CHAPITRE XXV
Juin 1813. Nomination de Mr. Van Hogendorp comme gouverneur de Hambourg. Le maréchal prince d'Eckmûhl. Son caractère. Rapports officiels entre celui-ci et Fauteur. L'ordre du jour qui menaçait du fouet les femmes de Hambourg. Ses conséquences. Articles de journaux hostiles au gouverneur. Récriminations. Le général Tettenbom. Âppèl au témoignage des habitants de Hambourg. Le prince d'Eckmûhl quitte la ville (16 Août 1813) et y revient après la bataille de Leipsic (23 Octobre). Les rapports entre les deux officiers supérieurs s'enveniment. M. de Femig est nommé commandant supérieur de la ville. Le blocus de Hambourg par l'armée Russe (Décembre 1813). Irresponsabilité de l'auteur dans la prise de la banque. Il quitte Hambourg après le raUiement du prince d'Eckmûhl au gouvernement des Bourbons et après s'être mis à la tête des officiers Hollandais se trouvant dans la ville. Arrivée à La Haye (le 15 Mai 1814). Pièces à l'appui.
C'était au mois de Juin 1813, me trouvant à Dresde au grand-quartier-général, que je fiis nommé au gouvernement de Hambourg; je partis aussitôt pour ma destination, et y arrivai avant la fin du mois.
Je trouvai le maréchal prince d'Eckmtihl occupé des mesures pour faire payer la contribution extraordinaire, imposée sur la ville, et à réorganiser les autorités françaises. Soupçonneux et jaloux par caractère, il me croiait peut-être destiné à le surveiller , ou le contrôler , et montra de Téloignement à communiquer avec moi sur les affaires de finances. Quoiqu'autorisé par mon
instruction à en prendre connaissance, je pris le parti de ne pas m'en mêler, et en rendis compte dans mes rapports à Tempereur. Je ne me suis donc jamais mêlé en aucune façon, de radministration des finances, et surtout pas de ce qui a regardé la contribution extraordinaire.
Ma position était singulière et difficile; je n'étais gouverneur que de la ville de Hambourg et de ses dépendances, savoir Harbourg et les Isles entre ces deux places. Le maréchal était gouverneur-général de toute la 32« division militaire, et de plus commandant-enclief du 13® corps, et, comme maréchal, mon supérieur à tous égards dans le commandement de toutes les troupes se trouvant là. Le maréchal prince d'Eckmûhl avait la manie de vouloir tout faire lui-même , d'entrer dans les plus petits détails du service, et sans s'embarasser des règlements, de la bienséance, ou de la hiérarchie militaire, il donnait ses ordres en droiture aux difiérentes branches du service. Quelque désagréable que cela fat pour moi, je crus cependant dans le commencement, pour le bien du service, ne pas devoir me brouiller avec lui; et surtout ne pas faire apercevoir mon mécontentement en public. Tous les ordres du jour, toutes les publications qui ont paru dans le tems à Hambourg, sont émanés de lui; c'est lui qui les dictait, et son chef d'état-major me les envoyait, pour les faire publier et observer. Cela seul devrait suflire pour me disculper; car il faudrait méconnaître tout principe de subordination militaire pour vouloir soutenir, qu'un officier subordonné aurait pu se refuser à exécuter les ordres de son supérieur. Mais encore même l'ordre du jour, par lequel les femmes, en cas d'émeute
étaient menacées d'être fouettées, et contre lequel on s'est le plus recrié , ne mérite aucunement cette indignation, qu'on a voulu exciter à ce sujet.
D'abord il est de fait y^ que les femmes avaient commencé l'émeute au mois de Février 1813. Ensuite on ne saurait trouver étrange que dans une viUe , où il y avoit une population de 80,000 âmes, toute mal disposée contre le gouverneur Français , avec une garnison de deux à trois mille hommes, l'on prit des mesures de précaution, pour conserver l'ordre et la tranquillité publique. Or cet ordre du jour prescrivait, que lorsque l'on battrait la générale ou l'alarme, et que le canon tireroit, les habitants dussent se retirer dans leurs maisons, et ne pas se montrer dans la rue; que si cependant des habitants au nombre de plus que quatre {dans le cas ScHairmé) s'assembleroient dans la rue, et, à la première sommation de se retirer , n'obéiraient pas, qu^ alors ils seroient saisis et traduits devant une commission militaire , pour être jugés et passés par les armes. Que si c'étoient des femmes {aussi seulement dans ce cas â^alarmè) elles seroient fouettées. Or assurément il ne pouvoit s'agir ici que des femmes de la basse classe du peuple, qui avoient commencées l'émeute en Février 1813, comme les Pamphlets en conviennent eux-mêmes; et il est connu, que dans toute l'Allemagne la peine du fouet est infligée aux femmes pour pareils délits; cette peine était aussi certainement moins sévère que celle de la mort fixée pour les hommes; ainsi il est inconcevable conmient l'on a pu prendre cet ordre du jour comme un motif d'inculjation contre moi, pour m'accuser de cruauté.
