LIV. m. — CIIAP. VII
Cet événement , quand il fut su avec tous ses détails , bien loin de décourager l'armée , redoubla sa confiance dans sou chef ; elle s'attendait à voir arriver les Prussiens; elle se voyait dans un camp très-fort , où elle avait été conduite fort à propos ; elle se regardait comme l'unique ressource de la France , et elle se pénétra de l'importance du poste qu'elle avait à soutenir;
Le général écrivit aussitôt au ministre Servan une lettre trèslaconique : « Verdun est pris ; j'attends les Prussiens. Le camp de Grand-Pré et celui des Islettes sont les Thermopyles , mais je serai plus heureuxque Léonidas. »
Dans une autre lettre il lui détaillait les avantages de sa position et tous ses besoins. Il lui communiquait les ordres qu'il avait envoyés à Beurnonville et à Duval, de venir le joindre; il y joignait le double de l'instruction qu'il avait envoyée 5 la Bourdonnaye pour la défense du département du Nord, et à Horeton et Malus pour la préparation la plus vive de la guerre offensive dans les Pays-Bas; assurant toujours qu'il ne doutait pas de faire encore cette expédition dans la même année, si on le secondait. . Il l'assurait qu'il tiendrait assez de temps dans le camp de Grand-Pré, pour recevoir les secours de la Flandre et tous les renforts qu'il voudrait lui envoyer. Il le priait de détacher de l'armée du Rhin, qui n'avait aucune agressionà craindre, un corps de cinq à six mille hommes pour renforcer celle de Metz, et d'ordonner à Luckner de se mettre en mouvement pour prendre en queue et en flanc l'année prussienne , dès que ses projets seraient bien connus , en la côtoyant par Ligny et Bar-le-Due, pour être à portée de couvrir le Barrois , Vitry et Saint-Dizier, par où jadis Charles-Quint avait pénétré en Champagne.
Il désirait que Luckner se rapprochât de lui , et se mit à portée , ou de joindre les deux armées , ou au moins de lui envoyer un renfort équivalent à celui qu'il recevrait lui-même de l'armée d'Alsace. Il lui détaillait toutes ses combiuaisons, surtout ce que les Prussiens pouvaient entreprendre après la prise de Ver-
Beaurcpaire, ordonna la trsnslalion ilo tynu, ■ Su veuve ohlipt nue pension su restes au Panthéon, et Ht grnicr si" lIu ;;>m ci-ncriicul ; et l'une dej sections «on tombeau celle cpiinphn , qui peint do Paris, aituée dans le fauhourj SaJat-
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mieui maorie que de capituler a«e dea rffiairs. (,Vo(e d» Cnitlsur.J
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MEMOIRES DE Dt'UOll BIEZ.
dun. La saison était très-avancée et pluvieuse. Il prévoyait qu'ils voudraient marcher sur paris , plutôt que d'employer le reste de la campagne à faire des sièges. H en donnait pour preuve qu'ils avaient néglige de prendre Montmédy, qui se trouvait derrière eux, et qui ne pouvait que gêner infiniment leur communication avec le Luxembourg, d'où ils devaient tirer leurs convois. Effectivement, par l'activité du général Ligueville, la garnison de Montmédy leur a fait beaucoup de mal.
Il concluait, et d'après la préférence donnée à Verdun sur Montmédy, et d'après les fausses espérances dont les émigrés repaissaient le roi de Prusse, et d'après les instances des frères du roi qui l'accompagnaient, que certainement ce monarque, ne voyant plus aucune place forte entre lui et Paris par la route de Châlons , choisirait cette route comme la plus courte et la plus aisée, croirait très-facile de déposter les Français de la forêt d'Argonne, les attaquerait pour ne pas laisser derrière lui un corps de troupes qui pourrait ensuite l'inquiéter, et ne douterait pas, après avoir vaincu cette petite difficulté, d'arriver en sept ou huit marches à Paris, sans trouver d'autres obstacles.il lui envoyait d es lettres interceptées, qui toutes prouvaient le projet delà marche sur Paris, et l'espoir très-fondé des émigrés d'une prompte réussite.
Il mandait les mêmes combinaisons au maréchal Luckner à Metz : il avait établi des stations d'officiers et d'autres hommes très-sûrs , pour former une correspondance de courriers non < interrompue. Les réponses qu'il reçut très-promplementde Metz étaient de Kellermann, qui, avec cinq mille hommes de l'armée du Rhin , était venu prendre le commandement de celle du maréchal , qu'on avait fait venir à Paris , moins pour lui marquer de la confiance que pour s'en débarrasser, parce qu'on ne lui trouvait pas assez d'activité. Cependant, comme on ne voulait pas choquer le reste des préjugés du peuple , qui conservait encore quelque confiance dans la répulationde ce vieux général, on l'envoya à Châlons pour y veiller sur les rassemblements, et pour donner ses conseils aux deux généraux agissant , mais sans aucune autorité sur eux.
