LA FEMME DU GÉNÉRAL
teliers) et doges (d'auges) pour les chevaux de mon régiment. >
Ce C... était vraiment sale et dégoûtant; ses yeux chassieux, au regard éteint, sanguinolaîent; ses chairs flasques pendaient; son haleine empoisonnée sortait, comme dit Juvénal, de sa bouche salivante et flétrie, et cependant il avait une femme assez jeune, grasse et jolie encore, en dépit des dents qui n'étaient pas belles; par malheur, elle inspirait au moral autant de répulsion que son mari au physique.
Trois capitaines suivaient, en qualité d'aides de camp, auprès de ce triste successeur des généraux Valette et Gardanne : l'un, Fabre, Allobroge, garçon assez ordinaire de moyens, d'une violence de fou, et dont la tête commençait à se détraquer; le second, Richebourg, Français, plein de vivacité, brave comme son épée et l'un des hommes les plus spirituels que j'aie rencontrés; le troisième, Petriconi, Corse, officier d'une haute distinction, d'un courage chevaleresque, et qui, par parenthèse, avait un frère plus âgé que lui de cinquante ans. On le voit, à défaut d'autre capacité, le général C... avait eu celle de s'attacher deux hommes très précieux, grâce auxquels la correspondance donnait le change sur lui de la manière la plus complète. Mais, appréciés par le général, ils ne l'étaient pas moins par la deuxième partie de celui-ci. Petriconi cependant avait échappé à la femme de Putiphar non par continence, mais, ainsi qu'il le disait, par les horreurs d'une bouche dont son mari disposait, non en fuyant, mais en imposanf, tandis que ce pauvre Richebourg n'avait sauvé que son manteau. Cependant, fatigué de son bonheur, il n'avait pas tardé à en fatiguer celle qui était censée le partager; en réalité, elle ne le prolongeait que par horreur du désœuvrement; lui, par l'embarras dy mettre un terme; tous
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deux, en désespoir de cause et dans ce mutuel désir d'un remplaçant, jetèrent les yeux sur moi. Or, comme Petriconi, je ne pouvais voir la femme sans être poursuivi par l'image du mari. Mme la générale n'obtint donc pas la sorte d'hommages sur lesquels elle avait spéculé; le dépit s'en mêla, la colère survint, la vengeance suivit» et je m'en aperçus à quelques tracasseries dont le général n'était que l'instrument; néanmoins, comme je n'étais pas plus accoutumé à ce genre de traitement que je n'étais d'humeur à m'y accoutumer, je fis remettre à la belle par Richebourg, qui^ ainsi que Petriconi, me fut de suite acquis, la pièce suivante dont ces deux officiers m'avaient fourni les données. Je voulais faire savoir à cette dame que je connaissais, sur bien des points de morale, sa manière d'agir, et, dans le cas où les hostilités continueraient, je menaçais de rendre ce document public.