‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 104 sur 168 · LIV. m. — CHAI*. VI · texte numérisé non relu

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trait au contraire entre son corps et l'armée française , si on faisait mine de marcher contre lui.

Il existe , au delà de la Meuse et derrière Stenay , une position excellente, nommée le camp de Brouenne. Il ne douta pas queClairfayt, dès qu'il le verrait venir à lui , ne prît ce camp. Il partagea son armée en trois corps. Son avant-garde eut ordre d'aller attaquer Stenay et de le masquer. Il conduisit lui-même le corps de bataille, composé de douze mille hommes, sans équipages, soutenant son avant-garde; et le général Chazot, avec cinq mille hommes, escorta les équipages et l'artillerie par Tanna? elles Armoises.

Avant de continuer le récit des- événements , il faut indiquer le reste des mesures qu'il prit pendant les trois jours qu'il eut pour se préparer. 11 envoyai ordre à Beurnonville de lui amener douze bataillons et trois escadrons du camp de Maulde, avec l'infanterie légère française , 'belge et liégeoise , ce qui formait un corps de huit à neuf mille hommes ; et il lui recommanda expressément d'être à Rethel le 13 septembre. Il demanda au ministre de la guerre le grade de lieutenant général pour Dangest, Dietmann et Lîgneville, qui, résistant à l'exemple pernicieux qui leur avait été donné, étaient restés fidèlement à leur poste. Il donna le même grade à Chazot, ancien oflicier fort brave et fort exact. Il fit trois nouveaux maréchaux de camp; et Miaczinski, qui arrivait de Paris, faisait le quatrième; il eut quatre lieutenants généraux et huit maréchaux de camp. Il augmenta aussi son état-major.

Il envoya des courriers et des officiers par plusieurs routes, pour se rendre à Metz et lui en rapporter des nouvelles. Il donna ordre de faire venir de la Fère et de Douai des munitions de guerre; cor il n'en avait tout juste que pour donner un combat vif de quatre heures, et il ne pouvait dégarnir ni Mézières ni Sedan, qui pouvaient être assiégés.

11 indiqua d'abord à CMIons, ensuite à Sainte-Menebould, les dépôts de tous les renforts d'infanterie et de cavalerie qu'on pourrait lui envoyer de l'intérieur. 11 envoya ordre au général d'Horville d'aller prendre le commandement à Reims , pour y faire des rassemblements ; il ordonna qu'on construisit des

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fours à Vouziers, Cliàlons, Sainte-Menehould, Retirai, et Reims; il fit diriger sur ces villes tous les vivres et fourrages qui , jusqu'alors, venaient à Sedan , dont la Fayette avait fait, avec Verdun, sa place d'armes, quoique Sedan fût sur l'extrême frontière.

Il vit ses soldats tous les jours, et leur promit que sous peu il leur ferait voir l'ennemi. II fit un nouvel ordre de bataille de son armée; et comme Dillon, avec son avant-garde, devait en être détaché tout à fait, il se lit une nouvelle avantgarde , dont il donna le commandement à Stengel , colonel du régiment de Rercheny , pour lequel il demanda le brevet de maréchal de camp. Il passe deux jours avec Thouvenot, Vouillers, chef de l'état-major , le commissaire ordonnateur Petiet , et les régisseursdes vivres et fourrages, à arranger toutes les parties du service , et il trouva en eux tous beaucoup de zèle et de talent?.

Le 30 , il reçut une lettre de Galbaud , datée de Sainte-Menehould; il lui mandait qu'il n'avait pas pu entrer dans Verdun ; qu'il avait été eu danger d'être pris à Dun ; qu'il avait fait sa retraite sur Sainte-Menebould , où se trouvaient deux bataillons de volontaires de la garnison de Longwy, sans armes. Il lui ordonna d'aller sur-le-champ se poster aux [dettes avec ses quatre bataillons, ses quatre pièces de canon de quatre, tous les cavaliers de maréchaussée des environs , tous les volontaires du pays , d'y faire des abatis , d'y élever des retranchements et des batteries , et de ne pas abandonner ce poste, quoi qu'il arrivât, lui promettant de le secourir sous peu. Cette nouvelle lni fît le plus grand plaisir. Il trouvait le poste des Islettes bien plus important que Verdun; deux jours après, il pensa le perdre. Un détachement d'émigrés et de Prussiens entra dans Varennes; la terreur s'empara des troupes qui gardaient le poste des Islettes; elles entraînèrent Galbaud jusqu'à Sainte-Menehould ; et si cinquante hussards prussiens se fussent avancés sur la grande route , Sainte-Menehould eût été abandonné , et les troupes auraient fui jusqu'à Chfllons. Heureusement le détachement ennemi se retira de Varennes, et Galbaud reprit sa position.

