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SERVICE MÉDICAL

ORDRE

Le eertice médical de la Garde Nationaîe est constitué ainai qu'il suit :

Un chirurgien en chef de la Garde Nationale ayant rang d'inspecteur;

Un chirurgien principal et un aide-nmior à l'état-major de la place ;

Un chirurgien principal par légion ;

Un chirurgien-major, un aide-major et un sous-aide par bataillon.

Le chirurgien -major et le sous-aide marchent avec les Compagnies de guerre; l'aide-major seul reste avec lea Compagnies sédentaires.

Lea docteurs en médecine, les officiers de santé, et lee étudiants qui désireront élre nommés aux grades vacants de chirurgiens, d'aides et de sous-aides, sont invités à se présenter, le plus tôt possible, à partir de lundi, 17 avril, de neuf heures à raidi, au Ministère de la fiuerre, bureau du service médical, 86, rue Saint-LTominique-Sainl-Ger-

Seront maintenus dans leurs fonctions, les ehîrui^ens et aides-majors en exercice dans chaque bataillon, mais ils auront à justifier du diplôme de docteur en médecine.

En exécution de l'art. 3, du décret du 14 avril, ainsi conçu: B Si le nombre des docteurs et élèves volontaire n'était pas suffisant, on requerrait ceux qui rentrent dans !a classe des hommes de vingt à quarante ans " il sera pourvu aux emplois qui resteraient vacants.

Ne seront pas assujettis aux dispositions de ce décret, les chirurgiens, médecins, internes et externes des hôpitaux, nommés aux concours et actuellement en exercice. Paris, 16 ayril IS71.

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La solde des blesses dans les hôpitaux sera payée à leurs femmes jusqu'à concurrence de 1 franc.

La solde des hommes aii\ hôpitaux est réduite k 50 centimes.

Paris, le 1 H avril IS^I.

Le Délégué à la Guerre.

G. Clusbbet.

Approuvé :

La Commission Executive.

(joubnbt; Ch, Delescluzb ; G, Tridon; Félix Pyat; Avrial; Verhobel ; Vai

L'administration est, de toutes les branches de service, la plus importante. Pas de pain, pas d'habillements, pas d'équipements : pas de soldats.Celui qui amène sur le champ de bataille les soldats les mieux armés, les mieux vêtus, les mienx nourris, c'est-à-dire les mieux administrés, à nombre égal, a, par ce seul fait, trois chances sur cinq en sa faveur. Il peut même lutter avec avantage contre des effectifs trois fois supérieurs. Néanmoins, jamais l'intendance française ne tomba si bas que dans la dernière guerre, régnante Gambetta.

Cet avocat borgne, et général aveugle, décréta mais n'organisa rien.

Quand je pris le Ministère de la Guerre, les frères M étaient en possession de l'intendance générale qu'ils menaient à grandes guides d'après les anciens errements et même avec plus de succès que leurs prédécesseurs. Us déployaient une grande activité et avaient organisé

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le service de campagne très convenablement. Ceux qui ont prétendu que les troupes manquaient de vivres en ont menti. Je me auia assuré personnellement que partout oiiily avait des postes réguliers la sous-intendance la plus voisine avait constamment en magasin un nombre de rations triple et quadruple de l'effectif normal des troupes. Si, quelquefois, des détachements ont jeûné, ce que je ne crois pas, ce fait n'a pu se produire que par l'absence, la nonchalance ou l'ineptie du commandant. Il est vrai que ceux-ci, comnic M. Verlet, trouvaient plus commode de rejeter la faute sur la direction centrale que de s'occuper de leurs hommes. Dix lignes de calomnie dans un journal sont plus faciles ô écrire, coûtent moins et rapportent plus que de se donner la peine de se déranger pour s'informer de l'Intendance. On a l'air de se donner beaucoup de mal pour ses hommes et, en réalité, on ne s'occupe que de sa pauvre petite popularité aux dépens de la discipline, c'est-à-dire du succès de tous. M. Verlet et ceux qui l'ont imité, ont rendu de grands services à Versailles et je ne sais pourquoi iisfuient sa reconnaissance. — En revanche je ne sais pas pourquoi le peuple ne leur témoigne pas la sienne. Quand l'administration a mis, dans des dépfits connus, et à portée des troupes, ce qui leur est nécessaire, sa mission est terminée et sa responsabilité à couvert. Si les chefs de troupes ne pourvoient pas leurs troupes, c'est à eux et â eux seuls qu'incombe la responsabilité directe et effective vis-à-vis des intéressés, les soldats.

