‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 231 sur 259 · L'INDISCIPLINE DES TROUPES · texte numérisé non relu

L'INDISCIPLINE DES TROUPES

le mouvement du bivouac; l'industrie, Tintelligence des hommes et les bruits si divers; les coups de hache, le fracas des arbres qui tombent, le pétillement du feu, les cris des poules et des cochons, enfin les chants, les éclats de rire, les expressions trop énergiques et les saillies dont nos troupiers sont si prodigues. Quelque temps encore je m'amusai de l'étonnement et du plaisir de Pauline, puis après lui avoir souhaité une meilleure nuit qu'elle ne pouvait l'avoir, je montai dans ma voiture.

Le lendemain 12, tout présageait une journée sérieuse. Les trois quarts des troupes avaient, tant par le pillage de la veille que par celui de la nuit, quintuplé les rations qui leur revenaient; mais en même temps elles avaient rendu toute distribution impossible au dernier quart de la division qui, venant en arrière et trouvant tout pillé, n'avait pas même de pain ; de cette sorte, les uns juraient de besoin, tandis que les autres étaient ivres avant de se mettre en route, et, défilant devant les voitures, les uns par colère, les autres par ivresse, se permirent des propos injurieux, affichant une audace menaçante.

Cette disposition des esprits n'était pas la seule cause d*alarme qui occupait le général Olivier. Il savait que tous les insurgés du pays s'étaient réfugiés à Isola, ville dont le nom indique la situation et qui se trouve en effet dans une tle formée par le Garigliano, à l'endroit où, tombant de cent pieds de haut, il forme une des plus belles cascades qui soient connues, puis continue à rouler ses eaux furieuses entre des rochers à pic t Le général Olivier savait aussi que les insurgés coupaient le pont, par lequel seul nous pouvions arriver à la ville, que celle-ci était hérissée de batteries, que toutes ses maisons étaient crénelées. Il ne restait plus aucune communication possible entre la route que nous suivions et celle de la Marine; .par conséquent Isola se trouvait être le seul point

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OÙ le parc d'artillerie, les bagages, rambulance, les voitures pourraient passer. Ainsi que je l'ai dit, les soldats, depuis deux jours, ne vivaient que de pillage; à six lieues sur nos derrières, toutes les maisons, tous les villages à portée de la route étaient ravagés, incendiés. Les chefs de brigade déclarèrent n'avoir plus de moyens d'arrêter ces horribles excès, auxquels la faim servait de prétexte et que la conduite des habitants au surplus provoquait de plus en plus. Les commissaires des guerres avaient constaté par procès-verbaux l'impossibilité d'assurer aucun service ; enfin la situation de la division était telle qu'un revers ou même un insuccès amenait une débandade d'autant plus certaine qu'une pluie très abondante, tombant depuis soixante- douze heures, achevait de mettre cette marche au nombre des plus fâcheuses que l'on pût faire.

Dans une situation aussi critique et tout en déplorant que le général Macdonald n'eût pas d'avance fait occuper Isola par un régiment, le général Olivier se détermina à envoyer aux insurgés un parlementaire pour leur faire sentir que l'armée française se retirant et abandonnant le pays de Napies, ils ne pouvaient que gagner à son prompt passage et que, une seconde division allant arriver, il était de leur intérêt de ne pas faire une opposition qu'on avait les moyens de réduire; mais les coups de feu qui accueillirent le parlementaire empêchèrent toute espèce de conciliation. L'attaque fut donc ordonnée, et. comme on s'y était préparé, elle commença immédiatement. Le général Watrin qui en fut chargé la poussa avec vigueur et força rapidement les insurgés à abandonner la rive gauche et le pont du Garigliano; mais, à dater de ce moment, la résistance fut opiniâtre, et nous ne pouvions arriver au pont qu'en suivant la rive sur un trajet de cent cinquante toises, en prêtant le flanc

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