1* 3 1 août , après avoir arrangé la garnison de quatre bataillons qu'il laissait à Sedan, il lit faire un mouvement à son ar-

LIV. III. — CHAP. VI. 2G3 mce et à son artillerie , pour être prêtes ô la marche du lendemain. Il ordonna au générai Dillon d'envoyer le général Miaczinski avec quinze cents hommes attaquer Stenay , lui recommandant de le soutenir, et de prendre poste vis-à-vis cette place, à la rive gauche, et dans le bois de la Neuville. Le général Miaczinski exécuta cet ordre avec la plus grande vigueur; il y eut un grand feu et un combat de cavalerie très-vif; les Impériaux plièrent , et Clairfayt, comme cela était prévu , retira ses postes, et occupa le bon camp de Brouenne. Dillon, non-seulement ne soutint pas Miaczinski, mais il le fit replier sur Mouzoo» où il se tint tranquille.

Le I er septembre, le général marcha sur Mouzon; il fut étonné de trouver Dillon avec son camp tendu, le croyant dès la veille à Stenay. Il comptait camper lui-même à Mouzon. Il continua sa route, et campa sur le bord du grand chemin de Stenay, son quartier général à Yon. Il jeta de l'infanterie dans les bois de la Neuville et sur le bord de la Meuse ; personne n'occupait Stenay, dont quelques habitants vinrent le joindre. Le 2, il campa à la lierlière, et Dillon à Saint-Pierremont. Le 3, Dillon arriva à Varennes, passa par le défilé de la Chala.de, et se plaça aux tslettes. L'armée resta ce jour-là à la Berlière, pour laisser passer la colonne de Chazot; et le 4, on occupa le camp de Grand-Pré.

Ce camp est situé entre l'Aisne et l'Aire ; Grand-Pré appuie sa gauche, et Marque appuie sa droite. C'est un grand amphithéâtre très-élevé, au-dessus d'une prairie terminée par la rivière d'Aire, qui sépare (irand-Pré du terrain du camp, courant au bas du village de Marque et tout le long du front du camp. Cet amphithéâtre est bordé par la foret sur la droite, et par la rivière sur la gauche. Derrière ce camp est le village de Senucq, où fut place le parc d'artillerie. On y passe la rivière sur un pont de pierre, et ensuite l'Aisne sur un second pontau village de Grandcamp. L'Aisne coule derrière le camp , et est bordée de hauteurs plus élevées que le plateau du camp.

Une forte avant-garde fut placée en avant de l'Aire , formant un demi-cercle, passant de la droite à la gauche par Saint -Jouvin, Verpelle, Bessieu et Mortaume. Saint-Jouvin est un pla-

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teau arrondi, aisé à défendre. Le colonel Stengel s'y établit; sa retraite était par deux pouls sur la hauteur de Marque. Verpelle et Champigneul n'étaient que des points de communication; leur retraite est sur Bessieu. Bessieu est un village couvert d'une montagne boisée, tenant dans sa longueur tout le front du camp. Sa retraite est sur le village de Chevières par deux ponts, sous le feu du château de Grand-Pré et de toutes les batteries ducamp.Mortaume,qui fermait la gauche, est sur une hauteur qui domine la plaine et touche presque la forêt.

Pour forcer ce camp , il fallait d'abord attaquer et forcer tous les postes de l'avant-garde , ensuite passer l'Aire. Alors on se serait trouvé dans un bassin entouré de feu , tant des hauteurs de Marque et du château de Grand-Pré , que du front du camp. On n'aurait pas pu y forcer les Français sans perdre quinze à vingt mille hommes. Alors ils auraient pu reprendre derrière l'Aire, sur les hauteurs d'Autry, une seconde position formidable. Ge camp peut passer pour inexpugnable, surtout défendu par- la nombreuse et excellente artillerie française.

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