Mais je n'ai parlé que des vivres de campagne et non des vivres frais. La viande manquait absolument. Les frères M, malgré toutes leurs promesses et déclara-

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lions ne pouvaient faire venir un bœuf sur le marché de la "Villette. H en était de même de la Commission des subsistances qui, à l'entendre, passait des marchés considérables, mais en réalité, n'amenait rien, absolument rien sur le marché! Je pris l'alFaire en mainset envoyai un agent traiter directement à l'extérieur.

Cet agent, que je ne nomme pas à présent, et chacun comprendra pourquoi, n'avait d'autres rapports avec moi que ceux de justification des fournitures de viande et de vin, comme prix et qualité. 11 ne devait pas dépasser un maximum fixé au pris minimum que payait le commerce en gros. Ainsi, pour la viande de première qualité, c'était vingt et vingl-un sous, autant que je peux me rappeler.

En dehors de cette jusfication vis-à vis du Ministre de la Guerre, il n'avait affaire qu'au Trésor dont il était l'agent et non le mien.

Voici comme il opérait. Le Trésor lui donnait cent mille francs. Quand il avait justifié de l'emploi de ces cent mille francs par les factures acquittées et approuvées, le Trésor lui donnait cent autre mille francs et ainsi de suite.

Ses comptes ont toujours été en parfait état. Ce mode d'opérer me fut imposé ex necessitate rerum. Le commerce n'avait pas une foi robuste dans la Commune et ne voulait pas lui faire crédit. On avait à dessein répandu le bruit que la Commune prenait, mais ne payait pas et que tout ce que les marchands de bœufs amèneraient sur le marché de la Yillette serait réquisitionné, mais non payé. Naturellement, il ne venait rien. Pour vaincre ces appréhensions bien naturelles je dus

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faire acheter et payer comptant sur place, avec condition tonte spéciale d'amener la marchandise sur le marché, comme étant à vendre. Personne n'étant dans le secret que mon agent, (out le monde crut que le marché étsit approvisionné bona fide, ce qui n'était pas au début, mais le devint bientôt par la confiance, résultat do l'honnêteté des transactions.

Pour accomplir semblable mission il fallait un honnête homme et un homme capable ; je crois l'avoir trouvé ! Jourdes, qui est bon comptable, ne s'en plaignit jamais.

Le premier mai, le lendemain du jour où je fus arrêté, cet agent fut pris, comme la plupart des gens pai sibles dans Paris, d'une grande frayeur, et après avoi remis compte et argent à Hossel, quitta la ville. Il remi 76,000 francs en argent et 24,000 francs en factures acquittées,

La personne qui portait l'argent est encore en vie.

Comme j'étais en quelque sorte moralement responsable de cet agent, puisque je l'avais choisi, je m'enquis, pendant mon arreslation, à la Guerre, à la Commission executive et aux Finances, de l'étal de sa caisse. Elle était en règle et ce qui le prouve, c'esl que Jourdes, l'un de mes accusateurs, n'eût pas manqué de faire valoir la moindre irrégularité, s'il en eût existé, faisant sonner bien haut quej'avaîs fait un choix détestable.

A partir de ce moment, le marché de la Villetle fut toujours approvisionné. Auparavant, les bœufs ne dépassaient pas Pantin, Ce fut le premier succès commercial de la Commune, Je m'en servis pour porterie premier coup à l'Inten-

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dance militaire, système que j'avais étudié à fond depuis longtemps et dont j'avais été à même de constater les vices radicaux à chaque nouvelle campagne.

