LB PLAN DU PRINCE CHARLES. S
les Alpes Jaliennes» domine rAliemagne et présentait eomme position un intérêt exceptionnel. Non seulement cette ville était le point de jonction de routes importantes, celles de Gorizia, de Laybach, de Viliach, -de Gemona, mais encore elle se tronvait sur le chemin le plus court qui pût nous conduire à Vienne. Toutes ces circonstances réunies et la dernière surtout engagèrent le prince Charles à rester maître de cette position décisive. Considérant que la division Masséna se trouvait à trop grande distance de la route suivie par Bonaparte, pour que les deux corps ainsi séparés pussent se secourir à temps, le prince Charles avait conçu le projet de réunir brusquement à Tarvis et aux débris des corps d'Ocskay et de Lusignan la division Bajalich et plusieurs divisions venant du Rhin, notamment une division de grenadiers, composée des plus belles et des meilleures troupes de l'empire. Battre avec ces forces le général Masséna, qui, aux prises avec quarante mille hommes, commandés par leur général en chef en personne, ne pourrait résister; se porter ensuite sur la division Guieu, qui, par la route de la Chiusa impériale, s'avançait isolément pour se réunir à la division Masséna ; se renforcer d'autres troupes attendues du Rhin et des différents corps de l'armée autrichienne en Italie, puis couper la retraite au général Bonaparte qui n'avait plus avec loi que deux divisions (Sérurier et Bernadotte), et l'accabler sous le poids des masses, telle était la conception éminemment militaire dont le prince Charles allait tenter l'exécution, et qui fut déjouée de la manière la plus imprévue par une de ces inspirations si familières au général Masséna; voici comment *
En suivant la route de Tarvis, le 23 mars, Tavantgarde, composée de la 75% du 10* de chasseurs à cheval et de deux pièces d'artillerie légère, rencontra, à une
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demi-lieue au delà de Malborghetto, rennemi, qai, culbuté aussitôt qu'attaqué, se jeta sur la gauche de la route, dans un bois, pour se rallier sous la protection d'un de ses bataillons massé dans ce bois; mais le répit fut de courte durée; les deux premiers bataillons de la 75* entrèrent au pas de charge dans le bois et délogèrent tout ce qu'ils rencontrèrent.
Pendant que ce premier avantage était obtenu sur la gauche de la route, trois bataillons autrichiens, qui, sur la droite de la même route et avec du canon, occupaient une position favorable, étaient attaqués. Leur résistance fut vive ; mais en même temps arrivait toute la brigade davant-garde conduite par le générai Motte, qui détermina le corps ennemi à se retirer vers sa ligne de bataille couvrant le village de Saifnitz.
Jusque-là ce n'était qu'un engagement d*avant-garde; le général Masséna pouvait se contenter de ce premier succès et attendre, pour en poursuivre les résultats, qu*il fût rejoint par le reste de ses forces, car il n'avait alors que la moitié de sa division réunie et prête à combattre. Cependant, sans hésiter, il ordonna l'attaque. Le général Ocskay, car c'était toujours ses troupes que nous battions depuis Fortuna, nous opposa une résistance à laquelle nous n'étions pas accoutumés, et qui ne pouvait qu'exciter de plus en plus nos braves. La 75* ayant reçu l'ordre de déborder la ligne ennemie au flanc gauche, pendant que deux bataillons de grenadiers la déborderaient au flanc droit, le général Motte, chargé de l'attaquer au centre, la fit aborder par la 2* légère, qui arriva sur elle en colonne, la rompit et, sous le feu le plus vif, vint se présenter en bataille à Taile droite, qui, déjà tournée par les bataillons de grenadiers, fut mise en complète déroute. L'aile gauche faiblissait en même temps sous les efl'orts de la 75*. A cet instant, le 10* de
LES DEUX COMBATS DE TAUVIS. Si
chasseurs intervint; mis en monvement par le général Hasséna lui-même, il exécuta plusieurs charges brillantes, et, tandis que l'ennemi se retirait par la route de Klagenfurt, il le suivit jusqu'à une demi-lieue en arrière de Tarvis, dont nos troupes s'emparèrent. L'ennemi perdit dans cette mémorable action près de deux cents morts, cinq cents blessés, deux pièces de canon et mille quatre cent soixante prisonniers.
Tel fut le combat livré au col de Tarvis, sur un plateau de glace, au-dessus de la région des nuages. Et certes^ lorsque, profitant de la rapidité de sa marche, cédant à sa dévorante ardeur, à son audace, à cet instinct qui décide parfois des plus grands événements, le général Masséna attaqua avec des forces si réduites le corps autrichien qui lui barrait la route devienne, il était loin de se douter qu'il employait le dernier moment et le seul moyen qui restassent pour sauver l'armée d'Italie, qu'il déjouait un plan supérieurement combiné, et qu'il combattait pour ainsi dire le prince Charles en personne.
Une fois son plan conçu et arrêté, le prince Charles, après avoir dirigé le gros de ses troupes sur Villach, par suite du passage de l'Isonzo, s'était rendu en toute hâte et de sa personne à Tarvis pour rejoindre les divisions Ocskay et Lusignan; mais il ne put qu'assister à la défaite, et ce qu'il faut bien retenir, c'est que, dans la soirée même du jour où le corps autrichien fut si inopinément et si complètement battu par le général Masséna, il allait être renforcé par les troupes venant de Villach, par la division de grenadiers hongrois et, dès le lendemain, par une division de Tarmée du Rhin et par la division Bajalich. Le général Masséna n'était pas averti de ces faits; il procéda, selon son habitude, par inspiration, réalisant simplement cet axiome de guerre, qu'il ne faut jamais laisser à l'ennemi un temps qui peut lui être arraché.
C'est donc un service sans égal qa'il rendit encore au général Bonaparte et à la France, un nouveau trophée dont il enrichit sa gloire.
Nos troupes étaient à peine maîtresses de Tarvis que l'on vit déboucher les éclaireurs de Tarmée autrichienne, arrivant de Villach, et la tète de la division de grenadiers; ce secours favorisa la retraite des troupes battues, que le général Masséna poursuivait avec la plus grande vigueur. Quant au général Bajalich, qui avait à travers une gorge resserrée marché pendant une grande partie de la nuit, pour rejoindre à temps le prince Charles, il apparut, au point du jour, devant les avant-postes de notre division; arrivant trop tard, et pris entre notre position et la division Guieu qui accourait, prête à se joindre à la nôtre, il ne lui restait qu'à attaquer, ce qu'il fit; mais il fut immédiatement abordé sur toute la ligne à la baïonnette, culbuté et mis en déroute, après nous avoir abandonné cinq pièces de canon et mille prisonniers^ parmi lesquels il se trouva lui-même. Ce fait d'armes n'ayant fait qu'exalter nos braves, ils continuèrent à poursuivre l'ennemi avec un indicible acharnement, et le forcèrent successivement à nous abandonner le restant de l'artillerie, consistant en sept pièces et trois cents voitures d'équipages et de vivres. Le général Masséna put envoyer le lendemain, sur ses derrières, quatre mille cinq cent quarante prisonniers nouveaux, le général Bajalich, deux généraux-majors, dont le baron de Grafen, et douze pièces de canon avec leurs caissons. Le soir même de ce second combat de Tarvis, la division Guieu, suivant le général Bajalich à quelques lieues de distance, campa sur le terrain où ce combat avait été livré, et la totalité des troupes de la division Masséna se réunit à Tarvis (1).
(1) La rdatiOD ddla bataille de Tarvis par M. Thiers n'a d'autre valeur qae celle d'un roman.