Enfin, en tout cas, cet ordre du jour a été fait par
le maréclial prince d'Eckmîilil, qui me Ta envoyé pour le faire publier, et non seulement que pas une seule femme n'aye été soumise à ce châtiment par mon ordre, mais même pas une seule femme n'a été arrêtée ou emprisonnée pendant tout le tems de mon commandement.
Néanmoins j'ai lieu de croire que c'est un article à ce sujet, qui a paru dans une gazette ou bulletin de l'armée {Zeytung aus dem Féldlizger), qui s'imprimoit dans le quartier-général du général Tettenbom, et par conséquent de son sçu et approbation, qui a été l'origine et a donné lieu à toutes les gazettes et papiers publiés en Allemagne, Angleterre, et la Hollande, de répéter cette accusation contre moi. Cet article du 2 Octobre 1813 est ainsi conçu:
„TJn des valets du boureau de Davoust , nommé Hogen- „dorp, a publié comme gouverneur de Hambourg un ^décret révoltant , dans lequel il donne aux habitants de „ sages conseils, comment ils auront à se comporter, „dans le cas d'une attaque sur la ville. En voulant ^inspirer la terreur aux gens il a montré en même „tems, combien grande est la sienne, et désigné le „moment, ou l'occasion se trouvera de le massacrer „avec toute sa garnison. Ce malheureux pousse son >digne impudence si loin , que lorsque plus que qua- „tre femmes se trouveront ensemble, il veut les faire „ saisir, et les faire fouetter. Il est vrai qu'il y étoit „ accoutumé, que sa femme étoit fouettée de plusieurs ^manières, jusqu'à ce qu'enfin elle est morte des suites „à Berlin , où lui-même, également fouetté par les Cosa- ^ques pendant sa fuite de Russie, a dû l'abandonner „en terreur. Néanmoins, pendant sa vie il n'auroitpas
^osé se permettre de faire imprimer pubUquement pa- ^reille infamie contre le beau sexe. Nous pouvons d'ail- ^leurs assurer les belles Hambourgeoises , que si elles ^voudroient fouetter Mr. Hogendorp, avec des verges „de Noëll, auxquelles seroient suspendus des ducats, „il se soumettra volontiers, comme un bon enfant, à „cette correction lucrative."
Je me borne à donner la traduction littérale de cet article, sans aucun commentaire; je n'ai jamais offensé, ni fait aucun mal au général Tettenbom; je ne l'ai connu que de vue à Paris en 1811, lorsqu'il étoit aidede-camp et attaché à l'ambassade du prince Scbwartsenberg. Mais j'en appelle à l'Europe civilisée; j'en appelle respectueusement au souverain magnanime , qu'il sert, s'il est permis d'invectiver de cette manière un officier ennemi, ou de souflBrir dumoins que cela se fasse dans un papier officiel, imprimé sous ses yeux dans son quartier-général?
Je ne relèverai rien ici de ce qui me regarde personnellement, mais n'est-il pas cruel de voir maltraiter ainsi , et cela sans aucune raison, ma malheureuse épouse défimte , qui pendant sa vie a joui de la considération générale à St. Pétersbourg, à Vienne, à Paris, et en Hollande, sa patrie, avec qui j'ai vécu dix ans dans l'union la plus tendre , et pour laquelle j'aurois donné ma vie pour sauver la sienne I J'ai recueilli ses derniers soupirs à Berlin le 23 Janvier 1813., où elle est décédée d'une fièvre scarlatine, gagnée en donnant ses soins à notre fiUe unique, qui avoit pris cette maladie en route, victime de sa tendresse maternelle, et de son attachement pour moi, qui lui avoit fait entreprendre ce voyage , et par conséquent morte ni de terreui'.
ni abandonnée par moi, comme le dit faussement l'article susdit.