Je iui retirai le service de l'approvisionnement, que j'organisai comme je viens de le dire, ainsi que celui de la manutention auquel j'adjoignis celui des vivres de campagne et la distribution.

Chacun des services, d'après mon système, fonctionnait d'une manière indépendante et tout était contrôlé, au point de vue de l'action, par le commandant en chef, à celui des finances, par une commission de contrôle instituée par le Trésor lui-même.

Je laissais au ministère des finances le soin de contrôler l'emploi des fonds qu'il fournissait et nie réservais ainsi ma pleine liberté d'action au point de vue mOitaire. Quant aux parties prenantes, en contact direct avec les âge nts-diatribu leurs de chaque branche de service, elles ne pouvaient manquer ayant constamment sous la main ce distributeur responsable qui, étant le seul intermédiaire entre le consommateur et le magasin fournisseur, avait toute facilité pour agir efficacement etpromptement. J'arrivai, par ce moyen, à une rapidité incroyable d'csécution et une simplicité non moins grande de contrôle. Malheureusement, la Garde Nationale était un véritable tonneau de Danaïdes où les effets ne faisaient que passer pour aller au Temple. En vain, j'insistai auprès de Rigault pour faire rentrer à la Commune les effets militaires qui étaient sa propriété. Rigault avait bien autre chose à faire. Il était bien pluK important de terroriser, le jour, et de s'amuser, la nuit.

Malgré un certain gaspillage, que je constate et que

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j'aurais fait disparaître en peu de temps, mei constitués chacun d'une manière indépendante fonctionnaient parfaitement. Cette transformation s'était faite sans rien dire; ni Boasel, ni M... n'y avaient rien vu, ni rien compris. Le premiern'étant pas administrateur, cela n'a rien de surprenant; mais M... l'était et il ne ne s'aperçut pas que, le 28 avril, quand je publiais le décret suivant, il n'était déjà plus intendant général; les services, qu'ils croyaientdirigert fonctionnaient sans loi. La direction était dans mon cabinet et l'exécution partout.

Voici le décret relatif à l'Intendance:

L'Intendance générale est supprimée à partir du !«'■ mai.

Elle sera remplacée par :

Un payeur général pour le service de la solde ;

Ua directeur de la manutention pour le service des vivres ;

Un directeur de l'habillemant ;

Un directeur du campement ;

Un directeur des lits militaires ;

Un directeur des hôpitaux ;

Un directeur des approvisionnemeats ;

Un inspecteur générai veillera à la prompte exécution des ordres.

Une CommisBÎoa de contrôle (nommée par le ministre des finances) vérifiera tous les comptes.

Paria, le 28 avril 1871.

Le Délégué à la Guerre.

G. Clusehet.

Le 30 au matin, un arrêté complémentaire désignant les chefs de service qui n'étaient autres que les directeurs en exercice, fut envoyé à l'imprimerie. Naturelle-

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ment, mon arrestation l'empêcha de paraître. Ce fut une grande faute surtout an point de vue de l'avenir administratif militaire de la France. On avait une occasasionde rompre avec la routine administrative centralitrice de l'intendance et, quels que fussent la haine et le profond dédain dont faisaient profession les Versaillais pour tout ce qui venait de la Commune, le fait se serait imposé, ne fût-ce que par le souvenir et le dénigrement. J'ajoute que j'avais amené les choses progressivement et qu'au moment oii, par un décret, je supprimai Tintendance, l'administration fonctionnait déjà sans elle. Or qu'on retienne bien ceci : jamais avec le système actuel français on ne parviendra ci faire mouvoir une armée. Fût-on vingt fois victorieux, la victoire sera stérile, car l'armée ne pourra la poursuivre. Cela s'est vu dans la campagne d'Italie et, surtout, dans celle de France ; cela se verra toujours.

Et c'est logique. Le principe français est un, en tout, la centralisation perfectionnée, c'est-à-dire : rayonnement du centre à la circonférence. Centre, quartier gé néral distributeur, circonférence, parties prenantes ou soldats.

