‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 103 sur 168 · LIV. III. — CI1AP- VI · texte numérisé non relu

LIV. III. — CI1AP- VI

Elle est coupée par des montagnes, des rivières, des ruisseaux , des étangs, des marais, qui la rendent impénétrable pour une marche d'année, excepté dans cinq clairières qui ouvrent des routes pour passer de la Cliampagnc dans les Évéchés. Le premier débouché est le Chêne- Populeux ,- il est tout ouvert, et il y passe un chemin qui va de Sedan à Rethel. Le second est la Craix-aux-BoU, deux lieues plus à l'ouest, qui forme un chemin de charrettes dans la forêt, qui va de Briquenay à Vouziers. Le troisième est Grand-Pré , dont on trouvera la description ci-après, A une lieue et demie de la Croix-aux-Bois, par Grand- Pré, passe le grand chemin de Stenay à Reims. Le quatrième, à deux lieues et demie de Grand-Pré, conduit de Va rennes à Sainte-Menehould, et se nomme la Chalade. Le cinquième , à un peu plus d'une lieue ouest, est le grand chemin de Verdun à Paris par Kainte-Menehould; il se nomme les hlettes.

Telle était la forêt qu'il fallait occuper, et les cinq passages qu'il fallait garder et disputer aux ennemis. Il fallait pour cela porter le général Dtllon avec son avant-garde à Sainte-Meuehould , pour qu'il fermât , par un camp placé aux Islettes et une position h \a Chalade, les deux grands chemins de Clermont et de Varennes , et se placer avec l'armée à Grand-Pré, pour fermer le chemin de Reims et celui de la Croix-aux-Bois ; il ne lui restait pas assez de troupes pour fermer le passage du Chêne- Populeux.

Mais il espérait que Verdun , où il croyait Galbaud entré , tiendrait au moins une semaine. 11 envoya, le 20 au matin, un courrier au lieutenant général Lanoue, pour, lui ordonner de faire partir sur-le-champ pour Avesnes quatre bataillons et trois escadrons. Le même courrier alla trouver le général Du val à Pont-sur-Sambre ; il lui portait l'ordre de lever sur-lecliamp son camp , de se rendre à Avesnes , d'y prendre le détachement du camp de Maubeuge, et, par des marches forcées, d'arriver le 7 au Chêne-Populeux. Cette division formait à peu près sis mille hommes de très-bonnes troupes. Uuval exécuta cet ordre pressant avec une précision d'autant plus merveilleuse, que la saison fut très- pluvieuse et les chemins impraticables.

3G0 MÉMOÏBBS DB DUMOOBIEZ.

Les Prussiens, au nombre de plus de quarante à cinquante mille hommes, faisaient le siège de Verdun. De Verdun aux hletles il n'y a qu'à peu près six lieues par Clermont ou par Varennes. Dillon était à M ouzo». De Mou/on aux Isleltes , par Varennes, il y a à peu près dix lieues, eu passant devant Stenay, par conséquent devant l'armée du général Clairfayt. Pour y arriver par derrière la forêt, il y a le double du chemin. Le général Clairfayt, avec vingt mille hommes, était à Stensy. De Stenay à Grand-Pré il y a six lieues. Le général Dumouriez était a Sedan. De Sedan à Grand-Pré, par Yon et Buzancy, il y a douze lieues; en passant par derrière la forêt, H y en a plus 'de vingt.

Il y avait deux routes pour gagner les délités de l'Argonne. L'une plus longue, mais plus sûre en apparence, était de prendre le grand chemin de Rethel par le Chêne-Populeux, et de là s'étendre par sa gauche par Vouziers et Sainte-Meneliould ; l'autre plus courte, de longer la plaine entre la forêt et la Meuse.

Si le général prenait la première, il indiquait son projet. Le général Clairfayt, en ce cas, aurait marché sur Grand-Pré; des détachements prussiens se seraient portés aux fsletfes; il aurait été prévenu dans les défiles , conpé peut-être de Giflions, et forcé de se retirer par Rethel sur Reims. Il fallait donc prendre le chemin de la plaine; mais il y avait encore du choix. Si , partant de Sedan et Mouzon , il prenait sa route par Tannay, les Armoises et Stone, en longeant la forêt, il faisait encore connaître son projet. Le général Clairfayt pouvait ou aller l'attendre à Grand-Pré et le prévenir à Vouziers, ou l'attaquer dans sa marche, et lui prendre au moins ses équipages et son artillerie.

Il prit un troisième parti plus audacieux, et qui lui réussit. Il calcula d'abord que puisque le général Clairfayt ne s'était pas avancé sur lui , et restait sur le bord de la Meuse avec une médiocre avant-garde sur la rive gauche de cette rivière, en avant de Stenay , il n'était là que comme eo(ps d'observation pour couvrir le siège; qu'ainsi il ne chercherait point à donner bataille sur la rive gauche de la Meuse; qu'il la met-

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