Cependant, si, comme je crois pouvoir le poser en fait, cet article a été la source et la cause première de toutes les accusations et calomnies répandues en-* suite dans les gazettes, journaux et pamphlets contre moi , et ne me trouvant accusé ni chargé , par aucune plainte directe ou indirecte , ni auprès du gouvernement Français, ni auprès de mon Souverain je pourrais peut-être m'en tenir à Texposition que je viens de faire comme une justification sufiSisante.
Cependant comme dans des pamphlets, écrits. par des gens expulsés de Hambourg, et imprimés avant notre sortie de la ville , on a entassé , pêle-mêle et vaguem^it, des inculpations contre moi, et confondu les actions et la conduite du maréchal prince d'Eckmîihl avec les miennes, de manière à laisser de fâcheuses impressions dans l'esprit du pubKc, peu ou mal informé de la vérité, je veux, sans entrer dans une réfutation de toutes ces calomnies, par un simple exposé des faits, en prouver Tinjustice et la fausseté manifeste.
Je suis arrivé à Hambourg en Juin 1813, le maréchal prince d'Eckmuhl y étant, comme je Tai déjà dit, faisant tout par lui-même; c'est lui seul qui doit être censé avoir eu le commandement , et j'ai dû me borner à exécuter ses ordres; cependant, même en cela, j'ose affirmer à la face de l'univers, que personne ne pourra m'accuser , avec vérité , d'aucune grossièreté , bien moins d'aucune cruauté, et que pour autant qu'il a dépendu de moi, j'ai mis, dans Texécution des ordres et les affaires du service, toute l'humanité, la douceur, et
les bons procédés, que Ton peut exiger d'un galanthomme et d'un militaire d'honneur.
J'en appelle aux habitants d'Hambourg eux-mêmes, aux fonctionnaires pubKcs , aux propriétaires , au clergé, aux bourgeois, même à la classe du peuple et des pauvres, je leur demande à tous, si tout ce qui est dit sur mon sujet, dans les pamphlets pubKés pendant le blocus, n'est pas faux et contraire à la vérité?
Je demande en particulier au clergé, à messieurs les pasteurs de toutes les communions, si la fable débitée au sujet de leurs égUses , et de la manière dont je les aurais traités, est vraie? Au contraire, n'est ce pas moi qui les ai toujours protégés et toujours bien reçus, quand ils sont venus me voir, pour me faire quelque demande ou représentation? Je leur ai conservé leurs églises, tant que je l'ai pu et que cela a dépendu de moi; et lorsqu'au mois de Décembre , quand le maréchal m'àvoit ôté le commandement, je ne pouvois plus rien faire, je leur en ai exprimé mes regrets. Leur ai-je jamais parlé Français? bien moins dit en cette langue les sottises, ou les grossièretés dont m'accusent les pamphlets? Je leur ai toujours parlé Allemand, que je parle aussi bien que ma langue maternelle. J'ai toujours reçu leurs députations avec honnêteté et bonté; les pasteurs des égUses réformées, où j'assistais au culte, venoient dîner souvent chez moi, ainsi que le curé cathoKque, qui est mort victime de son zèle à aller voir les malades dans les hôpitaux. Enfin, je le repète , j'en appelle au témoignage des ministres de la religion de toutes les communions; qu^ils parlent, je ne leur demande que la vérité!
Il en est de même d'un objet d'un autre genre, du
spectacle ; le contraire de ce dont on m'accuse est vrai, car, bien loin d'avoir fait défendre ou tronquer les meilleures pièces, c'est moi qui ai permis de donner librement toutes les pièces de Schiller et autres auteurs, quoique prohibées par la police générale Française; et bien loin d'avoir maltraité la direction , je l'ai protégée et aidée en toute occasion; j'ai payé le loyer de ma loge au théâtre Français et Allemand, jusqu'à ce que, réunis, ils ont obtenu un subside ou abonnement général pour les militaires, dont les deux sociétés ont pu subsister pendant tout l'hyver.