Or, que se passe-t-il ?

Le centre, en admettant — ce qui arrive très rarement — sa capacité administrative, parvient à réunir l'objet de consommation. Il l'emmagasine et le distribue. Là est l'écueil. — Du centre à la circonférence la répartition se fait au moyen d'agents multiples, tous fonctionnaires payés à tant par mois. Que la denrée arrive ou n'arrive pas, nul intérêt personnel à ce qu'elle arrive ; aussi, n'arrive-t-elle pas, si ce n'est tard ou dé-

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tériorée. La France noue expédia en Crimée des dons nationaux en quantité très suffisante pour que chacun en eût sa part. Or, veut-on savoir ce qui en advint ? — Nous reçûmes des pantoufles en tapisserie destinées aux hôpitaux et ceux-là eurent les bottes qui nous revenaient. Naturellement les malades ne purent pas plus en faire usage que nous des pantoufles dans la tranchée. Je distribuai à ma compagnie deux ou trois mouchoirs pleins de labac, des chaussettes dépareillées et deux ou trois autres objets ridicules. Quant aux vivres et liquides rien. Cela ne dépassait pas les étals-majors. Evidemment la France n'avait pas emprunté aux Invalides leurs mouchoirs sales pour nous les envoyer et elle entendait bien que ses dons fussent consommés par ses soldats. Malheureusement elle confia la répartition à l'intendance qui centralisa tout au quartier- gêné ru). Là, on se gorgeait et regorgeait, mais à la circonférence on jeûnait. 11 y avait trop de fissures, entre le centre et la circonférence. Il en est de même pour touie distribution ; à chaque échelon hiérarchique, un prélèvement ; aussi quand on arrive au dernier, le soîdat, reste-t-il peu ou rien. Même à l'avant-dernier, celui de ia compagnie, ne voit-on pas le fourrier faire, comme on dit, &on fourbil Et j"ai passé sous silence le grand inconvénient administratif et tactique des transports centrahsés.

Tout autre est le système américain sorti triomphant de la terrible épreuve : approvisionner 2 raillions de combattants pendant 4 ans sur un échiquier plus vaste que l'Europe entière.

Le système américain part du principe opposé â celui de la France. U est décentralisateur et converge de

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la circonférence au centre. A la circonférence, où ae trouve !e consommateur est placé l'approvisionnement et la distribution. Au centre le contrôle et la direction. L'approvisionnement et la distribution se font commercialement et non militairement. Le commissaire est un Monsieur qui a fourni un cautionnement et accepté un cahier des charges ; il doit fournir telle quantité, telle qualité, à tel prix maximum. Les voies et moyens lui appartiennent comme aussi les bénéfices s'il en peut faire. Mais il est tenu de résider avec la troupe et est soumis à la discipline milituice ; il est responsable vis-à-vis du consommateur, qui n'est pas tendre s'il vient à jeûner, vis-à-vis du commandement pour l'exécution de ses ordres et vis-à-vis de l'Etat pour celle du cahier des charges. Eh I bien, avec ce système et des déplacements dont on n'a aucune idée, en Europe, nous n'avons jamais manqué de rien. J'entends le soldat, car nous, les généraux, avons souvent été plus maltraités que le soldat.

Gomment expliquer et faire comprendre ces choses à des gens pleins de bonne volonté, je le crois, mais totalement inexpérimentés ? Je n'en eus ni le temps ni le moyen. Aussi la Commune ne comprit-elle pas et mes successeurs encore moins. Varlin succéda à M. et le Comité Central à Varlin. Rossel n'y comprenant rien et, d'ailleurs, empêché par ses visées ambitieuses, n'empêcha rien, si ce n'est mon ordre d'être exécuté. Quant à Deiescluze, dont le cerveau étroit avait déjà, tant de peine à contenir le Moniteur de 92, il n'avait plus de place pour s'occuper d'administration. Et voilà comment les choses allèrent de mal en pis.

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