‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 40 sur 259 · LE BANDIT FRANCESCO · texte numérisé non relu

LE BANDIT FRANCESCO

cheval en laisse; enûn le comte, continuant à causer avec Francesco, fermait la marche. Parvenus au fond d'une petite gorge, nous trouvâmes un sentier escaladant un talus assez rapide et nous le montâmes. Là commençait la plaine et là aussi Francesco nous quitta, fort gracieusement salué par nous tous, et le jeune comte remonta à cheval. Au bout d'une demi-heure, nous arrivâmes à ane route que l'oHicieux Pietro nous annonça être la route d'Udine, que mon hôte reconnut, et deux piastres que je remis à notre guide complétèrent les adieux que nous lui fîmes.

Lorsqu'une centaine de pas nous eurent séparés de lui : c Ah çà, cher comte, dis-je à mon compagnon d'aventure, pourriez-vous me donner le mot de votre heureuse intervention? — Sans doute, me répondit-il, mais je n'ai pas à vous apprendre, n'est-ce pas? que nous venons d'échapper au plus effroyable danger; je frémis encore; car si ce Francesco ne s'était pas trouvé là, rien au monde ne pouvait nous sauver, ni vous ni moi. — Mais qui est donc ce Francesco? — Un homme de capacité et d'audace, ancien serviteur de ma famille; un homme à qui j'ai sauvé la vie il y a deux ans, qui depuis est devenu le chef de cette bande et fait trembler tout le pays; malgré l'influence de son infâme métier, il a conservé pour moi de la reconnaissance et du dévouement. Je lai ai persuadé que vous étiez allé à Trieste pour rendre i ma mère et à moi le plus grand service, que je répondais de vous sur ma tête, et que s'il vous arrivait la moindre chose, ma mère était perdue. Tel est le moyen de salut que le ciel m'a inspiré et qui par bonheur a réussi. »

Il était près de quatre heures du matin quand nous rentrâmes à Udine. On rappelait pour le départ de la division Hasséna; à la rigueur, j'aurais pu la suivn* je

n'avais pour cela qu'à changer de cheval; mais il fallait laisser le meilleur de mes chevaux à Udine; je préférai y rester avec lui et avec mes deux chasseurs, dont les chevaux d^ailleurs ne pouvaient plus marcher. Je demandai donc cette autorisation, qui me fut accordée.

Le général Bernadotte arrivé, j'allai lui rendre mes devoirs; il me reçut à merveille et poussa la bonté au point de me faire déjeuner et dtner avec lui. A la suite de ce dîner, par une effusion dont je fus très vivement touché et dont le souvenir m'honore, il eut avec moi seul un entretien intime et confidentiel, dans lequel il passa en revue tout ce qui tenait à la situation de la France; calculant ce qui pouvait la menacer encore dans son existence politique et dans son bonheur intérieur, il en vint jusqu'aux larmes. Ce moment, où il se montra si pur dans ses intentions, si élevé dans son dévouement, si différent de tant d'autres chefs avec qui l'on n'aurait pu faire d'autres comptes que ceux de leur gloire militaire, de leur ambition et de leur fortune, excita en moi une admiration dont je dois faire l'aveu, malgré les événements postérieurs qui peuvent paraître ne pas devoir la justifier.

Le général Bernadotte me témoigna le regret de ne pas avoir une place d'aide de camp à m'offrir; toutefois, sur un mot de lui, le général de division de Beaumont, frère du marquis, me proposa d'être le sien. Je n'aurais pas hésité à m'attacher au général Bernadotte, mais je n'acceptai pas la proposition du général de Beaumont. L'opinion dont le général Bernadotte m'honorait porta également le général de cavalerie Dugua à m'engager, en attendant le prochain avancement d'un de ses aides ' de camp, à devenir l'un des adjoints de son chef à Tétatmajor; il signa même à ce sujet une demande, que je me fis remettre afin qu'elle ne parvint pas à son adresse.

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