Voilà des faits 1 j'en appelle au témoignage de tous les Hambourgeois , qui sont restés dans la ville pendant le blocus. J'en appelle à celui de tout le corps d'armée Français , des généraux , des officiers , enfin à celui des officiers supérieurs Hollandais, et de tous mes compatriotes, qui se sont trouvés en ce tems à Hambourg, et qui sont maintenant dans ce pays, leur patrie.
Mais poursuivons. Le 16 Août 1813 le maréchal prince d'Eckmuhl s'est porté en avant avec le 13e Corps, et la plus grande et meilleure partie de la 50® Division, destinée exclusivement à la défense de Hambourg, me laissant seulement une foible garnison de tout au plus trois-mille hommes.
Je pensais qu'en partant, le maréchal meremettroit entièrement le gouvernement, surtout sachant que j'étois destiné à le remplacer dans le gouvernementgénéral; mais, quoiqu'avancé rapidement jusqu'à Schwerin, il a constamment conservé le commandement et continué à m'envoyer des ordres et des instructions sur toutes les parties du service, et en entrant dans tous les détails les plus minutieux. En même tems , d'après
sa fatale méthode, qu'il nommait sa manière de servir, il correspondait directement avec les diflPërents chefs de service, et cela non-senlement avec les autorités civiles, mais principalement avec les chefs de l'artillerie et du génie, malgré qu'ils fassent directement sous mes ordres.
Il arrivait de-là, que des opérations et des mouvemens avoient lieu, dont je n'avois aucune connaissance, ce qui étoit fort nuisible au bien du service ; j'en écrivis au maréchal et, n'obtenant point de changement, j'en rendis compte au major-général prince de Neuf-Châtel et au ministre de la guerre; mais vu les événements qui eurent Keu alors, et lesquels coupèrent la communication, je n'eus pas de réponses.
La défaite du corps d'armée du maréchal duc de Reggio, près de Berlin, engagea le maréchal prince d'Eckmlihl à se retirer de Schwerin à Ratzebourg, pour défendre avec son corps d'armée la position du Stecknitz pour couvrir Hambourg et Lubeck. De-là ilvenoit souvent en ville pour inspecter les ouvrages, et plus que jamais donner des ordres par lui-même sur tous les objets et pour tous les services. Enfin le 22 Octobre il eut connaissance de la perte de la bataille de Leipsig , et déjà le 23 il vint à Hambourg , pour prendre toutes les dispositions nécessaires pour venir s'y enfermer. Il se tint sur le Stecknitz jusqu'à la fin de Novembre, et alors, après avoir pris et abandonné en peu de jours la position de la Bille, il vint définitivement se jetter avec tout son corps d'armée dans Hambourg.
Ce fat à cette époque que je commençais à ressentir dans toute sa force le malheur de me trouver sous ses
ordres. Ombrageux et défiant, il se méfiait de moi comme Hollandois. Impérieux et grossier, il voulait me traiter sans égards et même malhonnêtement. Changeant et versatile, il donnait des ordres à droite et à gauche, tantôt à l'un, tantôt à l'autre sans méthode, sans suite, et sans but, de sorte qu'il étoit impossible de faire le service de cette manière.
Enfin ce fat au sujet des mesures qu'il prit, pour l'expulsion des bouches inutiles , que je me suis brouillé définitivement avec luL Je ne pouvais ni ne voulais approuver les mesures dures et arbitraires qu'il prescrivait pour l'exécution de ses ordres, ni en être l'instrument. Pour faire voir l'incohérence de ces mesures, je me borne à donner, à la suite de ce mémoire, les publications des différentes autorités faites à ce sujet par ordre du maréchal. On n'a qu'à remarquer les dates pour en juger; voyez No. 1. jusqu'à 8. Et comme il déclarait, qu'il ne voulait pas se départir de sa ma;nière de donner ses ordres en droiture, je lui dis, qu'en ce cas mes services n'étoient plus nécessaires, et que je me retirerais chez moi, pour m'y tenir tranquille , jusqu'à ce que les communications seraient rétablies, et qu'alors je me plaindrais à Tempereur de sa conduite envers moi.