Non-seulement il fut inutile à Châlons , mais il y fut nuisible , parce que cette tourbe de Français de nouvelle levée qui s'y as-
semblaient se moquait de ses ordres et de sa personne , qui fut plus d'une fois exposée, parce que, parlant mal français et manquant de tète, il ne sut jamais se faire obéir; mais eocore plus parce qu'il empêcha , .par ses conseils et par ses ordres , le général Kellermaun d'effectuer sa jonction. Alors le pouvoir exécutif se vit contraint de lui donner d'abord pour conseil le colonel Laclos » , sans le contre-seing duquel il lui fut défendu d'écrire aucune lettre, et ensuite de le retirer tout à fait.
Ce sont là tous les services que la France a retirés d'un général que le duc de Choiseul avait acbeté en 1703, à qui on a payé trente-six mille franes pendant trente ans , et qui aurait été fort utile si on ne l'avait pas fait maréchal de Franee, et s'il n'avait jamais commandé en chef. Les cannibales viennent 'de faire périr ce vieux guerrier sous leur infâme et injuste guillotine.
Kellermann mandait à Dumouriez qu'une armée, commandée parle prince de Hohenlohe et le prince de Condé, assiégeait Thtonvilie; qu'il comptait sur les talents du général Wmpfen qui commandait dans la place, et sur la force de sa garnison ; qu'il allait augmenter celle de Tout et de Metz, et qu'il marcherait sur-le-champ avec le reste de son armée , qui serait encore de dix-huit à vingt mille hommes , par Lhiny et Bar, pour se rapprocher du point de Revigmj-aux-Faches , qu'il lui avait indiqué. D'après le calcul de ses marches, la jonction devait so faire la \A ou le li , et alors les deux armées, réunies avec les deux divisions de l'armée du Nord , auraient produit une masse de près de soixante mille hommes , avec lesquels il était possible d'arrêter l'ennemi.
Dumouriez attendait de jour en jour l'apparition et l'attaque des Prussiens ; il ne perdait pas un instant à se préparer à leur résister, et il était parfaitement secondé par l'ardeur de ses troupes. Il avait indiqué à chacun toutes les défenses de sa position. Il avait ordonné aux habitants de faire des abatis sur toute la Hsièrede la forêt; il les avait excités par des proclamations à prendre les armes dès qu'il ferait sonner le tocsin ; mais il trouvait en eux peu de bonnes dispositions. Ce canton est rempli de gen-
1 Auteur (lu run.OQ iulitulé !« Liaiwm dunycrcmct. { Sole de fcdileur,)
MÉMOIRES DE DUMOUBIBZ.
tilshommes verriers, qui, fiers de leur fragile noblesse , détourliaient le patriotisme des paysans. Une partie de ce pays appartenait au prince de Condé, qui y avait beaucoup de partisans.
Il avait établi une chaîne de postes pour communiquer avec le général Dillon par Marque, Châtel, Apremont, jusqu'à la Ckaladeet aux Isletles'. Il avait ordonné à ce général de porter à Passavant un corps d'infanterie légère et plusieurs escadrons de chasseurs et hussards, pour consommer les fourrages des bords de l'Aire, couvrir ceux du Barrois, et empêcher l'ennemi d'y faire des excursions , en inquiétant son flanc gauche.
Il avait placé à la Croix-aux- liais un colonel de dragons avec deux bataillons et deux escadrons. Il lui avait envoyé une instruction précise sur la manière de fortifier son poste en formant des àhatiset des retranchements, sa droite appuyée au ruisseau de Longouve , et sa gauche à celui de Noirval. Il lui avait recommandé surtout de rompre le chemin depuis Briquenay et Boutau-Iiois jusqu'à la téte de ses retranchements. On verra par la suite combien ce point était important. Le général Dumouriez ne dissimulera pas les torts qu'il a eus à cet égard. DesMémoires militaires exacts doivent présenter une leçon pour les généraux dans le détail des fautes , comme dans celui des opérations les mieux combinées.
11 avait trop peu de troupes pour garnir la trouée du Chêne-Populeux, qui était la destination delà division du général Duval. Il y avait détaché cent hommes d'infanterie et quelques dragons de la garnison de Sedan pour figurer une défensive, en attendant l'arrivée de cette division, venant du Pont-sur-Sam bre. Il fut trèsinquiet de ce coté depuis le 4 jusqu'au 7. Mais l'arrivée exacte du général Dnvalle même jour le tira de toutes ses inquiétudes, et à cette époque toute sa défensive était bieu établie, et il était en état de résister partout.
11 avait tirédes garnisons de Givet, P h ili ppe vill e f Marie n bourg, Rocroi, pour renforcer la garnison de Sedan, environ deux mille hommes dont deux cents de cavalerie, et il envoya le général Miaczinski avec ordre de faire de fréquentes excursions avec de gros détachemenls, tant pour conserver la communication de Monlmédy que pour aider Ugneville à intercepter les convois de