‹ Mémoires du général Dirk Van Hogendorp, comte de l'empire, etcChapitre 27 sur 32 · MONSIEUR LE MARÉCHAL · texte numérisé non relu

MONSIEUR LE MARÉCHAL

Ce ne fut que par la réxmion de la Hollande avec l'empire Français, que je suis devenu sujet de S. M. l'empereur Napoléon, et que je suis pfitssé à son service avec Tannée Hollandaise. Je l'ai servi avec fidélité,

zèle , et dévouement ; il m'a comblé de bienfaits , et m'a honoré de sa confiance et de son estime ; je ne l'oublierai

i'amais ! mais les événements inouis , qui ont eu lieu en Trance, paraissent avoir eu pour suite une abdication formelle de l'empereur Napoléon. Cette abdication me délie non seulement de mon serment comme militaire; mais la Hollande, ma patrie primitive, se trouvant par-là détaché de l'empire Français , je redeviens aussi, moi , Hollandais , et je désire retourner dans mon pays, pour y faire hommage au Souverain, que mes compatriotes ont choisi d'un commun accord.

Je me suis honoré d'être Français, et je crois aussi avoir fait honneur à ce nom; mais je ne le suis plus. L'empire Français, dont la Hollande faisait partie, a cessé d'exister, il a été détruit, et l'abdication de l'em-

Î>ereur Napoléon rend à chacun ses droits. On a rétabli 'ancien royaume de France, la Hollande s'est relevée comme un état indépendant; et tout comme les Français ont eu le droit incontestable d'élire Louis XVIII pour leur roi, comme ils on fait, les Hollandais ont eu celui d'appeler le prince d'Orange à être leur Souverain. Aussi est-il déjà reconnu comme tel par les grandes puissances de l'Europe.

Je crois d'après cela, monsieur le maréchal, qu'on ne peut pas exiger des Hollandais, qui se trouvent incorporés dans l'armée Française, de prêter le serment de fidélité , en qualité de sujets , à sa Majesté le roi Louis XVIII; car, quoiqu'une paix définitive n'ait pas encore fixé les destinées et les limites des divers états, il ne peut cependant exister aucun doute, sur ce que la Hollande ne soit plus une partie de la France, et qu'en conséquence les Hollandais ne peuvent être considérés comme sujets du roi de France , et contraints de lui jurer fidélité.

Je prie donc votre Excellence de vouloir prendre ces raisons en considération , et d'exempter les Hollandais , qui se trouvent ici dans le corps sous ses ordres, du serment civil, exigé des Français. Cependant, aussi longtemps que l'état d'hostilité existe , et que les arrangemens définitifs pour la dislocation de ce corps, et l'évacuation de cette place, ne soient pas faits, nous

avons trop d'honneur pour ne pas vouloir rester comme militaires attachés au corps Français , dont nous avons rhonneur de faire partie, et désirer de partager ses périls et ses travaux jusqu'au dernier moment, et à cet effet même de prêter un serment de fidélité comme militaires aux drapeaux Français, et de porter la même cocarde comme uniforme, jusqu'à ce que les ordres nécessaires soient arrivés, pour nous faire retourner dans notre patrie.

Voilà, monsieur le maréchal, ce que Thonneur et le devoir me prescrivent de vous déclarer. Je reconnais Sa Majesté Louis XVIII comme roi de France ; mais je ne puis lui prêter serment comme son sujet , étant convaincu que la Hollande ne fait plus partie de la France, et que, délié de mes sermons par Tabdication de l'empereur Napoléon, je rentre dans mes droits et mes devoirs comme Hollandais, et ne puis être forcé à servir la France, comme militaire, contre ma volonté.

J'y renonce, et je désire retourner dans ma patrie. Je prie votre Excellence de m'en accorder la faculté, aussitôt que les circonstances le permettront.

J'ai l'honneur d'être etc.

Signé Le Comte de Hogendoep.

No. 10.

Nous soussignés, tous Hollandais, considérant que, par la réunion de la Hollande avec l'empire Français en l'année 1810, étant passés au service de S. M. l'empereur Napoléon avec l'armée Hollandaise , nous l'avons servi avec fidélité et honneur, mais, que par les évènemens qui ont eu lieu en France et en Hollande, et par lesquels elle s'est détachée de la France , ses habitans ont appelle S. A. R. le prince d'Orange à être leur Souverain , et l'empereur Napoléon , par son abdication formelle et volontaire, nous a délié du serment, que : nous lui avions prêtés. Nous déclarons par la présente : 1.) Que par suite de ces événements nous ne nous considérons plus être Français, mais redevenus Hollandais.

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