C'est donc depuis ce jour, 19 Décembre 1813, ou même déjà depuis le 13 Décembre, jour où M. le maréchal a nommé M. l'adjudant-commandant de Femig, commandant-supérieur de la ville, pour recevoir les ordres directement de lui, en conséquence de quoi mon autorité étoit annullée , que je n'ai plus fait aucun service ,, ni pris part à aucune opération ou mesure qui a eu lieu; et qu'ainsi, assurément, rien dé ce qui s'est^
passé ne peut m' être imputé , ou porté à charge. Quoique même aussi auparavant déjà de la manière despotique, dont le maréchal conduisait les affaires, et exerçait son commandement, on ne puisse, tout aussi peu, m' attribuer aucune des mesures ou actes du gouvernement, puisqu'ils émanaient tous de lui seul.
Du moment où le blocus a commencé, et que l'armée Russe nous a investis, c'est-à-dire du commencement du mois de Décembre, nous n'avons plus eu aucune communication au dehors. L'ennemi empêchait les nouvelles et papiers pubKcs de nous parvenir; et le maréchal aussi de son côté prenoit les mesures les plus sévères , comme il le dit lui-même dans son Mémoire ^) , pour empêcher toute communication avec l'extérieur. Par-là nous avons été privés pendant tout l'hyver de la connaissance des évènemens qui se passaient en France et ailleurs pendant ce tems , et je puis assurer n'avoir jamais vu les proclamations du général comte Bennigsen, que le maréchal produit auprès de son Mémoire. D'un autre côté on n'était aussi pas informé, hors de la ville, de ce qui s'y passait; on ignorait, ou dumoins on n'étoit pas informé au juste de mes démêlés avec le maréchal, et, je le repète, il n'eut pas été convenable de faire paraître en public nos dissentions. De-là vient apparemment, que dans les pamphlets et articles de gazettes, écrits dans ce tems, on a confondu les accusations; tandis que ne faisant aucun service, ni excerçant aucune autorité, je n'ai eu aucune part à ce qui s'est fait ou passé pendant tout ce tems.
Comme le seul but de ce mémoire est de me disculper, devant l'Europe et devant ma patrie, des fâcheuses
>) Publié à Paris chez Warée en 1814.
impressions , que ces inculpations ont produites sur l'esprit du public contre moi , et non de discuter mes griefe personnels contre le maréchal prince d'Eckmiihl , je n'en ai fait mention que pour autant que cela était nécessaire afin de prouver , que par la manière du maréchal d'exercer seul toute l'autorité, je ne puis raisonnablement être rendu responsable d'aucun acte du gouvernement, puisque je n'ai pu agir que par son ordre, et que même après , lorsque j'ai renoncé à tout exercice de mes fonctions , il seroit plus injuste encore de m' attribuer aucun des évènemens qui ont eu lieu dans ce tems.
Car pour ce qui regarde mes différends avec le maréchal, la décision en pouvait appartenir seulement au gouvernement de l'empire Français , s'il avait continué d'exister; et maintenant ce ne peut plus être qu'une affaire particulière entre Mr. le prince d'Eckmûhl et moi.
Je ne prétends aussi aucunement, dans ce Mémoire, ni inculper ni disculper le maréchal, des accusations portées contre lui; je ne veux pas m'en mêler; et j'en laisse la décision à qui de droit.
Son mémoire ne m'inculpe en aucune manière, et cela prouve aumoins, qu'il n'y a aucun fait ou action dont il aurait pu rejetter la responsabilité sur moi.
Pour ce qui regarde la prise de la banque, on y voit que je n'y ai été que passif, obligé d'exécuter les ordres qu'il m'a donnés; car la phrase dans la lettre du comte de Chuban, pag. 120. No. 36. de son Mémoire où il dit: Mr. le comte de Hogendorp et moi nous pensons qtûU vHy a ^j^us d^autre moyen que de s^emparer de la banque, ne peut être entendue que conditionnellement , c'est-à-dire, que, si le maréchal voulait se soutenir à Hambourg , et n'ayant aucun autre moyen
de se procurer l'argent nécessaire , pour faire subsister l'armée ) il ne lui restait plus que ce moyen*là. D'ailleurs on verra par la date, qu'alors la banque était déjà saisie; et je puis affirmer, que, lorsque Mr. le comte de Chuban est venu me porter l'ordre du maréchal de faire mettre le scellé sur la banque, je n'en avais aucune connaissance préalable , et que ni Mr. le maréchal, ni Mr. le comte de Chuban ne m'en avaient jamais parlé, bien moins demandé mon avis.
