SÉRIE DE DUELS
minutes, Dupuy arriva avec son témoin et voulut se battre de suite, prétendant qu'il n'était fait pour attendre personne. Burthe mettait déjà l'habit bas, mais je déclarai que la première réparation devait avoir lieu pour Toffense la plus grave, et que Burthe ne se battrait avec personne avant de s'être battu avec Dumoulin, qui d'ailleurs ne pouvait tarder à arriver. J'avais raison, je tins bon, et à d'autant plus de titres que c'était pour Burthe une question de -vie ou de mort. Ce Dupuy, qui avait remporté le prix d'escrime à Toulouse, était un des plus terribles hommes de France, l'épée ou le sabre à la main; déplus, le sabre qu'il portait habituellement était on sabre mince, léger, presque droit et de duel beaucoup plus que de bataille; il passait pour un assez mauvais homme; incontestablement Burthe, se battant avec lui, était tué dix fois pour une. Quant à Dumoulin, c'était tout bonnement un homme brave et un sabreur, vis4-yis duquel Burthe pouvait considérer la partie comme égaie. Enûn, Burthe blessant ce premier adversaire, j'avais mon thème tout fait pour empêcher le duel avec Dupuy, que j'aurais essayé de ramener à ce qu'il devait à son grade et à qui, dans tous les cas, j'aurais fait changer de sabre ; au contraire, Burthe blessé, le second duel était d'autant plus sûrement évité, qu'il ne s'agissait que de quelques propos. Dupuy cependant n'avait pas encore cédé, lorsque Dumoulin arriva. Le combat commença immédiatement. Dumoulin reçut une blessure légère qui l'exaspéra; une minute se passa encore sans résultat; enfin je vis le sabre de Burthe baisser dans sa main; à cet instant, j'abattis les deux sabres d'un coup de main et je me plaçai entre les combattants. Burthe avait le dessus de la main droite coupé, et, quoique hors d'état de continuer la lutte, il ne disait rien. Enfin, forcé de convenir qu'il ne pouvait continuer
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à manier on sabre, il Tonlait qu'on allât chercher des pistolets, criant, ce qui n'était d'ailleurs que de la jactance : c Qaand même je ne pourrais plos me sootenir, je me ferais attacher à on arbre ponr continoer à me battre. » Qaant à Dupuy et Domoalin, ils déclarèrent toat duel terminé arec un homme blessé de la manière dont Burthe Tétait; ils se retirèrent.
Rentrés à Padoue, nous allâmes rendre compte du tout à Solignac. Solignac« il faut le dire» li*était ni aimé ni estimé. Il ne pouvait être aimé parce qu'il se vantait de tout sans cesse, et que, entre se vanter soi-même et ravaler les autres, la nuance est imperceptible; toujours prêt à mettre le marché à la main, il semblait braver tout le monde et ne pouvait davantage être estimé parce qu'on savait que, joueur eCDréné, libertin, il faisait par tous les moyens du monde de Targent pour le général Masséna, afin d*en faire pour son compte. Dupuy citait ces £ûts avec plus d'acrimonie que les autres, et Solignac en avait été informé ; il se trouvait donc en vouloir â Dupuy quand eut lieu raifaire avec Burthe, et, saisissant ce prétexte, il feignit de croire que Tagression était venue de Dupuy, ce qui n*était pas exact, et qu elle était dirigée contre lui, Solignac, dans la personne d*un de ses adjoints, ce qui était hors de toute vraisemblance. D ne se rendit pas moins chez Dupuy, et, se prétendant offensé, lui demanda raison. Quelque crâne que fût Dupuy, Solignac Pétait autant, si ce n^est davantage. Ne sachant manier ni le sabre ni Têpée. il voulut se battre au pistolet qu'il tirait bien, et, si le général Masséna, qui fut de suite informé du hour\'ari, ne se fût opposé â ce que cette seconde affaire eût lieu, elle ne se serait pas terminée aussi heureusement que la première. Quant à Burthe, il fût longtemps à se guérir- et, lorsqu'il put se servir de sa main, il se trouvait loin de Dumoulin, resté â l'armée