TROUBLES EN CHAMPAGNE
de Chaltrait que celles qui avaient été affichées dans le pays; et s'offrant aussitôt pour guides, ils avaient déjà entraîné un bataillon dans la direction d'Étoges à Chaltrait quand les officiers, prévenus à temps de ce désordre, coururent après leurs soldats et parvinrent à les ramener.
Enfin les meneurs champenois, voyant que dans les autres départements, et généralement en France, on voulait rester tranquille, et que nulle part on ne tourmentait pour leurs opinions politiques les hommes connus par leur royalisme, prirent aussi le parti de nous laisser vivre en paix avec nos cinq cents prêtres et nos 700,000 francs, en attendant une occasion plus favorable pour nous vexer et surtout pour s'emparer de nos propriétés, car c'était là leur unique but, et en voyant s'accomplir la révolution de Juillet, ces misérables avaient d'avance proclamé la loi agraire.
Cependant, petit à petit, les passions se calmèrent; on rendit justice aux honnêtes gens, carlistes ou non, et nous reprîmes dans le pays la position qui nous était due.
Ma santé, malgré le repos de la campagne, était toujours languissante; je commençais pourtant, au printemps de cette année, à éprouver une amélioration assez marquée, quand l'événement le plus douloureux vint frapper notre famille et influer d'une manière grave sur mon pauvre tempérament ; nous perdîmes, dans le mois de mai, notre excellente mère. Elle habitait toujours Paris, et nous fut enlevée si subitement par une apoplexie foudroyante que, malgré toute la diligence que nous pûmes faire à la première nouvelle de cet accident, nous arrivâmes trop tard pour Tembrasser une dernière fois. L'extrême douleur que j'en éprouvai fit reparaître avec plus de violence les symptômes fâcheux d'une maladie de foie qui, depuis plus de trois ans, avaient disparu, et à la suite desquels je fus, cette fois, atteint d'une jaunisse assez opiniâtre. Mais laissons ce triste souvenir, qui m'est et me sera toujours si pénible.
Quelques mois après ce douloureux événement, mon neveu, le comte Emmanuel de Lambertye,qui, à l'époque de la révolution de 1830, était lieutenant de cavalerie et avait donné sa démission, épousa Mlle Duvernay, fille d'un riche propriétaire du Bourbonnais, où lui-même habitait une terre de famille (le Cluseau) avec son jeune frère et leur mère, alors veuve depuis six mois.
Dans l'automne de la même année, j'obtins, sur ma demande réitérée, ma retraite du service militaire; j'avais alors