Je pourrais peut-être encore citer beaucoup de particularités à mon avantage et pour me disculper , comme d'avoir eu soin que les travailleurs aux fortification fussent régulièrement payés; d'avoir effectué que les femmes et adolescens de la classe indigente y fussent admis , contre le gré des officiers du génie , les femmes pour deux tiers , et les enfans pour la moitié des douze schillings alloués aux hommes; d'avoir fait cesser les abus qui avoient lieu, en exigeant, des gens comme il faut et même des femmes et des veuves, de fournir des remplaçans pour ces travaux; d'avoir prouvé mon estime et ma confiance aux habitans de Hambourg en formant six compagnies de Bourgeoisie pour entretenir l'ordre dans l'intérieur et en cas d'incendie; lesquelles le maréchal a licenciées aussitôt de son retour en ville; enfin d'avoir donné un exemple éclatant de justice sévère et d'impartialité en faisant revoir et casser la sentence d'un conseil de guerre contre un cuirassier Français, qui avoit tué un paysan, en faisant la maraude avec plusieurs autres, et n' avoit été condamné qu'à une peine légère, et le faisant traduire devant un nouveau conseil de guerre , qui l'a condamné à mort.
Mais je crois en avoir dit assez pour oser me flatter,
qu'un public éclairé et impartial, tant dans ma patrie que dans les autres pays de l'Europe , quoiqu'égaré peut-être pour un moment par les bruits répandus, reviendra de son erreur à mon égard, et sera convaincu que ma conduite a toujours été conforme aux principes les plus purs de modération, d'humanité et d'honneur. Comme je crois que la justice m'en est rendue à Konigsberg, à Wilna, à Breslau, et partout où j'ai eu quelque commandement.
Il ne me reste plus qu'à exposer la manière dont j'ai quitté Hambourg , pour retourner dans ma patrie , afin de réftiter l'infâme calomnie que l'on s'est permise dans la gazette de Francfort du 8 Août 1814 en disant que je me suis empressé cPaUer cacher ma honte en HoUande.
Le maréchal prince d'Eckmuhl s'étant décidé le 29 Avril à reconnaître le nouveau gouvernement en France, «n donna connaissance aux généraux de division, as* semblés chez lui à cet effet. Je lui représentais que, l'empire Français étant dissous et la Hollande, qui en faisait partie , rétabUe comme un état indépendant , les Hollandais ne pouvaient reconnaître le roi de France comme leur souverain. Il se fâcha comme à son ordinaire , prétendit que nous étions tous Français , et qu'il ne connaissait point d'Hollandais; voulait que nous prêtassions tous le serment; enfin me menaça de traiter ma conduite de rébellion, de me faire arrêter et traduire devant un conseil de guerre.
Peu intimidé par ces menaces et voulant préciser ma conduite , je lui envoiai la Déclaration No. 9. ^) Je rassemblai chez moi tous les officiers Hollandais, se
*) Voir p. 400.
trouvant à Hambourg, et après leur avoir donné connaissance des évènemens , nous signâmes ensemble l'acte No. 10. que j'envoiai avec la lettre No. 11. à S. A. R. notre gracieux souverain. J'attendis ensuite jusqu'au 5 Mai que , le général d'artillerie Foucher étant arrivé comme commissaire du roi Louis XVIII pour faire la remise de la ville de Hambourg etc. aux alliés, j'écrivis à Mr. le maréchal prince d'Eckmuhl la lettre No. 12. à laquelle il me fit faire par son chef d'état-major la réponse insolente No. 13.
Je partis le lendemain matin pour Altona, d'où je lui écrivis , avant de continuer mon voyage , une lettre qui exprimait les sentimens que sa conduite avait fait naître en moi.
Je suis arrivé le 15 Mai à La Haye. J'y attends de la justice, du bon sens et de la candeur de mes compatriotes, que le simple exposé des faits, que je viens de tracer , les convaincra que ma conduite comme gouverneur de Hambourg ne mérite aucun blâme, et qu'aussitôt que j'ai connu la restauration de ma patrie au rang des nations indépendantes, et de l'élévation de l'illustre Maison d'Orange à la souveraineté , je n'ai pas hésité un instant à renoncer à tous les avantages de rang, de distinctions et de revenus que m'offlrait le service de la Frajice , pour venir jurer foi et hommage au Prince Souverain, et lui offrir mes services.
