reddition de Mantoae était devenue certaine par les victoires de Rivoli et de la FavcMÎte, et rîtinéraire de la quatrième armée aatrichienne donnait le temps rigoureusement néces* saire pour l'expédition contre Florence et Rome; elle fat de suite résolue et préparée.

Dès qu'on eut appris que l'on allait entamer ces riches contrées de la Toscane et de la Romagne, les généraux Masséna et Augereau réclamèrent immédiatement et concurremment le lucratif honneur d'être chargés de cette opération. Ce fut un sujet de conflit, durant lequel les troupes de part et d'autre formaient des vœux pour leur chef respectif, et nous prônions les incontestables titres qui devaient faire préférer le général Masséna à son compétiteur, lorsqu'on apprit que le général Bonaparte , renouvelant l'histoire du juge et des plaideurs, s'adjugeait l'expédition pour lui-même. C'est peu de jours avant le départ du général Bonaparte pour la Romagne, que fut répandu avec profusion un hymne, attribué à Bourrienne, et qui, composé sur l'air du Chant du départ, contenait de fort belles strophes. Voici Tune de ces strophes que je me rappelle et qui suffira pour montrer dans quel but l'hymne avait été fait :

Romain, lève les yeux : là fut le Capitole,

Ce pont est le pont de Codés, Ces charbons sont couTerts des cendres de Scévolc

Lucrèce dort sous ces cyprès.

Là Brutus immola sa race,

Là fut englouti Curtius,

Et César, à cette autre place,

Fut poignardé par Cassius.

Romain, la liberté t'appelle,

Sache vaincre ou sache périr;

68 MÉMOIRES DU GéNÉIlAL BAfiOX TniÉBlULT.

Un Romain doit rivre poor elle.

Pour elle un Romain doit monrir.

Le fait est que le jour où Mantone eut capitulé et où le général Bonaparte passa le Pô, c'est-à-dire le 2 février (14 pluviôse), la division Joubert quitta Rivoli et se dirigea sur Trente; les divisions Masséna et Guieu se portèrent également en avant, celle de Masséna pour aller prendre position à Montebello, d'où elle se rendit à Vicence, où La Salle me présenta à la charmante marquise de Sale.

Le 6, nous marchâmes sur Bassano, que l'ennemi avait couvert de redoutes, qui fut attaqué avec vigueur et rapidement enlevé; malgré le temps effroyable qui nous accueillit à notre entrée dans cette ville, l'ennemi fut poursuivi, atteint le soir à Carpeneto; le pont sur la Piave fut enlevé au pas de course et à la baïonnette; deux pièces de canon et plus de mille prisonniers, dont trente-deux ofQciers, tombèrent entre nos mains.

Du 10 au 18, la division manœuvra autour de ses cantonnements de Bassano, pour reconnaître le cours de la Brenta, étendre les cantonnements jusqu'à Cismon et Primolano, enfin diriger une reconnaissance, puis une attaque sur Feitre, où Tarrière-garde de l'ennemi, qui seule put être atteinte, abandonna entre nos mains un drapeau, deux cents hommes, deux pièces de canon, plus de cent chevaux et quarante voitures de farine, d'avoine et de fourrage.

Le 18, je portai à La Salle Tordre de partir le lende* main ù trois heures du matin pour faire avec cent chasseurs une reconnaissance, je ne sais plus sur quel point. Il venait précisément d'acheter une carte assez détaillée du pays; nous la déployâmes, et apercevant au milieu des ornements de la légende deux petites bouteilles, sur

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