CHAPITRE VI
Combat de Stenay. — Prise de Verdun. — Camp de Grand- Pré.
. En ce moment les affaires étaient presque désespérées. Une armée sans généraux, sans officiers supérieurs, divisée par des factions ; plus de la moitié des soldats regrettant un chef qu'ils avaient adoré, regardant son successeur comme l'auteur de sa perte et son ennemi personnel ; le reste ne connaissant point te nouveau général, qui, n'ayant jamais eu de commandement, n'avait aucune réputation, et qu'on leur avait dit n'être qu'un homme de plume; lui-même ne connaissant ni un des régiments ni un des officiers de cette armée ; n'ayant ni officiers généraux ni état-major pour l'aider ; n'ayant jamais été dans le pays qu'il avait à défendre ; n'y voyant que de la mauvaise volonté ou de la terreur ; ne pouvant pas , d'après l'exemple de Longwy , compter sur la résistance des places; bien assuré que Verdun, bien plus faible que Longwy, ne résisterait pas longtemps; que Sédan, s'il était attaqué, était hors d'état de défense; que Mézières n'était pus en meilîeurétat ; n'ayant qu'à peu près vingt-trois mille liommes de troupes désorganisées à opposer à plus de quatre-vingt mille hommes de troupes trèsaguerries, conduites par un monarque puissant et des généraux célèbres ; ne pouvant opposer que quatre à cinq mille hommes de cavalerie à une cavalerie quatre fois plus nombreuse, et d'une grande réputation ; obligé cependant de quitter la position montueuse où il était, pour aller défendre les vastes plaines de la Champagne d'abord, et ensuite de tout le pays ouvert qui se trouve entre la Marne et la Seine; n'ayant aucune confiance dans les secours du maréchal Luckner, homme usé et son ennemi personnel, qui , avec à peu près vingt-cinq mille hommes, s'était mis dans le camp de Ilichemont pour couvrir Metz, qu'on avait négligé de mettre en état de défense ; n'espérant aucun secours prochain, à causede l'éloignement de l'armée du nord; n'attendant du côté de Paris que des bataillons levés