AVIS
Les articles 2 et 4 de l'arrêté de S. E. le prince d'Eckmulil , en date d'hier , et qui a été aflSché ce matin, désignent d'une manière précise les diverses classes d'habitants, qui sont tenus d'évacuer la ville sous 48 heures.
Le maire fait maintenant connaître au public que d'après les intentions formelles de S. E. , tous ceux aes habitants auxquels les articles précités sont applicables et qui ne s'y conformeraient pas avant Vexpiration du délai fixé^ se mettront dans le cas non seulement d'être expulsés par la force armée, mais encore d'être privés de la faveur que leur accordent les articles 3 et 9 du même arrêté parce qu'alors tous leurs biens meubles et immeubles seraient séquestrés; tandis qu'en se soumettant entièrement à la mesure ordonnée, ils auront la faculté d'emporter leurs effets avec eux ou de les laisser en dépôt à des personnes de confiance, qui d'après la déclaration qu'elles en remettront au commandant de canton obtiendront en suite la permission de les leur faire passer.
Hambourg^ le 19 Décembre 1813.
RuDER.
No. 2.
AVIS
Son Altesse le prince d'Eckmuhl vient d'ordonner au maire de faire publier ce qui suit: qu'il est conforme à ses intentions de mettre en exécution rigoureuse son arrêté du 18 Décembre 1813, affiché le 19 Décembre,
concernant la diminution de la population existante de Hambourg, tel qu'il est statué dans les articles 2 et 4 du même arrêté.
Comme la visite domiciliaire à T examen des approvisionnemens, et la recherche des étrangers habitans de Hambourg pas obtempérants à la loi de l'émigration prescrite, aura Ueu demain soir, et les personnes soumises à l'urgence de l'émigration n'auront plus la faculté basée dans les articles 3 et 9.
Chaque étranger ou habitant pas approvisionné, devaut sortir de Hambourg, est invité de s'y soumettre, demain, les portes étant encore ouvertes; s'il y aura après à Hamboure des étrangers sans permis de rester icX ou de non approvisionnés, la gen£rmerie les fera sortir sur le champ sans effets ou bien-meubles, et ils seront déchus des faveurs accordées à l'émigration volontaire.
Hambourg^ le 20 Décembre 1813.
Le Maire Budeb.
No. 3.
AVIS
Le Maire prévient les habitans de Hambourg que ceux qui, d'après l'arrêté de M. le maréchal, prince d'Eckmuhl , en date du 18 , doivent évacuer la ville et qui ne se seront pas conformés à cet arrêté dans le délai voulu , seront , en conséquence d'un ordre formel de Son Excellence, expulsés par la force armée et que tous leurs effets et meubles seront confisqués.
Le Maire invite donc les habitans auxquels s'applique l'arrêté précité , à s'y soumettre ponctuellement, afin de jouir de la faculté d'emporter leurs effets ou de les laisser en dépôt à des personnes de confiance, qui obtiendront la permission de les leur faire passer.
Hambou/rg, le 20 Décembre 1813.
Le Maire Rûdeb.
No. 4.
Le "Préfet du Département des Bouches de VEJbe, Auditeur au Conseil cPÊtai, Chevalier de V Ordre Impérial de la Béunion, Baron de T Empire.
Vu les ordres de S. E. le prince d'Eckmulil , en date de ce jour ,
Enjoint à tous les habitans de Hambourgerberg d'évacuer leurs maisons dans le délai de quatre jours au plus tard, à compter de la date du présent; les prévenant qu'en cas de retard ils se mettraient dans le cas de voir détruire leurs maisons, et de se voir privés de leur mobilier, qui serait alors saisi.
La même injonction est faite sous semblable peine à tous les autres habitans du territoire de Hambourg, dont les maisons ne seraient pas situées à six cent toises du Stem-Scbanze.
Fait à Hambourg le 20 Décembre 1813.
DE Bbeteuil.
No. 5.
AVIS
Le Maire prévient le public, que sur les représentations, qui ont été faites à monsieur le maréchal, prince d'Eckmiilil , que le délai fixé à tous les habitans au 21 Décembre, pour que les individus non approvisionnés doivent sortir de la ville , n'étoit point suffisant, même avec la meilleure volonté d'exécuter ses ordres;
Son Excellence a prorogé jusqu'au 24 Décembre, terme de rigueur, le délai accordé.
Les personnes non approvisionnées sont prévenues, qui si elles ne profitent pas de ces deux jours de délai, elles seront enlevées de vive force et on ne leur tiendra nul compte des effets et vivres, qu'ils pourront avoir.
Les portes seront ouvertes aux mêmes heures , savoir de 10 heures du matin jusqu'à 2 heures de relevée. Ce délai accordé ne regarde en aucune manière les
Personnes comprises dans Tarticle 4 de l'arrêté précéent, les étrangers, commis, compagnons de métier.
Hambourg, ce 22 Décembre 1813.
Le Maire Rûdeb.
No. 6.
Extrait du Registre des Séances et DéHbérations de la Commission de sûreté, créée par S, A, Monseigneur le Maréchal Prince d'EcJcmiihl, le 14 Décembre 1813.
Séance du 22 Décembre 1814.
La Commission Spéciale s'est réunie à neuf heures du matin, au lieu ordinaire de ses séances, sous la présidence de monsieur le colonel Chariot.
Mr. le président informe la commission que d'après les renseignements positifs qui lui sont parvenus , cinqcent-trente-cinq individus ont évacué la ville dans la journée.
Un membre observe qu'un avis du Maire, en date de ce jour et placardé dans toute la ville, annonce aux habitants que S. A. a prorogé jusqu'au 24 de ce mois le délai qu'elle avait fixé au 21 pour l'évacuation des individus non approvisionnés.
Cet avis, ignoré de la commission, a contrarié ses instructions et les opérations de MM. les commandants de canton, et a été la cause immédiate et nécessaire de ce que l'émigration n'a pas été aussi nombreuse que dans les jours précédons.
La commission invite M. le Maire à lui faire parvenir désormais toutes les affiches des avis ou notification qu'il pourrait publier relativement aux opérations de la commission.
La commission lève sa séance à six heures et s'ajourne à demain matin neuf heures.
Fait et dos à Hambourg, le 22 Décembre 1813.
Signé au registre: les membres de la commission de sûreté: le colonel Chariot, Président, Schindler, Pinel, Beauvert et Menestrier.
Pour Expédition' conforme le Colonel, Président de la Commission,
Ch'arlot.
No. 7.
AVIS
Tout individu, qui n'aura point obtempéré aux ordres réitérés de S. A. le maréchal , prince d'Eckmûhl, tendant à évacuer la ville sans délai, faute de s'être approvisionné pour six mois, sera sur le champ arrêté et recevra immédiatement 25 coups de bâton.
Dans le cas où cette première punition serait sans eflPet, l'individu sera arrêté et conduit hors des murs, après avoir reçu 50 coups de bâton.
Hambourg, le 22 Décembre 1813.
Par ordre de S. A. le Maréchal, prince d'Eckmiihl.
Le Colonel de Gendarmerie , Président de la Commission de sûreté,
Charlot.
No. 8.
AVIS
- Son Excellence Mr. le maréchal prince d'Eckmûhl, voulant donner un dernier acte d'indulgence envers
les habitans non approvisionnés pour six mois, qui, n'ayant point encore évacués la ville, ont encouru la peine d'exportation forcée, leur accorde une prolongation de 24 heures.
En conséquence les habitans non approvisionnés pour six mois et ceux dans le cas de devoir quitter Hambourg comme étrangers, pourront encore sortir librement aujourd'hui 25 et demain 26. A cet effet les portes continueront d'être ouvertes, depuis dix heures du matin jusqu'à deux heures après midi.
Mais si, contre l'attente de Mr. le maréchal , des retardataires se trouvoient encore dans la ville passé le 26, il prévient, que tout délai comme toute pitié auroient cessés, et qu'alors les Buletins de l'ennemi à son entrée dans Lubeck , tendant à exciter les Hambourgeois à la révolte, se justifiant par leur non-obéissance; des visites domicUiaires , rigoureuses et continues seront faites, les contrevenants arrêtés et leurs propriétés confisquées.
Hambourg^ le 25 Décembre 1813.
Le Sous-Chef de l'Etat-Major général du 13® Corps, Commandant supérieur de la Place,
DE Fernig.
No. 9.
Hambourg, ce 30 Avril 1814.
A Son Excellence, Monsieur le Maréchal Prince cPEcJcmiihl, Commandant en Chef, etc. etc. etc.